Beaucoup, même parmi ses propres soutiens, en avaient voulu au parti islamiste tunisien d’être passé directement de la case prison à la case pouvoir. En le quittant en 2013, Ennahdha avait fini par s’apercevoir qu’il lui manquait de la formation professionnelle. Les «Conseillers » y remédient désormais.
Ennahdha a placé des conseillers dans les différents cabinets, comme autant de membres d’un gouvernement de l’ombre et de «big brothers». Dans les cabinets des ministres concernés, on les appelle les «Ikrahat» ou encore «Pravda», du nom de l’organe officiel de l’ex parti communiste soviétique. Ils sont nichés dans les principaux ministères et surtout chez Youssef Chahed lui-même. Rien de ce qu’il sait, de ce qu’il fait ou de ce qu’il voudrait faire, n’est désormais un secret pour Montplaisir.
Depuis, le Papy de Montplaisir fait de la résistance. La Tunisie change et il avait jusque-là su opérer les révisions nécessaires pour garantir la pérennité de son parti et su ainsi traverser les revers subis par ses Frères en Egypte, la guerre en Syrie et ses implications sur la Tunisie, ainsi que le changement politique aux USA et sa nouvelle stratégie contre l’extrémisme religieux.
Il avait, auparavant, fait croire qu’il avait quitté la confrérie des «Frères musulmans». Bien avant, en 2016, il avait aussi fait croire que son parti islamiste érigeait un mur entre politique et religion, sans pour autant aller jusqu’à embrasser la laïcité. Il lui manquait «la gueule de l’emploi», il vient de se l’offrir. Il avait ainsi refait ses dents, taillé et balisé sa barbe hirsute et revêtu le costard cravate. Comme dans l’image du serpent qui mue, Rached Ghannouchi (RG) troque ses vieux habits de pieux musulman, symboles de «ceux qui craignent Dieu», le slogan qui avait sauvé les siens de la débandade en 2014, contre une nouvelle image, celle qu’il croit être celle de l’homme d’Etat. En octobre 2016, son vice-président, Abdelfattah Mourou, le lui déconseillait chez Samir El Ouafi, preuve que RG y pensait déjà.
Désormais il se croit, ou le lui a-t-on fait croire, qu’il est prêt pour le sacre de Carthage. Plus moche que lui, Moncef Marzouki s’y voyait et avait fini par y habiter. Incontestablement, Ennahdha se prépare désormais à remplacer Béji Caïed Essebssi à Carthage par son propre vieux.
Il disait pourtant, en avril 2016, que «l’important pour moi, c’est moins les postes que de voir la démocratie se consolider en Tunisie». Il avait aussi dit, en 2011, que la Troïka ne restera pas plus d’une année au pouvoir et avait pris son interview pour témoin. Un mensonge de plus dont seul le leader d’Ennahdha a l’art ! Quels pourraient alors être les risques ?
Le premier est que Rached Ghannouchi profère un autre mensonge. Il aura les deux branches de l’exécutif entre les mains, en mettant un chef de gouvernement de son parti à La Kasbah et une partie du législatif. Il pourrait ainsi alors revenir sur sa décision de séparer le politique du religieux. Il pourrait aussi revenir sur d’autres choses, comme autoriser le contrôle du respect des préceptes de l’islam rigoriste, les tuniques noires intégrales fleuriront toutes les plages, les taches noires de prosternation signeront comme une croix tous les fronts, théâtres ; salles de cinéma et salles d’exposition fermeront, les hôtels deviendront Halal. Il pourrait aussi museler une presse qu’il n’avait cessé d’attaquer depuis les premiers jours de la révolution, enterrer tous les vieux dossiers gênants comme ceux qui sont encore dans les coffres du ministère de l’Intérieur et mettre fin à la guerre contre la corruption engagée par Youssef Chahed, donner la complète liberté d’action à une IVD qui rend la vérité qui lui convient, enlève la dignité et l’accorde à qui elle veut, lui ouvrir les portes des archives de Carthage et ferait enfin de ce pays une «démocratie» à l’iranienne. On imagine alors le nouveau sort de toute la région du Maghreb et même du Sahel africain.
RG à Carthage, c’est en définitive la boîte de Pandore grande ouverte, car toute comme l’habit n’a jamais fait le moine (il n’y a pour cela qu’à voir les horreurs commises au nom de la religion et plus récemment les multiples procès pour pédophilie contre les moines partout en Europe), la cravate ne fera jamais le Président aussi moine et craignant Dieu puisse-t-il être !








