L’agenda des consultations, limité dans le temps par les textes juridiques, a l’air d’aller plus vite que la capacité d’assimilation du tunisien moyen qui ne sait plus à quel saint se vouer. Les positions changent à une cadence effrénée, et celles émanant d’un seul parti politique, sont parfois inconciliables .Les alliances se font et se défont à un rythme vertigineux.
Si cette vérité est valable pour toutes les formations politiques, elle l’est encore plus pour Ennahdha , qui, de par son statut particulier, s’érige en un unique arbitre des ultimes consultations , conférant à ses faits et gestes un poids spécial en cette période transitoire critique .
Bien que le flou soit savamment entretenu sur ses véritables intentions concernant le sort de Hamadi Jebali , une tendance se dessine déjà chez Ennahdha, à ce sujet : on parle de 20 postulants , de pourparlers qui doivent s’ouvrir entre le chef du gouvernement démissionnaire et son parti à propos des conditions énoncées . Des cadres nahdhaouis commencent à développer, sur les plateaux des médias, des contre-arguments pour infirmer les diagnostics et les analyses de Jebali.
Sahbi Atig, président du groupe parlementaire d’Ennahdha à l’ANC , somme le chef de Gouvernement sortant de renouer avec les constantes et les fondamentaux d’Ennahdha . Pour Fethi Ayadi, président du conseil de la Choura, le chef du gouvernement démissionnaire aura à former un gouvernement « Jebali II » . Au cas où il refuserait, Ennahdha présentera une liste de 10 à 20 nouveaux candidats issu de ses rangs pour le remplacer. Parmi eux, Ali Larayedh, Noureddine B’hiri et Abdellatif Mekki .
Rached Ghannouchi a déclaré, à l’issue de son entretien, mercredi, avec le président de la République qu’Ennahdha a entamé une série de négociations avec d’autres partis politiques au sujet de la composition du futur gouvernement , qui sera annoncé au plus tard en fin de semaine, selon ses dires . Et Jebali ne semble pas dans le coup.
Concernant le candidat potentiel pour diriger le nouveau gouvernement, Rached Ghannouchi a annoncé que les négociations sont en cours.
Rien donc n’est acquis d’avance. Et la popularité grandissante de Jebali auprès des Tunisiens et de l’opposition ne peut pas aller au-delà en ce sens que l’establishment du parti demeure hermétiquement fermé à ses idées et préconisations.
Hammadi Jebali , qui paraissait jusqu’à tout récemment aligné sur les analyses et positions d’Ennahdha , commence à se faire l’écho des thèses de l’autre rive . Sa conversion n’était pas perceptible à l’œil nu. Mais beaucoup de signes laissaient transparaître pareille orientation : souci constant de maintenir le dialogue avec les partenaires sociaux , aversion vis-à-vis de la violence à l’encontre des partis politiques , des syndicalistes, des artistes et des intellectuels etc.. Les observateurs sentaient que même la polémique de Jebali avec l’opposition ne se confondait pas avec le discours nahdhaoui pur-sang tant le référentiel et l’argumentaire étaient différents .
L’annonce par Jebali de son initiative révèle des divergences profondes au sein d’Ennahdha dans l’appréciation de la situation et des solutions envisagées pour la faire évoluer dans le sens de la réalisation des objectifs de la révolution . Mais la partie apparente de ces divergences ne permet pas de préjuger des rapports de force réels entre les tenants des 2 tendances.
L’étalage de Jebali des divergences au grand jour et sa démarche de prendre l’opinion publique à témoin, peuvent se lire comme un geste de désespoir de la part de quelqu’un qui ne trouve pas d’oreilles pour être entendu au sein des instances du parti dont il est le secrétaire général. Cela s’apparente à un suicide politique.
Analysé sous un autre angle, le choix de Jebali peut être décodé comme un investissement pour l’avenir. Il esquisse des orientations, ébauche des solutions, dit plutôt ce qu’il ne faut pas penser, ni faire. Ce qui laisse entendre que le programme qu’il a en tête n’est pas pour demain.
Les observateurs peuvent comprendre l’attitude de Jebali : minoritaire au sein de son propre parti , échaudé par 14 mois d’exercice de pouvoir et otage d’une logique politique implacable à résultante nulle ,il se voit poussé en définitive à faire cavalier seul .En contre partie, il n’est pas facile de comprendre le bien fondé du choix de l’opposition de s’allier à un homme qui , malgré l’attrait de ses idées , et l’honnêteté de sa démarche , demeure un outsider rejeté par les siens , et dont l’apport à l’équation politique du moment est presque nul et sans effet.
L’attitude de l’opposition et celle de Jebali renvoient à des situations similaires qui avaient marqué l’échiquier politique de la Tunisie chaque fois qu’un responsable politique de premier ordre claquait la porte comme en témoignent les péripéties vécues par Ahmed Mestiri, Tahar Belkhoja…. Ces responsables frappés d’anathème, car déterminés à infléchir les tendances sclérosées et irrationnelles des gouvernements en place, trouvaient généralement un écho chez les démocrates et les forces intermédiaires de la société civile émergente. Seulement, les lois de l’évolution de la société tunisienne, ont toujours fait que ces éléments assagis sont vite rejetés par le système. Et leur clairvoyance qui reste en deçà de toute capacité de changer l’ordre établi, finit tout de même par enrichir le discours de l’opposition centriste, et apporter de l’eau au moulin de ceux qui défendent des thèses extrémistes.
Aboussaoud Hmidi








