Tunisie : Noureddine Taboubi prend des libertés avec les chiffres du Fisc

Tunisie : Noureddine Taboubi prend des libertés avec les chiffres du Fisc

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Noureddine Taboubi, SG de l’UGTT, affirmait récemment sur les ondes d’une radio privée que 70 % des impôts sont payés par les salariés et que les 30 % restants proviennent des entreprises pétrolières, d’assurance et de téléphonie. Il affirmait aussi que le reste des entreprises économiques, parmi lesquelles les médecins, les avocats et même les journalistes, ne payaient que les 5 % restants.

Intervenant le lendemain, sur les ondes de la radio privée, Taboubi qui a été piqué par les commentaires des chroniqueurs de la RTCN alors qu’il était en voiture, a répété en indiquant qu’il parlait «dans un cadre scientifique clair», que 70 % des revenus fiscaux du pays proviennent des salariés, 90 % des 30 % restants sont payés par 5 % des entreprises que sont les sociétés pétrolières, les banques, les assurances, les télécommunications.

Cette rengaine des salariés qui paieraient plus au Fisc que tout le reste des contribuables tunisiens n’est pas nouvelle. On la retrouve dans tous les éléments de discours du SG du puissant syndicat tunisien, à chaque fois qu’il se met en campagne de négociations pour de nouvelles augmentations salariales. La vérité est pourtant toute autre et Taboubi prend quelques libertés dans l’explication.

  • 3,2 millions de salariés, contre 158 mille contribuables PM

Disons d’abord, pour parler chiffres issus des sources officielles au ministère des Finances, que le pays compterait quelque 2,3 millions contribuables salariés des deux secteurs, public (dont 630.000 fonctionnaires) et privé, dont les impôts sont directement retenus à la source.

Précisons aussi le reste des contribuables, toutes professions confondues, il est exactement de 785.000 personnes, dont 627.000 personnes physiques, tous métiers confondus, et 158.000 personnes morales (PM) ou sociétés…

Tout cela dit, les ressources de l’Etat pour l’année 2017 en impôts directs ont été établis à 8,710 Milliards DT et baisseront de 3,6 % en 2018. Dans ce chiffre, l’impôt sur les revenus n’a été en 2017, que de 6,119 Milliards DT et sera en baisse de 3,1 % en 2018. Dans ce total de l’impôt sur les revenus, l’impôt sur les salaires n’a été que de 3,968 Milliard DT pour 3,2 millions de salariés, d’où l’effet des 70 % qui reste à préciser. Ce n’est donc pas le montant qui est à retenir, mais le volume des salariés.

Une petite opération de calculette, pour diviser le montant des 3.968 MDT des impôts sur les salaires par le nombre total des salariés qui est de 3,2 millions, donnerait à peu près un impôt annuel de 1.240 DT par salarié.

  • Qui paie le plus d’impôts ?

L’impôt sur les sociétés a rapporté, en 2017, 2.581,6 MDT. A diviser par 158.000 personnes morales que sont les entreprises, toutes tailles et secteurs confondus, on en arrive à une moyenne d’un peu plus de 16.339 DT par personne morale, sachant que les entreprises industrielles qui sont les plus gros employeurs ne sont que de 79.250 selon l’INS.

En moyenne, les entreprises payent donc plus d’impôts que les salariés. Il ne faut pas oublier qu’en plus de l’IS, les chefs d’entreprises payent aussi l’impôt sur le revenu. Et à soustraire, le total de l’impôt sur les salaires (3,968 Milliards DT) du total de l’impôt sur les salaires (6,119 Milliards DT), on se rend compte de la mauvaise lecture des chiffres par le SG de l’UGTT.

L’impôt sur les sociétés pétrolières n’a rapporté en 2017 que 740 MDT grâce aux grèves et autres mouvements sociaux, toujours soutenus par l’UGTT et qui ont impacté leurs revenus. Les sociétés, autres que pétrolières, dont les banques, les assurances et autres dont parlait le SG de l’UGTT ont payé en 2017 un total d’impôts de 1,841 Milliards DT, c’est-à-dire la moitié de tout ce qu’avait rapporté l’impôt sur les salaires.

Les chiffres sont têtus, comme dirait le proverbe.

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