AccueilLa UNECoups de bélier contre-performants qui écornent l'image, ou plan ficelé?

Coups de bélier contre-performants qui écornent l’image, ou plan ficelé?

Sans se hasarder au parallèle avec son ennemi Rached Khriji, lorsqu’il disait en octobre 2012 devant ses disciples salafistes, que « l’armée n’est pas garantie » et que « la police échappe encore à notre contrôle », Kais Saïed se retrouve dans la même situation après son 25 juillet. Ghannouchi ne parlait pas de la justice que son lieutenant Bhiri avait déjà domestiquée par des purges puis, en partie mise dans la poche.

Saïed s’était, avant même le 25 juillet, assuré le soutien de l’armée, qui avait alors encerclé le siège de l’ARP suspendue par Saïed, et tenu tête aux islamistes et autres sbires, les empêchant d’y accéder. Et l’on retient cette répartie légendaire de ce militaire qui répondait à Ghannouchi lorsqu’il lui arguait de sa qualité de président de l’ARP, que « moi je représente le peuple ». Saïed semble par contre encore avoir un problème avec la justice.

–        L’injuste justice tunisienne

Nul doute que la décennie de règne du parti islamiste Ennahdha n’avait pas manqué de dérapages, politiques, financiers et sécuritaires. Les preuves existeraient, mais personne de ceux qui en parlent ne veut les rendre publiques, à commencer par Béji Caïed Essebssi qui avait été le premier à recevoir par exemple le dossier des principaux assassinats politiques et du fameux appareil secret d’Ennahdha, en passant par Kais Saïed qui a certains dirigeants du parti islamiste tunisien en ligne de mire depuis qu’il a accédé au palais de Carthage.

Pour Ennahdha, tous étaient laissés en liberté par la justice, et pour certains pas passés tout simplement en justice malgré une plainte déposée depuis des lustres. De fait donc, et malgré la suspension de l’ARP, le parti islamiste tunisien existe et ses leaders soupçonnés de beaucoup de choses, sont libres et font lobbying à l’extérieur contre leur propre pays et le régime en place, et ressemblent de plus en plus à des personnes intouchables. Quelque chose ne marche donc pas dans la tactique du chef de tout l’Etat pour débarrasser la scène politique tunisienne du porte-étendard de l’islamisme politique comme le demande la population qui a voté pour Kais Saïed. Peut-être que les dossiers instruits par la justice étaient vides ou auraient été vidés. Peut-être aussi que la justice, presque chaque semaine taraudée par le chef de tout l’Etat en la personne de la ministre qui représente officiellement le Parquet, ne ferait pas son travail. Ce qui est sûr, c’est que la méthode Coué de Saïed et le passage en force devant une justice qui ne lui est pas acquise, posent problème à Saïed et écorne son image du chef suprême qui réalise ce qu’il promet. Mais peut-être que ce serait planifié ainsi, pour ne pas perdre toute la base des Islamistes !

–        Ça chauffe, ou ça collabore, entre l’Exécutif et le Tribunal Administratif ?

Il ne fait pas de doute, non plus, qu’au moins une partie de la corporation de la magistrature tunisienne reste toujours entachée de soupçons de divers crimes et délits. Ce n’est pas nous qui le disons, des magistrats tunisiens l’ont fait sur tous les médias. Le dernier rapport de l’Inspection générale des services de la justice en aurait même apporté les preuves et cité des noms. Le chef de tout l’Etat, et quelques ministres de la justice, des juges et des avocats, en avaient pris connaissance.

Le 1er juin 2022 au soir, Kais Saïed révoquait une charrette de pas moins de 57 magistrats, parmi lesquels des intouchables, pour avoir commis des actes de nature à « compromettre l’indépendance et le fonctionnement du système judiciaire ».

Lors d’une précédente réunion solennelle du gouvernement, le président de la République avait accusé des juges, sans les nommer de « corruption », d’avoir retardé des affaires de « terrorisme », de harcèlement sexuel, de collusion avec des partis politiques et d’obstruction à la justice. Les accusations étaient graves et la messe semblait être dite, puisque certainement bien documentée et avec des preuves irréfutables.

Que ne fut alors la surprise générale d’entendre le Tribunal Administratif (T.A) ordonner le 9 août 2022, sursis à exécution de cette décision présidentielle déjà publiée sur le Jort, sauf pour 7 juges, pour lesquels le Tribunal a entériné les décisions de Saïed. Pour le reste, le T.A, généralement  réputé pour  son indépendance et qui a déjà pris des positions tranchées même du temps de l’ancien président Ben Ali et rejeté tous les recours contre les résultats du referendum du 25 juillet, a d’abord jugé inconstitutionnelle la décision du 1er juin, et considéré comme dans le cas du juge Bouzakhir, qu’il n’a pas fait l’objet d’un jugement pénal définitif et qu’il n’y a aucune plainte en cours contre lui, et que le T.A a demandé vainement qu’on l’informe des motifs de la révocation, ce qui ôterait  à la décision du chef de tout l’Etat  tout  fondement  juridique.

–        Et si c’était ce qu’il fallait ?

Par privilège de l’Exécutif, le chef de tout l’Etat peut passer outre le T.A et maintenir les révocations. Encore faut-il qu’il l’annonce officiellement, pour ne pas créer une situation de confusion (ar) de deux magistrats pour un seul poste. La décision du T.A n’en écorne pas moins encore l’image d’un président, qui invoque un article de la Constitution pour faire son 25 juillet prendre décision de révoquer des juges, et qui est ensuite accusé de non-respect de cette Constitution !

Et donc, comme pour Ennahdha, et toujours en lien avec la justice qui ne semble pas l’aimer, Kais Saïed a fait un coup de bélier inutile pour un passage en force dans le fortin d’un corps de magistrature, peut-être un peu trop corporatiste et solidaire, et peut-être plus soucieux que lui du respect de la Constitution. Dans les deux cas, s’il n’écornait pas sa propre image de président, il écorne celle de la démocratie qu’il voudrait installer en Tunisie. N’y aurait-il pas un autre moyen de rendre justice aux Tunisiens, dans le respect des lois et de la Constitution ? Mais peut-être est-ce planifié ainsi pour séparer le grain de l’ivraie, tout en donnant l’impression d’une autorité qu’on pourrait  mener  par le bout du nez !

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