Sans être un fan de Hamma Hammami, il est bon de rappeler que le porte-parole officiel du Front populaire avait considéré, dès le 22 août, dans une intervention sur les ondes de Mosaïque FM, que «l’acceptation de l’initiative de l’UGTT n’est qu’une manœuvre politique élaborée par le mouvement Ennahdha pour prolonger sa gouvernance jusqu’au 23 octobre 2013 ».
Peu avant le même jour, le leader du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, annonçait que son parti a accepté l’initiative de l’UGTT. L’annonce en avait été faite en grande pompe médiatique, à l’issue d’une réunion qu’il a tenue avec Houcine Abassi, secrétaire général de la centrale syndicale ouvrière. Tout le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Tunisie, a cru qu’Ennahdha avait retenu les leçons et fait les concessions requises pour sauver le pays de la crise, politique et économique qui commençait à devenir endémique.
Cette initiative était basée sur deux positions clés. D’abord la démission immédiate du gouvernement d’Ali Larayedh, suivie par la constitution d’un nouveau gouvernement apolitique et ensuite la poursuite des travaux de l’ANC (Assemblée Nationale Constituante), mais une ANC avec des prérogatives bien encadrées et complètement orientées vers l’écriture de la nouvelle Constitution, le tout dans un laps de temps bien déterminé.
– Le vieil homme et Ennahdha.
Le même soir, et comme dans une mise en scène bien ficelée, plusieurs figures notoires d’Ennahdha envahissent les plateaux TV, avec à la bouche un seul leitmotiv : l’acceptation de l’initiative de l’UGTT, seulement en tant que plateforme de débat pour un plan de sortie de crise. Des discussions s’en sont suivies. A l’UGTT, s’associent les patrons, les avocats et la ligue des droits de l’homme. En face, c’est une Troïka qui souffle air chaud et air froid en alternance et à chaque sortie médiatique du vieux leader Rached Ghannouchi pour donner l’impression d’un OK sans réserves, ce sont ses lieutenants qui le démentent publiquement sans que l’un d’eux ne s’en offusque outre mesure. En fait, Ennahdha n’avait voulu retenir de l’initiative que le terme dialogue, jamais les conditions de ce dialogue et encore moins la feuille de route que contenait l’initiative de l’UGTT.
Un mois, jour pour jour, après l’annonce de Rached Ghannouchi de l’acceptation de l’initiative de l’UGTT, 68 jours après l’éclatement de la crise politique en Tunisie suite à l’assassinat du député Mohamed Brahmi, malgré l’avertissement de la CIA aux autorités tunisiennes, après «des dizaines de rencontres et des centaines d’heures de communications téléphoniques », comme le dira Houcine Abassi, toute la classe politique tunisienne se retrouve exactement au point de départ de cette crise.
Pendant tout ce temps, Ennahdha a usé de toutes les manœuvres pour faire avorter le processus de négociation. Seule contre 16 partis et le Quartet, elle a cherché à sortir les organisations nationales du rôle de parties prenantes de la crise en les confinant dans celui de parrain des négociations, entre elle et le reste de l’opposition. Elle a essayé d’attaquer l’UGTT en faisant émerger sur les réseaux sociaux une affaire de mœurs contre l’un des adjoints du SG de l’UGTT. Elle a ensuite essayé de semer la zizanie dans les rangs du patronat, en propageant des rumeurs de corruption sur les réseaux sociaux, contre un des négociateurs de l’Utica au Quartet. Elle a fait revenir Moncef Ben Jaafar sur sa décision de suspendre les travaux de l’ANC. Elle a même essayé de substituer le président provisoire Marzouki à tout le Quartet, d’abord avec des négociations bis, ensuite avec une initiative bis de sortie de crise. Sa seule réussite manœuvrière aura certainement été le rapprochement avec Nida Tounes qui a, à son tour, réussit à essouffler le mouvement de protestation du Bardo qui s’effiloche depuis.
– Hamma le prophète qui s’ignore !
Rached Ghannouchi semble finalement s’être avoué vaincu et se serait résigné au refus de son parti de l’initiative de l’UGTT et de la feuille de route du Quartet. Il signe un communiqué que le SG de l’UGTT a traité, samedi dernier, de «flou, qui sent la manœuvre et qui se prête à plusieurs lectures ». Un communiqué où il n’y a de clairs que les mots d’acceptation de l’initiative de l’UGTT. Sans le dire clairement, dans un sens ou l’autre, Ennahdha refusait toujours le contenu de la négociation avec l’opposition et le Quartet, qui est la démission imminente du gouvernement Larayedh et la poursuite des travaux de l’ANC, mais avec un nouvel objectif et des délais bien précis. Ce refus, incorporé dans l’acceptation de la négociation, n’est en fait pas nouveau. Rached Ghannouchi l’avait dit, en direct à la télévision, le 22 août dernier. Le communiqué qu’il a signé, le 21 septembre, n’est qu’un bis-repetita de sa première déclaration.
Comme Hamma Hammami, toute la classe politique l’avait deviné. Hamma l’avait dit, parce qu’il n’avait pas sa langue dans la poche et qu’il surfait déjà sur la vague des assassinats de deux éminentes figures de la Gauche tunisienne et qu’il a toujours été l’ennemi juré des islamistes, comme pourrait en témoigner tout son parcours politique.
D’autres, comme Béji Caïed Essebssi, se sont tus et ont négocié pour tirer profit de leur silence et du silence des agneaux qu’Ennahdha aura finalement su dompter par le temps qu’elle a su étirer pour qu’il absorbe la colère et les tensions.
Ka. Bou








