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Tunisie : Les bailleurs de fonds y croient et y mettent leur argent. Pas encore les Tunisiens !

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L’attentisme international à «sauver le soldat Tunisie» s’est épuisé et les bailleurs de fonds se sont enfin décidés de lui allouer une aide de 5,5 Milliards €. Le montant s’étale sur la période allant de 2018 à 2020, engagé et pas encore décaissé et se détaille en 2,5 Milliards d’euros sous forme de prêts et dons et 3 Milliards d’euros en investissements qui peuvent être engagés sur la même période. En face, la crise politique en Tunisie ne s’épuise toujours pas et focalise sur la personnalité du chef du gouvernement, comme si cela changerait quelque chose de nommer une autre chef de gouvernement dans la même conjoncture locale, politique et sociale notamment.

Les choses, notamment dans le domaine économique et financier, bougent pourtant. C’est certes à petits pas, mais elles bougent dans le sens positif. Les Européens l’ont compris qui prennent la décision d’un tel investissement qui équivaudrait à la moitié de tout le budget de l’Etat tunisien en Dinars.

  • Les prémices d’un redressement espéré

Certains et c’est en partie vrai, diront que la croissance de 2,5 % réalisée à la fin du 1er trimestre 2018, reste fragile tant elle repose essentiellement sur les secteurs de l’agriculture et des services dont notamment le tourisme. Elle était pourtant portée, aussi, par l’investissement industriel. Les économistes s’attendent pourtant à ce que la croissance du PIB à la fin du second trimestre 2018 soit dans les mêmes proportions et confirme la tendance haussière engagée, ce qui explique que le gouverneur de la BCT persiste à prévoir une croissance de 3 % pour toute l’année 2018, contrairement aux prévisions de 2,5 % pour toute l’année de la banque Mondiale et du FMI.

En confirmation des prédictions de la BCT, force est de constater que les investissements déclarés au cours du mois de juin ont atteint 375.9MD contre 172.4MD en juin 2017, soit une augmentation remarquable de 118.0%. A fin juin 2018, les arrivées touristiques s’envolaient de 26,1 %, insensibles au dernier attentat terroriste de Ghardimaou. Au 30 juin, le ministère tunisien du Tourisme recensait plus de 3,229 millions de touristes qui ont laissé plus de 1,292 Milliards DT dans les caisses tunisiennes, et on évoque désormais la forte probabilité de terminer l’année avec les fameux 8 millions promis par la ministre Selma Rekik.

Non moins importants, au cours du 1er semestre de l’année 2018, les échanges commerciaux de la Tunisie avec l’extérieur ont enregistré en volume (prix constants) une hausse à l’export de l’ordre de 8,6% et à l’import de l’ordre de 1,9%. En valeur, le déficit commercial a certes augmenté de 629,7 MDT et s’est creusé, mais le taux de couverture s’est apprécié de 3 points, passant de 68,4 % à 71,4 % d’un semestre (2017) à l’autre (2018).

Mieux encore, la balance de paiement s’améliorait aussi depuis la fin mai 2018. C’est ainsi que les recettes propres de l’Etat augmentaient de 19,5 %, alors que les dépenses, hors principal de la dette, n’évoluaient que de 8,2 % en mai dernier après les 13,1 % de mai 2017 par rapport à mai 2016. D’où un solde budgétaire, certes déficitaire de 1,469 Milliards DT, mais en baisse drastique par rapport aux 2,360 Milliards DT de fin mai 2017.

Au registre de la baisse, il y avait les dépenses de gestion qui ont régressé de 2,9 % d’un mai (217) à l’autre (2018), dont -3,2 % sur la ligne des rémunérations et -23,5 % sur la ligne des biens et services, ce qui induit une baisse du train de vie de l’administration en général. Au registre de la hausse, ce sont les recettes fiscales qui augmentaient de 13,5 % en mai dernier et passaient de 8,994 Milliards DT à 10,209 Milliards DT en mai 2018. Ce n’est pas tant l’amélioration de la production qui a entraîné la hausse des recettes fiscales, mais plutôt l’augmentation de la pression fiscale par les nouvelles taxes imposées par l’Etat. Et c’est là que le bât blesse !

  • Les ressources de l’Etat s’améliorent et celles du citoyen se détériorent

Il est une vérité que la lecture de tous ces chiffres diffère selon qu’on est bailleur de fond et financier en général, ou simple citoyen assujetti à la fiscalité notamment. C’est ce qui explique que les premiers croient beaucoup plus que le citoyen aux nouvelles perspectives que dessine l’amélioration de certains ratios économiques et financiers de la Tunisie.

Grosso modo, ce qui intéresse les premiers, c’est essentiellement la remise en l’état des assises financières de leur débiteur, le renforcement de ses performances financières, pour qu’il reste bancable et capable de rembourser ses dettes et générer des opportunités de revenus par les investissements notamment. Grosso modo, ce qui intéresse le citoyen, c’est que son pouvoir d’achat s’améliore, qu’il ne paie pas trop d’impôts et de trouver toutes ses commodités.

Entre les deux, il demeure toujours difficile de trouver un point de convergence et c’est cela qui explique les différences d’appréciation de l’évolution de la situation économique et financière de la Tunisie.

Or, force est de constater, tout en comprenant sans approbation, que les ressources de l’Etat s’améliorent, alors que celles du citoyen se détériorent et cela explique sa grogne. Force est tout aussi de constater qu’alors que l’Etat pourrait être au bord de la faillite, s’il ne réalisait pas les réformes économiques et financières qui feront indéniablement mal au citoyen, ce dernier a encore du ressort. Le citoyen tunisien puise ce ressort dans la situation de rente (biens et rémunérations) dont bénéficient certains et dans l’économie parallèle qui le fait vivre dans les deux sens, en recettes comme en dépenses.

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