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mardi 26 janvier 2021
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Conflit libyen : Saied cèdera-t-il aux pressions croisées ?

Le président de la République tunisienne, Kais Saied, auquel la Constitution reconnaît un droit de regard à peu près absolu sur la politique étrangère du pays est en train de recevoir son premier baptême du feu diplomatique sérieux avec le conflit libyen. Généralement peu disert sur la question, la cadence accélérée des événements s’y rattachant l’a contraint, cependant  à se démener au moins pour garder la Tunisie dans le sillon diplomatique qui a toujours été le sien. Y arrivera-t-il alors que les pressions de font vives de toute part  pour en quelque sorte l’amener à composition au gré et au bénéfice des puissances en présence.
 Il se passe rarement un jour sans que le ministre tunisien des Affaires ne soit approché par les plénipotentiaires de ces puissances comme par exemple les discussions qu’il a eues mardi dernier sur les « derniers développements de la crise libyenne » avec l’ambassadeur américain en Tunisie Donald Bloom et l’ambassadeur US  en Libye Richard Norland. « Au cours de la réunion, des points de vue ont été échangés concernant les efforts visant à parvenir à un accord de cessez-le-feu final et global en Libye et à la reprise rapide du processus politique sous les auspices des Nations unies », a indiqué une déclaration du MAE tunisien.

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Dans des déclarations précédentes de Kais  Saied, la Tunisie avait exprimé son opposition à toute forme d’ingérence étrangère en Libye et  catégoriquement rejeté toute présence de forces étrangères sur son sol. La position tunisienne a été largement interprétée comme une prise de position contre l’ingérence turque et les actions des parties régionales et internationales qui la soutiennent.

Lorsque la Turquie a commencé à imposer des accords économiques au gouvernement d’entente nationale (GNA) basé à Tripoli, les États-Unis ont pris sur eux de reconstruire le ministre de l’intérieur à Tripoli, alors que l’on se demandait si Washington était favorable à l’intégration des milices armées basées à Tripoli dans un organisme officiel, bien que cette initiative puisse être considérée comme incompatible avec la stratégie américaine dans sa guerre contre le terrorisme.

Quel rôle pour la Tunisie ?

Les observateurs, citées par « The Arab Weekly »  se sont interrogés sur le rôle que la Tunisie est appelée à jouer dans le conflit libyen, un rôle qui pourrait contredire les positions de Saied sur la question. Ils se demandent si ce rôle serait lié à la présence militaire étrangère sur le sol tunisien, ou à l’organisation d’événements ou de réunions qui permettraient d’aborder la situation en Libye d’une manière qui serve les intérêts des islamistes libyens et de leurs alliés turcs avec la bénédiction des États-Unis.

La même source  fait remarquer que des activités fébriles se concentrent actuellement sur la Tunisie, même si la situation dans l’ouest de la Libye, la région la plus proche de la Tunisie, a été réglée militairement en faveur de l’AGN et de ses bailleurs de fonds turcs.
L’ancien ministre tunisien des affaires étrangères Ahmed Ouneis a déclaré  au site  Al-Monitor que la Tunisie ne souhaite pas prendre parti et que sa position sur la Libye est claire. « Aller à la guerre aura des conséquences désastreuses sur les pays voisins », a-t-il  affirmé, soulignant que la visite du président tunisien en France intervient à un moment de tension vis-à-vis de la présence française en Tunisie et dans la région, et des démarches diplomatiques suspectes de la France.

Il  a noté que la Tunisie s’est engagée à rester neutre sur le conflit en cours en Libye, qui s’est transformé en un champ de bataille entre la Turquie et les forces dirigées par les Emirats arabes unis  Il a expliqué que si le mouvement Ennahdha, qui soutient le gouvernement d’accord national (GNA) reconnu par l’ONU en Libye, a des réserves quant à la neutralité de la Tunisie, le Parti Destourien Libre qui soutient l’homme fort de l’Est  Khalifa Hafter, rejette toute intervention en Libye.

Slim Besbès, un dirigeant d’Ennahdha, a déclaré que son parti considère qu’il est dans l’intérêt de la Tunisie de soutenir le GNA contre la force de Hafter. Il a déclaré à Al-Monitor que les grandes puissances impliquées en Libye cherchent à contrôler les richesses du pays.

La visite de président tunisien en France a suscité une vague de critiques, car de nombreux analystes politiques y ont vu une tentative ratée des partisans d’Ennahdha qui poussent à un changement de la position officielle tunisienne en faveur du soutien à la Turquie, qui jette son poids derrière le GNA, indique Al-Monitor, qui cite , par ailleurs, une déclaration qui lui a faite le secrétaire général du Mouvement du peuple, Zouhair Maghzaoui, où il affirme  que la meilleure solution pour la Libye réside dans un dialogue interne et un règlement politique loin de le langage de guerre. Il a souligné que la sécurité de la Tunisie est liée à celle de la Libye comme c’est le cas avec le reste des pays voisins.

Plaidoyer pour un dialogue intra-libyen

Il a salué la position de Saied vis-à-vis du GNA et sa légitimité finale telle qu’elle s’est exprimée au Palais de l’Elysée, en disant que plus de quatre ans se sont écoulés depuis l’accord politique de Skhirat, qui a été signé entre les parties belligérantes de la Libye en 2015 au Maroc sous les auspices des Nations unies. Aux termes de l’accord, le GNA a été formé et une période de transition de 18 mois a été fixée pour que le gouvernement puisse remplir ses tâches. En cas d’échec, la période de transition peut être prolongée de six mois supplémentaires.

Malgré les réserves exprimées par les parties tunisiennes quant au soutien à Hafter ou Sarraj en Libye, les autorités tunisiennes estiment que la solution réside dans un dialogue intra-libyen. Elles appellent également les pays en conflit en Libye à mettre fin à la guerre et à permettre au peuple libyen de choisir son propre destin loin de l’axe turco-qatari qui soutient Sarraj, ou de l’axe saoudien-égyptien-émirati qui soutient Hafter – ou même loin de la Russie et de la France.

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