On a connu rarement au Premier ministre du Gouvernement de transition, Béji Caïed Essebsi des accès de fermeté aussi tranchants et sans concession comme celui dont il a fait montre dans son discours du 6 septembre. L’homme semblait outrément excédé voire indigné par le comportement des syndicats des forces de sécurité, surtout les ukases qu’ils ont pris la liberté d’imposer au gouvernement. Pour quelqu’un qui a eu longuement, par le passé, la haute main sur le dispositif sécuritaire de la Tunisie et qui est foncièrement attaché à l’autorité de l’Etat, pareille dérive ne peut être qu’un acte d’insubordination, et même d’insurrection, selon Les propres termes de Caïed Essebsi.
A la vérité, ce fut la borne qu’il ne fallait en aucun cas franchir et le tabou à ne pas briser. On comprend dès lors la rigueur qu’il a tenu à imprimer aux décisions arrêtées pour tuer dans l’œuf cette démonstration de force qui, si elle était tolérée, viderait la fonction régalienne de l’Etat de toute autorité et de force exécutoire. Au demeurant, cette fermeté pesée au trébuchet a suscité des réactions quasi unanimes parmi les analystes politiques, particulièrement les critiques les moins amènes à l’égard de l’actuel Premier ministre, et encore plus chez l’essentiel des partis politiques , et ceci ne laisse aucun doute sur la gravité de la situation et ses conséquences sur la sécurité générale dans le pays, déjà fortement malmenée, à six semaines du scrutin du 23 octobre.
En fait, nulle part dans le monde, et plus encore dans les démocraties les plus avancées ou les républiques les plus bananières, les gouvernements ne se laissent dicter des injonctions qui s’apparenteraient à un 18 brumaire, car, enfin, ils se croient rigoureusement dans leur vrai et premier rôle d’avoir le monopole de la prise de décision sécuritaire, à charge pour l’appareil de la police et autres corps assimilés et apparentés d’exécuter les décisions qui s’y attachent.
Pour le cas de l’espèce qui nous occupe, celui de la Tunisie qui, au sortir d’une révolution qui s’est traduite par de récurrentes manifestations de relâchement de la sécurité et, pour tout dire, par un défi caractérisé à l’autorité de l’Etat, se trouve comptable d’une bonne tenue d’élections dont l’issue et la conduite seront de la toute première importance pour l’avenir du pays et son entrée dans l’ère démocratique. Et ceci dicte aux uns et aux autres une vigilance de tous les instants, mais encore une détermination sans faille à barrer la route à tous ceux qui chercheraient à nuire au processus électoral, à quelque tendance qu’ils appartiennent.
Le second signal envoyé par le discours du Premier ministre vise les troubles itératifs dont maintes régions du pays sont le théâtre et qui sont en train de connaitre une évidente recrudescence qui n’a rien de fortuit. Le Premier ministre dit connaître les instigateurs et les fomenteurs sans en citer les noms, mais il ne faut pas être clerc en la matière pour comprendre qu’il s’agit de partis politiques qui ont intérêt à voir le rendez-vous du 23 octobre renvoyé aux calendes grecques et, ce faisant, précipiter le pays dans des convulsions et des éruptions de violences encore plus étendues et plus sanglantes.
Certes, il est de bon ton d’invoquer la résurgence du tribalisme pour l’incriminer dans la prolifération des sit-in , des barrages de routes, des actes de brigandage commis çà et là au vu et au su des forces de l’ordre, mais , ce qui est en cause, ce n’est pas uniquement les nouveaux ressorts de ces communautarismes demeurés en veilleuse depuis des lustres, mais bien une intention délibéré d’arrêter net , et à des couts prohibitifs, la marche du pays vers la réalisation des desseins pour lesquels à éclaté le Révolution du 14 janvier.
Le gouvernement de transition et Béji Caied Essebsi, en chef de guerre, arriveront-ils à mener le pays, sans accrocs majeurs, vers l’échéance du 23 octobre ? Voilà la lancinante interrogation à laquelle il importante de répondre, même si le Premier ministre semble résolu et confiant sur l’issue du processus pré-électoral, c’est-à-dire sur les conditions sécuritaires, politiques et techniques de sa préparation.
Tunisie : Le nouveau Caied Essebsi est-il arrivé ?
- Publicité-







