Le secteur pharmaceutique tunisien continue d’aller de l’avant malgré des défis persistants. Au-delà des difficultés que traverse le pays, cette industrie demeure robuste, en répondant aux besoins de la population en médicaments et en contribuant significativement à la prospérité économique du pays.
Et ce, même durant les moments les plus difficiles comme en témoigne sa résilience face à la crise sanitaire déclenchée par Covid-19.
Conscient de l’enjeu, l’État a renforcé son engagement en faveur de ce secteur depuis la fin des années 80. À cette époque, une industrie d’État ne couvrait qu’entre 5 et 6% des besoins nationaux en médicaments. « Une clarification politique en matière d’investissement sectoriel et des mesures incitatives spécifiques ont donc stimulé une dynamique positive dans le secteur » souligne le conseil national de l’ordre des pharmaciens de Tunisie (CNOPT).
Le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a confirmé, lors de sa visite à Sfax, 13 novembre 2024, l’intention du département de restructurer radicalement l’industrie pharmaceutique en Tunisie tout en garantissant son autonomie.
Il a ajouté que les médicaments fabriqués en Tunisie couvrent environ 75% des besoins des Tunisiens, soulignant que grâce à la compétence des cadres nationaux, entre médecins et pharmaciens diplômés de l’enseignement supérieur tunisien, il est possible d’atteindre 100% de la production pharmaceutique.
Ferjani a également expliqué qu’après sa restructuration, la société des industries pharmaceutiques de Tunisie, qui a repris ses activités il y a deux mois après deux ans d’interruption, est devenue en mesure d’assurer la sécurité pharmaceutique.
En ce qui se rapporte à la Pharmacie centrale, le ministre de la Santé a déclaré qu’elle fournit tous les médicaments vitaux notamment contre le cancer et d’autres maladies, mais qu’il peut parfois y avoir une pénurie.
Médicament en Tunisie : Un marché de 1,69 Md USD
La taille du marché pharmaceutique tunisien a été évaluée à 1,69 milliard de dollars américains (Md USD) en 2021 et le chiffre d’affaires total devrait croître de 12,9 % entre 2022 et 2029, pour atteindre près de 4,47 milliards de dollars américains. C’est ce qu’indique le site « Maximisemarketsearch », dans un récent aperçu du marché pharmaceutique tunisien.
Selon la même source, « la Tunisie est l’un des rares pays d’Afrique à disposer d’un secteur pharmaceutique doté d’une gestion sophistiquée et de technologies avancées, tant en termes de qualité que de sécurité des produits. La production locale de médicaments génériques est d’environ 49 % et les importations d’environ 51 %.. Tunis compte environ 39 sociétés pharmaceutiques dans la région.
Défis réglementaires et législatifs
Pendant longtemps en Tunisie, la gestion administrative des médicaments était fragmentée entre plusieurs structures, ce qui constituait un obstacle au développement du secteur de l’industrie pharmaceutique. Longtemps réclamée par les professionnels du secteur, l’Agence nationale du médicament et des produits de santé a été mise en place en vertu de la loi n° 2023-2 du 12 juillet 2023.
Perçue comme un signal fort de l’engagement de l’Etat en faveur d’une démarche de consolidation et de développement de cette industrie, cette agence unifie les structures de gestion des médicaments et produits de santé. Elle a pour mission d’instaurer une politique nationale cohérente dans le domaine pharmaceutique, renforçant les contrôles sur la fabrication, l’enregistrement, l’importation, l’exportation, la distribution et la commercialisation de ces produits.
Cependant, et malgré les éloges des industriels pharmaceutiques locaux à l’égard de la création de cette agence, le secteur demeure confronté à des défis majeurs dont notamment la législation en vigueur, jugée « inappropriée » pour encourager son expansion. Il s’agit essentiellement de la loi n°73 régissant les professions pharmaceutiques et dont la révision est désormais une urgence (…).