Ouverture, ce mardi 29 mars 2016 à Tunis et en présence du SG de l’ONU, excusez du peu, du Dialogue National sur l’emploi. Un dialogue, auquel ont appelé politiciens et «politicards» de la Tunisie de la «révolution». Un dialogue aussi, qui intervient après que les gouvernements successifs de ladite transition, ont bourré la fonction publique de «bras cassés», d’anciens militants, d’Ennahdha notamment, revendiquant la contrepartie de leur militantisme. Tant et si bien que les salaires de cette fonction publique, dont 18 % enregistrent un absentéisme continu, représente désormais presque 14 % du budget pour une croissance du PIB juste au-dessus de zéro pour cent.
Tout le monde dans ce dialogue, y compris malheureusement le SG de l’ONU qui a manifestement été trompé sur la marchandise, pleure les chômeurs de Tunisie surtout parmi les diplômés. Eux aussi, mais en connaissance de cause, ont été trompés sur la marchandise !
«Le dialogue national est une perte de temps et d’argent». On n’est pas encore un 1er avril et cette déclaration du responsable de «l’Union des diplômés empêchés de travailler» [ndlr : Traduction littérale du nom de cette structure] à Africanmanager, qui n’est pas un poisson d’avril, pourrait être la déclaration de l’année. Celui qui l’a faite est Salem Ayari, un diplômé «chômeur» dont la page fb pullule de photographies dans diverses contrées. De quoi souhaiter être aussi chômeur que lui !
Un proverbe chinois disait que «ne me donnez pas un poisson. Apprenez-moi à en pêcher». Un autre dit que « si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours ». Ces deux proverbes s’appliqueraient, le premier aux demandeurs tunisiens d’emploi qui demandent, comme Salem Ayari, la création d’une prime de chômage, et le second aux gouvernements qui, de peur de quitter leurs confortables fauteuils, leur ont donné le poisson sans même essayer de les convaincre de l’utilité et de la nécessité, sinon de l’obligation d’aller en pêcher eux-mêmes.
Tous, en Tunisie, évoquent le taux de chômage de plus de 15 %. Personne n’a essayé de disséquer ce chiffre. Force est en effet de remarquer que ce chiffre des 15 % est une véritable «poupée russe». On y trouve, certes, les vrais chômeurs, certainement les analphabètes et les handicapés. Mais on y trouve aussi ceux qui refusent tout autre emploi que celui dont ils rêvent ou qui n’a pas de lien avec leur formation universitaire, ceux qui n’ont d’autre volonté que de travailler dans la fonction publique, dans la compagnie des phosphates de Gafsa. On y trouve aussi ceux qui refusent de travailler dans l’agriculture, secteur dans lequel on fait appel aux services de l’Armée nationale pour manque de main d’œuvre et dans les BTP, secteur qui souffre d’un grave manque de main d’œuvre jusqu’à pousser certains opérateurs à revendiquer la possibilité d’importer de la main d’œuvre étrangère. Tous ceux-là, leurs familles les soutiennent en leur garantissant nourriture, logis et même l’argent de poche quotidien. Il faudra aussi exfiltrer des chiffres de l’INS (Institut national de la statistique) les inscrits sur les listes des chômeurs alors qu’ils travaillent déjà dans le secteur privé en espérant un possible recrutement dans la fonction publique. Peut-on appeler tous ceux-là des chômeurs ? Peut-on d’ailleurs parler de chômage dans un pays ou deux grands secteurs, comme l’agriculture et le BTP manquent cruellement de main d’œuvre ? On pourrait juste parler de chômage qualitatif, et là, ce n’est plus du chômage et encore moins un «empêché de travailler» comme nombre de ceux que défend Salem Ayari !
Peut-on encore parler d’un si important taux de chômage (15 %), dans un pays où les demandeurs d’emplois dénigrent le travail manuel, le travail agricole ou se détournent de tous les instruments, mis à disposition par le budget pour l’auto-entrepreneuriat et la création de micro-projets. Pourquoi est-ce que certaines structures de microcrédit trouvent preneurs chez la gente féminine et ne sont pas courus par les diplômés qui se disent «empêchés de travailler» ? Le dialogue de sourds sur l’emploi s’est-il posé cette question ? A-t-on aussi posé la question à l’UGTT, comment un pays qui crie au chômage peut-il se permettre de perdre des milliers de journées d’emplois par les grèves et autres sit-in et mouvement sociaux défendus par tous ? Comment cette Organisation syndicale peut-elle se permettre de parler de chômage alors qu’elle alourdit, chaque année plus, le budget de l’Etat par plus de demandes d’augmentations salariales à ceux qui travaillent déjà ? Où est dans ce comportement l’économie solidaire dont elle se revendique ?








