Tunisie : Sauvé par l’agriculture, Chahed peut s’en réjouir. Mais pourrait-il s’en...

Tunisie : Sauvé par l’agriculture, Chahed peut s’en réjouir. Mais pourrait-il s’en prévaloir ?

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La croissance est là, en ce début d’année 2018 et, disons-le clairement sans le défendre face aux voix de l’UGTT qui se font de plus en plus pressantes pour le dégager, au début de la 2ème année de son mandat de chef de gouvernement. Plus important, pour lui certainement : cette baisse, quoique de seulement 1,9 %, du taux de chômage et manifestement la création de 4.800 nouveaux postes d’emploi, dans les secteurs de l’industrie manufacturière et des services marchands, nous assure-t-on de source officielle à La Kasbah.

Il est pourtant important de rechercher les niches de cette croissance, pour comprendre si elle est le fait du travail du gouvernement, ou si elle reste aussi aléatoire que les changements climatiques. En termes de création de la valeur ajoutée (VA), celle des industries manufacturières a enregistré une croissance positive, au cours du premier trimestre de 2018 de +4,2% par rapport à la même période de 2017 et de 9,2 % par rapport au 4ème trimestre de l’année passée. C’est ce qu’affirme l’INS.

  • L’agriculture met de l’huile dans les rouages

Cette augmentation est principalement due au développement significatif du secteur des industries agricoles et alimentaires (+7,16%) en raison de l’augmentation significative de la production d’huile d’olive (+3,5%), ainsi que du secteur des industries du textile, vêtements et chaussures (+2,0%), en raison d’une hausse de la demande internationale, dans une perspective économique qui s’améliore dans la zone Euro. Ce seront là essentiellement les deux secteurs qui ont porté la croissance et qui sauveront quelque peu l’économie tunisienne.

La croissance, on ne la cherchera pas du côté des industries chimiques. La VA y a diminué de 9,23%, en raison notamment de la baisse de la production d’extraits de phosphates. Baisse aussi côté industrie des matériaux de construction, de la céramique et des cristaux (-3,5%), suite à une baisse de demande interne sur ces matériaux, comme par exemple le ciment dont les ventes sur le marché intérieur ont diminué d’environ 6%.

  • Baisse continue, en pétrole et phosphate.

La valeur ajoutée du secteur des industries non-manufacturières a baissé de 3,5% au cours du premier trimestre de 2018, en comparaison avec la même période de l’année 2017. Cela, en raison de la baisse qui continue, avec -2,4 % dans le secteur de l’extraction du pétrole et du gaz naturel. Cette baisse est due à la régression de la production quotidienne, en pétrole brut, qui n’est plus qu’à 40 mille barils/jour contre 45.000 Barils/jour durant la même période de l’exercice 2017 et des 70 mille barils/jour de la même période de l’année 2010.

Le secteur des phosphates a aussi une baisse de 37,9 %, un recul d’autant plus important qu’il intervient après une reprise de 21,3 % au cours du premier trimestre 2017. Toujours dans le secteur des industries non-manufacturières, le 1er TER 2018, a aussi enregistré une baisse de 4,7 % dans le bâtiment.

  • Croissance positive et continue dans l’hôtellerie, le transport et les finances

Le secteur des services marchands, qui représente par ailleurs environ 45% de l’économie nationale, a été témoin d’une hausse de 3,3% de sa Valeur Ajoutée (VA), à la fin du premier trimestre de 2018 comparativement à la même période de l’année précédente, 2017. L’INS qui l’annonce explique cela par une hausse de la VA dans tous les secteurs, tels que le secteur des services d’hôtellerie et de restauration qui a progressé de 2,9%, le secteur des services financiers qui a évolué de 4,6% et le secteur des services de transport dont la VA a augmenté de 0,3%, au cours du 1er TER 2018.

En face, le secteur des services non-marchand (services rendus par l’administration) a connu une modeste augmentation de valeur ajoutée de 2,0% par rapport au premier trimestre de 2017.

  • Chahed pourrait s’en réjouir. Mais pourrait-il s’en prévaloir ?

La valeur ajoutée du secteur de l’agriculture et de la pêche a augmenté de 9,11% au cours du premier trimestre de l’année 2018. L’explication se trouve dans la croissance remarquable enregistrée principalement dans la production d’olives, qui a quadruplé par rapport à la saison précédente, selon les derniers chiffres du ministère de l’Agriculture, des Ressources en eau et de la Pêche.

Ainsi, c’est encore une fois l’agriculture qui sauve la croissance en Tunisie et qui permet une certaine continuité dans la création des richesses pour la Tunisie. L’industrie manufacturière, secteur entre les mains des privés, mais sous pression sociale, se redresse certes, mais toujours pas assez pour impacter la croissance du PIB. Le tout pâtit encore des mouvements sociaux qui traversent le secteur non-manufacturier (pétrole et phosphate), dont le poids et l’impact sont beaucoup plus importants dans l’économie tunisienne. Des secteurs où les autorités tunisiennes pèchent toujours par trop de laxisme dans les décisions à prendre pour assurer une bonne reprise de ces secteurs au rendement financier important pour le budget du pays.

Cette nouvelle hausse du PIB et cette amélioration de la croissance économique interviennent certes pendant le mandat du gouvernement de Youssef Chahed, qui pourrait s’en réjouir. Il n’en reste pas moins vrai qu’elles ne sont pas de son ressort direct et il ne peut donc pas s’en prévaloir. Par analogie, c’est comme un bénéfice, conjoncturel, dans le bilan d’une banque où l’exploitation devrait être le vrai moteur de la croissance.

Sans vouloir minimiser l’effort fait par le gouvernement, le même raisonnement pourrait être tenu, à moins que la baisse de 1,9 % du taux du chômage avec celui des diplômés du supérieur et les 4.800 emplois créées au cours des 3 premiers mois 2018 ne le soit pas dans la fonction publique. Or, les services de communication du chef du gouvernement affirment le contraire. Selon ces sources, les créations d’emplois ont concerné le secteur des industries manufacturières et celui des services marchands.

Communiqué INS

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