AccueilLa UNEComment la note de Moody’s va impacter les banques tunisiennes ? Décryptage

Comment la note de Moody’s va impacter les banques tunisiennes ? Décryptage

Dans une toute récente note de l’institut arabe des chefs d’entreprises, l’IACE a décrypté l’impact de la dernière baisse de la notation souveraine de la Tunisie, et ses impacts directs, attendus, sur les IDE, le financement de l’économie, les banques de la place, et en dernier ressort les entreprises tunisiennes.

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L’IACE commence par rappeler aux néophytes que « la notation souveraine mesure le risque relatif qu’un pays ne parvient pas, en temps opportun, à rembourser ses engagements financiers, tels que le paiement des intérêts et le remboursement du principal ».

Depuis 2011, la note souveraine Moody’s de la Tunisie n’a cessé de se détériorer passant de Baa2 (Perspectives stables) en 2013 à B3 (Perspectives négatives) en 2021. Ceci en signalant que c’est le plus bas grade dans la catégorie « spéculatif ». Cette détérioration s’est accompagnée par une diminution, attendue d’ailleurs, du taux d’investissement qui est passé de 21,9% en 2013 à 13% en 2020.

Les maux de l’économie tunisienne, même ceux d’avant la révolution sont révélés à travers la décélération du taux d’investissement. Cette tendance baissière enregistrée sur une longue période, conjuguée à une mauvaise gouvernance avant et après 2011, ne pouvant qu’engendrer l’explosion de la dette extérieure, de la pauvreté, du chômage et de l’informalité.

  • Encourager l’immobilier professionnel. Une solution ?

Si le pays d’accueil est négativement évalué, tel est le cas de la Tunisie (Baisse de la note souveraine avec perspectives négatives) les investisseurs étrangers sont exposés au risque de dépréciation de leurs actifs et ce, suite à celui de la monnaie locale.

L’investissement de portefeuille (25,3% de la capitalisation) est exclusivement stratégique (détenu par des investisseurs ayant des participations stratégiques dans leurs filiales ou partenaires commerciaux). La participation étrangère spéculative sur la BVMT ne représente malheureusement que 0,5% des capitaux investis. La fuite des investisseurs étrangers a été amorcée dès le début de la dégradation de la note souveraine. Et actuellement les décisions des investisseurs encore présents sur le marché ne peuvent pas influencer sensiblement les tendances.

Les investissements physiques peuvent être exposés au risque souverain lié aux investissements directs étrangers. Et ceci est expliqué par le fait qu’une dépréciation de monnaie locale sera enregistrée, accompagnée par un accroissement du taux d’inflation causant ainsi une dévalorisation des immobilisations lors de la consolidation de leurs états financiers.

Pour améliorer le taux d’investissement, attirer et rassurer les futurs investisseurs, la Tunisie devrait encourager l’immobilier professionnel (industriel ou services) public et privé à offrir en location aux investisseurs étrangers.

  • Un gap de 2,6 Milliards DT attendu 

La loi de finances 2021 prévoit 10,29 milliards de dinars sous forme d’émission d’obligations et de Sukuks. L’importance de ce montant conjuguée à une note B 3 a eu pour effet d’augmenter le taux de sortie de la Tunisie sur les marchés financiers internationaux estimé à 11%.

A défaut de la conclusion d’un accord avec le FMI, et l’obtention du renouvellement totale de la garantie américaine (qui nécessite du temps et des pourparlers politique à haut niveau au niveau de l’administration américaine) ou de garantie supplémentaire, la Tunisie ne pourra dans les conditions actuelles mobiliser que la moitié de son besoin de financement extérieur et à une maturité courte.

Même dans le cas du renouvellement de la garantie américaine, le gap serait de 2600 Millions de Dinars. Il est à noter que l’obtention de ce renouvellement n’apaisera pas la pression sur les réserves de change lors du remboursement qui précédera impérativement l’émission de nouveaux titres sous garantie.

  • Impact sur le coût et la disponibilité d’argent chez les banques

Le secteur bancaire est parmi les secteurs les plus sensibles à la dégradation de la notation souveraine. En effet, pendant la crise de 2007, 64 % des banques situées dans les pays en situation de crise ont vu leur note se dégrader dans les six mois qui ont suivi la baisse de la note souveraine.

Par ailleurs, une baisse des notations souveraines entraîne généralement une baisse des notations des banques nationales. En outre, la notation souveraine représente généralement la limite supérieure de la notation attribuée aux emprunteurs privés. Les répercussions peuvent donc être potentiellement importantes sur le coût ainsi que la disponibilité du financement pour les banques.

De ce fait, la dégradation de la notation souveraine va augmenter le risque pays des banques tunisiennes lors de leurs prochaines évaluations par les agences de notation. Cette future probable dégradation de la notation des banques tunisiennes, pourra renchérir le coût de financement en cas de recours à des sources de financement étrangères bancaire ou autres (très limitées en Tunisie).

Les opérations de commerce international quel que soit leur mode le règlement, sont perturbées par la dégradation de la note souveraine et consécutivement celle des banques. Le recours à des banques tierces pour des confirmations et garanties à envisager engendre des couts supplémentaires qui sont au final supportés par les entreprises. Les banques locales affiliées à des banques étrangères peuvent bénéficier de l’avantage que leur offre leurs affiliations aux dépens des banques détenues exclusivement ou majoritairement par des investisseurs tunisiens publics ou privés.

  • Risque élevé de rupture de stocks stratégiques pour les entreprises

L’impact sur des entreprises dans un pays classé B3 et aggravé par les répercussions de la crise sanitaire est essentiellement financier. Le manque de liquidité limite forcément la marge de manœuvre et aggrave leur situation si des mesures préventives ne seront pas prises. Le surenchérissement des couts de financement extérieur soit en termes de garantie ou de crédit documentaire sera aussi probablement observé.

Une attention particulière devra être accordée aux entreprises publiques importatrices de produits stratégiques dont usuellement le financement des opérations de commerce international est assuré essentiellement par des banques publiques. Les fournisseurs de ces entreprises peuvent juger leurs risques élevés et imposeront des nouvelles conditions, plus contraignantes, à cause du risque élevé des entreprises publiques et de leurs banques. La rupture de stock de produits stratégiques suite à des soucis d’approvisionnement, constitue un risque élevé et probable actuell.il est indiscutablement à éviter.

Pour conclure, en quelque sorte, la dernière note de l’IACE estime que « l’amélioration de la note souveraine devrait s’accompagner impérativement de l’amélioration du taux d’investissement. La création de valeur ajoutée suffisante étant la seule issue pour stabiliser et garantir la soutenabilité de la dette. Entamer les réformes ne devrait pas être justifiées uniquement par l’amélioration de la notation de la Tunisie ou la conformité aux exigences du FMI mais plutôt pour donner de la marge budgétaire à l’Etat et booster ainsi l’investissement public en faveur de l’éducation et à la santé et libérer le potentiel de l’initiative privée ».

*Etude de l’IACE sur l’impact de la dégradation de la note souveraine de la Tunisie à B3

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