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Tunisie : Qui sauvera «le soldat Tunisair» ? Qui assumera la responsabilité de la faillite de Tunisair ?

C’est une entreprise en sureffectif sous la pression de la révolution, avec 8500 salariés et 30 appareils d’une moyenne d’âge de 15 ans, ce qui lui fait une moyenne de 230 agents par avion. Une moyenne qui représente le double de ce qui se fait chez les compagnies comparables. Une entreprise qui peine à décoller sous la lourdeur administrative et dont la structure de coût est fortement handicapée d’un 30 % qui va aux salaires. Une entreprise nationale donnée, sans mesures de mise à niveau, en proie à la concurrence des Européens et des Qataris et même aux compagnies locales, sous la pression d’une montée du régionalisme d’après la Révolution. C’est ainsi qu’a été présentée Tunisair par son PDG, Rabah Jrad.

Il évoquera ainsi, volontiers, les 38 % de parts de marché de Tunisair et son chiffre d’affaires de 1 milliard DT. Il ne cherchera pas à cacher son RBE en baisse de 56 MDT, à la fin des premiers 6 mois de l’année 2012, et son résultat négatif de 72 MDT à la même période. Il aura toutes les évidences de l’impact des recrutements forcés, des intégrations signées par d’autres, de la hausse des prix du carburant et de la baisse du nombre de touristes, pour expliquer le mauvais état d’une entreprise qui rend pourtant d’immenses services à l’Etat, présidence et Gouvernement, au fisc et à toute la population, qu’elle soit de Tunisie ou de l’étranger. A fin 2012, il annonce pourtant une hausse de 17 % des produits d’exploitation par rapport à 2011, et ce malgré une hausse de 15 % des charges d’exploitation, ce qui expliquera largement le déficit attendu pour toute l’année 2012, de 83 MDT. Il n’en finit pas moins par les bonnes nouvelles d’une évolution de 4,2 % du trafic, de 5,5 % des produits d’exploitation et de 5,4 % des charges, ce qui devrait ramener les finances de Tunisair vers l’équilibre, dès 2014.

Tranquille comme Baptiste et serein dans ses convictions sur les bonnes perspectives de l’entreprise dont il avait pourtant repris les rênes dans les troubles circonstances de l’après révolution, le PDG de la compagnie était venu, vendredi dernier, au siège de la Bourse de Tunis, présenter le plan de redressement de la compagnie et parler devant les intermédiaires boursiers de son plan de redressement de l’entreprise et de son nouveau Business Plan.

 

– Tunisair demande à l’Etat 300 MDT immédiatement et 241 MDT à prendre en charge.

Pour relever SA compagnie, son transporteur officiel, le transporteur du chef de l’Etat et du chef du Gouvernement, Tunisair demande à l’Etat l’annulation des 166 MDT de dettes qu’elle doit à l’OACA (Office de l’aviation civile et des aéroports) et l’exonération pure et simple des redevances sur le Catering, de lui faire une avance, immédiate, de 300 MDT remboursables après la vente des avions de Ben Ali, de lui accorder le statut d’entreprise totalement exportatrice, de lui reconduire l’exonération d’impôt sur les bénéfices dont elle n’a pas pu bénéficier, de lui accorder sa garantie pour les crédits nécessaires au financement de son plan de flotte, de lui permettre d’augmenter son capital de 106 à 180 MDT, de prendre en charge les 52 MDT que coûtera son plan social de 1700 agents et les 23 MDT pour les départs à la retraite des 329 autres. «C’est très coûteux, mais ça le sera bien plus, si on ne le fait pas maintenant», commentera, impassible et serein, le PDG de Tunisair.

A toutes ces demandes, il faudra ajouter la garantie de l’Etat pour que Tunisair prenne crédit pour financer son plan de flotte. Pas moins de 950 millions USD lui sont nécessaires pour ce financement dont elle devra payer 30 % en fonds propres.

– Rabah Jrad prend les décisions impopulaires et promet de distribuer des bénéfices en 2015.

Raide comme la justice, Rabah Jrad ne semble pas avoir peur de prendre les décisions impopulaires qu’il faut pourtant pour sauver l’entreprise. Il annonce ainsi un énorme plan social de 1700 employés, des départs à la retraite de 329 autres, le gel de tout autre recrutement et le gel des salaires pour les années 2013 et 2014. Beaucoup de ceux qui ont entendu ces mesures, pensent que le PDG de Tunisair va se faire lapider.

En contrepartie, Jrad promet une augmentation moyenne de l’activité de Tunisair de 4,2 % par an, le retour à l’équilibre financier, à partir de 2014, et des bénéfices, à partir de 2015, avec une marge nette moyenne de 3 % par an, durant la durée du Business Plan. Ce dernier s’inscrit, il faut le noter, plus sur le long que le court terme. Il comprend la mise en place d’une nouvelle stratégie commerciale et lorgne déjà la 6ème liberté, le renforcement du réseau Tunisair sur l’Afrique, développer le long courrier, développer la vente à distance, concrétiser son plan de flotte de 2008 et développer une plus grande synergie avec Tunisair Express.

– Le Gouvernement Jbali sauvera-t-il Tunisair ou la laissera-t-il aller vers la faillite ?

La lecture des demandes financières de la compagnie à la lumière des problèmes financiers de tout un Etat, la lecture des demandes sociales de Tunisair à la lumière du manque de volonté du Gouvernement d’arrêter les effusions sociales et son incapacité à faire face aux pressions sociales, nous mènerait presque à affirmer que Tunisair et le Gouvernement Jbali, sont et pourraient rester dans l’impasse. Les demandes financières et sociales de Tunisair semblent, pour l’instant, au-delà des capacités et de la volonté d’un Gouvernement, plus préoccupé par ses échéances sociales que par les problèmes économiques du pays, encore moins d’une entreprise. Les cas de la Compagnie de phosphate de Gafsa et, dans une moindre mesure, celui de la Stip (Société tunisienne des industries pneumatiques) sont, à plus d’un titre, éloquents.

A cela, il faudra ajouter le laxisme du ministre du Transport devant la concurrence sauvage que mène Syphax au transporteur historique. Un Karim Harouni qui ouvre les vannes de l’Open Sky de toutes parts (Qatar et Union Européenne), sur Tunisair, sans aucune mesure de protection pour l’actionnaire principal qu’il représente dans son siège de ministre.

Au train où en vont les choses à Tunisair, le danger est plus qu’imminent. Avec un capital de 106,199 MDT, l’entreprise avait déjà terminé l’exercice 2011, avec un déficit de 157,890 MDT. Son déficit dépasse déjà son capital. Avec ses 83 MDT de déficit prévus, 2012 ne fera qu’aggraver la situation de l’entreprise. Sans le secours financier de l’Etat et son accord pour le plan social et tout ce que Rabah Jrad demandait, la situation de Tunisair deviendra tout simplement catastrophique !

Si rien n’est fait, dans les semaines qui viennent, si Harouni ne passe pas le dossier de Tunisair devant le prochain Conseil des ministres, si ce dernier ne prend pas la décision de «sauver le soldat Tunisair», c’est qu’ils voudraient l’amener vers la faillite. En prendraient-ils la responsabilité ?

Khaled Boumiza.

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