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lundi 1 juin 2020
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Ce que Fitch a réellement dit dans sa notation sur la Tunisie

L’opinion publique tunisienne n’a eu droit qu’à une partie de la notation que l’agence Fitch Rating a décernée à la Tunisie, vendredi dernier. Un résumé succinct, presque lapidaire, où les sujets qui fâchent semblent avoir été gardés sous le boisseau, en tout cas pas totalement ébruités. En puisant à la source, c’est-à-dire dans la version originale en anglais du rapport de notation de Fitch, on s’instruira de beaucoup plus que de la portion congrue livrée, singulièrement au titre des griefs politiques formulés.

Ainsi, il y est spécifié que la note de la Tunisie est plombée par d’importants déficits des comptes courants, une dette budgétaire et extérieure élevée, un environnement politique difficile et une croissance économique modérée. Cette situation est cependant contrebalancée par des indicateurs de gouvernance solides, le soutien continu des créanciers officiels qui sous-tend la flexibilité de financement de l’État et une économie diversifiée. Les perspectives négatives reflètent la vulnérabilité persistante due à d’importants besoins de financement extérieur, à la faiblesse des coussins budgétaires et extérieurs et à une opposition sociale bien ancrée aux politiques de stabilisation macroéconomique.

L’entrée en fonction d’un nouveau gouvernement fin février, à la suite des élections législatives d’octobre, permettra de poursuivre les politiques de réforme, bien qu’à un rythme encore lent, et de renouveler l’engagement avec les créanciers internationaux, notamment le FMI. Fitch dit s’attendre à ce que le nouveau gouvernement négocie un nouveau programme du FMI dans la foulée de l’accord 2016-2020 qui expire en avril et qu’il adhère largement aux réformes fiscales et aux politiques de consolidation initiées par son prédécesseur.

« Risques sociaux et politiques élevés »

Surtout, Fitch pointe du doigt « la formation prolongée du gouvernement [qui] a considérablement retardé la sixième revue de l’accord actuel avec le FMI, initialement prévue en septembre dernier et qui doit encore être achevée ». Toutefois, tempère-t-elle, les garanties institutionnelles ont permis de poursuivre la mise en œuvre des politiques menées par le gouvernement d’expédition des affaires courantes et le processus budgétaire a été ininterrompu, ce qui souligne la résilience du processus politique de la Tunisie.

Et l’agence de notation d’avertir contre  la mise en œuvre des politiques de stabilisation macroéconomique sous le nouveau gouvernement qui demeurera exposée à des risques politiques et sociaux élevés. « L’hétérogénéité du gouvernement pourrait compliquer l’élaboration des politiques, car il comprend des représentants de six partis répartis sur l’ensemble du spectre politique, ainsi qu’une grande partie de ministres non affiliés à des partis politiques », souligne-t-elle. « La capacité du nouveau chef de gouvernement à mener le programme politique semble limitée étant donné que son parti Ettakatol n’a pas de sièges au Parlement et que son propre résultat à l’élection présidentielle est médiocre », abonde Fitch qui prévoit qu’ « un antagonisme profond entre les plus grands blocs au Parlement contrecarrera un consensus plus large entre le gouvernement et l’opposition sur l’approbation et la mise en œuvre des réformes ».

Une ceinture politique vulnérable

Autre crainte politique exprimée par Fitch : « la ceinture politique du gouvernement semble également vulnérable et il existe des risques de résurgence de l’instabilité gouvernementale que la Tunisie avait connue avant 2016. Dans une législature plus fragmentée que celle qui l’avait précédée, le gouvernement est soutenu par quatre groupes parlementaires représentant environ 15 partis politiques différents. La stabilité du gouvernement pourrait être mise sous pression en cas de retrait d’un partenaire de coalition mineur ou de changement dans la composition des blocs étant donné la volatilité de l’affiliation des partis au Parlement ».

Pressions sociales

Bien que de puissants syndicats aient exprimé leur soutien au nouveau cabinet, Fitch s’attend à ce que les pressions sociales continuent à ralentir la mise en œuvre des politiques. Les risques de tensions sociales sont illustrés par des grèves de grande ampleur au début de 2019 qui ont conduit le gouvernement à accepter des augmentations de salaire substantielles, en violation des objectifs fixés dans le cadre du programme du FMI en cours. Ils sont également mis en évidence par l’opposition du secteur privé aux hausses des prix de l’énergie, les retards dans les ajustements tarifaires entraînant un dépassement de 0,4 % du PIB des dépenses de subventions en 2019. Les piètres performances des partis établis et l’ascension des étrangers et des forces populistes lors des élections présidentielles et législatives de septembre et octobre 2019 indiquent également une lassitude des électeurs vis-à-vis des réformes, assène Fitch, en conclusion des volets, politique et social, de sa notation.

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