AccueilLa UNEÇa dégage, et rien jusque-là ne s’engage!

Ça dégage, et rien jusque-là ne s’engage!

Il a pris deux pouvoirs, l’Exécutif et le Judiciaire. Kais Saïed a aussi gelé le Législatif en suspendant  l’ARP, et s’est même emparé d’un quatrième  pouvoir. Il avait en effet sa propre TV Web, où il faisait des discours montés à sa convenance. Désormais, et après une scène de ménage publique, où il revendiquait la UNE du JT, et le renvoi du 1er responsable de la Wataniya, voici le chef de tout l’Etat et qui fait désormais l’ouverture du JT de 20 heures.

Pour l’instant, le nouveau chef de l’Etat (Nouveau par la nouvelle stature que lui confèrent les multiples pouvoirs qu’il cumule depuis le 25 juillet 2021) a démis Mechichi, chef du gouvernement et ministre de l’Intérieur par intérim, les ministres de la Défense et de la Justice,  des Finances, des TICs, l’ambassadeur Tunisie à Washington et le secrétaire d’Etat au MAE, en charge des TRE. Cela, en plus de quatre gouverneurs, ceux de Sfax (en lien avec une hausse du nombre de migrants clandestins, selon un site régional de Sfax), Monastir, Médenine et Zaghouan.

Des changements, qui ont été faits dans le manque complet de transparence, et sans souci aucun pour l’explication, et parfois même sans souci, ni de l’art, ni de la manière, comme le ferait un chef d’Etat, à tout le moins autoritaire.

Pour l’instant aussi, le chef de l’Etat de l’après 25 juillet, a désigné un ministre pour l’intérieur, ce dernier ministère de souveraineté ne pouvant souffrir aucune vacance, un ministre pour les finances, département qui signe les dépenses de salaires et des retraites, et un ministre pour les TICs, un jeune dont la spécialité (cyber-sécurité) explique le choix. Un choix déjà conforté par le placement en résidence surveillée d’un ancien ministre des TICs et de l’économie numérique de 2016 à 2020 Anouar Maârouf, et même avant lorsqu’il était conseiller du ministre Mongi Marzouk. Ce politicien d’Ennahdha traînait quelques casseroles, mais elles ne semblent pas être en relation directe avec sa dernière décision d’assignation à résidence surveillée.

Entretemps, Kais Saïed s’occupe des prix, de l’eau, des taux d’intérêt des banques, des céréales et surtout des vaccins. L’image d’un chef d’Etat à l’écoute des problèmes des citoyens et qui, s’il n’oblige à rien par la force des pouvoirs qui sont désormais les siens, sermonne tout le monde pour suivre ses suggestions. Il pouvait certes ordonner, mais a préféré jusque-là juste suggérer.

  • Des attentes populaires connues, et des décisions présidentielles inconnues

Or, c’est ailleurs ce qu’il est attendu, et la page de la Présidence (presque 2 millions de Like et des commentaires en millions) pratiquement consultée chaque minute, jour et nuit. A l’affût de toute activité, parole ou réaction, qui confirmeraient ou infirmerait le large appui populaire, il est attendu :

  • La nomination d’un chef de gouvernement, ou d’un Premier ministre. Les noms foisonnent et les réseaux sociaux ne manquent pas d’en suggérer, et la dernière en liste est Nadia Akacha. Sur une radio privée, un des conseillers de Saïed évoque, sans être sûr dit-il, mais le dit, que « le choix d’un chef du gouvernement et de ses membres demande un certain temps, car le processus demande du temps, et se fait avec sagesse pour le bien du peuple tunisien et du pays ».

Au-delà du nom de la personnalité du prochain locataire de La Kasbah, Kais Saïed compterait-il, de nouveau, défier la Constitution et l’interpréter à sa manière, pour mettre en place un nouveau gouvernement, sans passer par la case ARP ? Les moins optimistes s’attendent à ce que le chef de l’Etat proroge les 30 jours de délais fixés par l’article 80. Qui discuterait alors avec le FMI pour le soutien financier qui lui permettrait de faire face à ses dépenses ?

  • La mise sur la touche de la scène politique, du parti islamiste tunisien Ennahdha. Pour l’instant, tant la Choura que le groupe parlementaire d’Ennahdha qui discute quotidiennement en vidéo-conférence interne, n’arrivent pas à se mettre d’accord sur une position à propos du poste de Rached Ghannouchi, nœud gordien de la crise politique et institutionnelle, au sein de l’ARP. Son éviction du Perchoir pourrait être un élément de dénouement de la crise, mais il le refuse, et ses deux malaises seraient liés à des demandes dans ce sens de ses pairs à Ennahdha. Dans le cas contraire, les supporters de Kais Saïed seraient fortement déçus, et seraient contre un possible retour du travail des institutions démocratiques.

Que ferait alors le prochain gouvernement, s’il venait à être désigné, pour faire passer la loi de finances rectificative de 2021, le prochain budget 2021 qui devrait être remis dans les mois qui suivent aux commissions de l’ARP ? Que ferait-il pour passer les projets de loi sur les crédits de 19,175 MDT du FMA destiné au soutien de la situation financière du pays ?

  • Trouver une sortie à la crise, où il a mis le pays, avec un soutien populaire, hors normes car il est le fait de la rue, et non issu des institutions démocratiques. Cette solution, puisse-t-elle encore être trouvée, passe par le départ de Rached Ghannouchi, par une ARP autrement composée, ou au moins autrement présidée. Et tout cela ne peut se faire à travers une Constitution, jusque-là verrouillée pour ce genre de solution.

En Tunisie pour l’instant, Saïed fait le ménage dans l’Exécutif à tous ses étages. Mais reste muet sur la manière de réaménager la maison Tunisie. Ni d’ailleurs sur les perspectives de ce que ceux qui ne veulent plus parler de Putsch, appellent une « correction » de la trajectoire du processus démocratique en Tunisie. 

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