Béji Caïd Essebsi a affirmé, lors de son interview, dans la soirée de dimanche ,à la chaîne Nessma TV, qu’il adhère à la proposition faite ,dernièrement , par Rachid Sfar ,de constituer un Haut Comité d’Etat (HCE) , pour diriger les affaires de l’Etat pour le reste de la période transitoire .Il a même suggéré que cette instance soit composée de Houcine Abbassi pour l’UGTT , Widad Bouchemaoui pour l’UTICA , Rached Ghannouchi pour représenter le parti majoritaire, et d’une personnalité spécialisée dans les affaires sécuritaires , exprimant sa disposition à faire personnellement partie de ce HCE , au cas où les conditions de sa création seraient réunies .
Le sort réservé à Moncef Marzouki, dans ce schéma est un peu ambigu, car Béji Caïd Essebsi lui propose de l’associer à cette instance , sinon il doit quitter son poste , parce que ses prérogatives vont être transférées au HCE.
Esquissant les contours de cette instance , il souligne qu’elle est souveraine et se présente comme une sorte de présidence collégiale , et son adoption impose de réduire au maximum les prérogatives de l’ANC et du président de la République pour être relégués , comme institutions , à un rôle secondaire , indiquant que l’ANC doit se consacrer exclusivement au parachèvement de la constitution sans autre mission .Et pour garantir l’harmonie des institutions, Béji Caïd Essebsi propose d’amender la loi de l’organisation provisoire des pouvoirs publics pour y insérer le HCE .
A l’origine , cette proposition avait été avancée par Rachid Sfar , l’ancien premier ministre de Bourguiba , qui s’est inspiré de la formule adoptée par le gouvernement tunisien lors de la préparation de la constitution de 1959 .Mais Béji Caïd Essebsi a relevé que les deux contextes de 1957 et de 2013 diffèrent à plus d’un titre , et surtout par le fait que le conseil de l’Etat au lendemain de l’Indépendance était adossé à un pouvoir exécutif fort, représenté par le président de la République de l’époque , Habib Bourguiba , élément qui manque cruellement dans l’équation politique actuelle .
Le président de Nidaa Tounès rapproche plutôt l’instance proposée au Haut Comité d’Etat institué en Algérie qui était une présidence collégiale de transition en charge provisoire de la gestion de l’État. Mis en place du 14 janvier 1992 au 30 janvier 1994, à la suite de la démission du président en exercice, Chadly Bendjedid et de l’annulation des élections législatives de 1991, il a été dissous, le 30 janvier 1994,à la désignation de Liamine Zéroual comme Chef d’État.
Béji Caïd Essebsi , qui a parlé au conditionnel en discutant le sujet , a insisté sur un point essentiel : le chef du Gouvernement va être désigné avant samedi prochain à midi , date limite fixée par le Quartet aux partis politiques pour qu’ils répondent positivement aux appels de l’opinion publique et de la société civile au consensus . Mais le leader de Nidaa Tounes n’a pas manqué de signaler que les obstacles vont être dressés, après cette date, sur le chemin du Dialogue national pour le faire échouer ; et ce n’est que dans ce cas de figure , et lorsque tout le monde s’apercevra qu’il y a des parties qui veulent saboter cette phase du processus démocratique que le Quartet doit changer de statut en passant d’un intermédiaire à une partie prenante et que les plus grands partis politiques (entendre par là Ennahdha et Nidaa Tounès ) et les hommes d’Etat qui ont une expérience dans les affaires sécuritaires doivent assumer leurs responsabilités pour sortir le pays de la crise . Le président de la République, Moncef Marzouki doit être mis devant le fait accompli : adhérer au nouveau processus ou partir.
Telles sont les grandes lignes du schémas proposé par Béji Caïd Essebsi , qui a donné l’impression d’être pris de court par la question de l’intervieweuse Maryem Belkadhi sur le sujet , et de s’inspirer de loin d’une proposition avancée par un de ses anciens collègues , Rachid Sfar qui ne correspond que partiellement à ses vues , mais à considérer de très près le cheminement de sa pensée, on se rend compte que la proposition a longuement muri dans son esprit et qu’elle a recueilli l’aval des plus importants partenaires nationaux et étrangers , et qu’elle a de grandes chances de devenir le schéma de rechange de tous les plans B réunis .
Aboussaoud Hmidi








