AccueilInterviewElyès Fakhfakh : Il faut casser la spirale dépensière !

Elyès Fakhfakh : Il faut casser la spirale dépensière !

Interviewé par les soins d’Africanmanager, en marge d’une séance plénière récente à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), le ministre des Finances, Elyès Fakhfakh a affirmé que la situation économique du pays n’est pas catastrophique, mais plutôt difficile et présente certains dangers, d’où l’obligation d’aller vers une politique de maîtrise des dépenses en termes de compensation et de masse salariale.

Le ministre des Finances revient, également, sur la décision d’imposer de 10%, les entreprises « Off-shore », ainsi que sur la fonction publique, annonçant le gel des recrutements pour l’année 2014. Interview :

Dans quelle mesure peut-on dire que la situation économique actuelle, en Tunisie, est catastrophique ?

On ne peut pas dire que la situation est catastrophique. Il faut dire, seulement, qu’on passe par une période de transition qui rend l’économie difficile étant donné que le moteur de croissance ne fonctionne pas normalement en termes d’export et d’investissement. Ainsi, la stabilité du taux de croissance a un impact sur les rentrées d’argent à l’Etat, d’autant que, durant les trois dernières années, on est passé par une spirale dépensière au niveau de budget notamment pour les salaires et les charges de la compensation qui ont augmenté ensemble de 80%, portant le déficit budgétaire actuel à 7,4%.

De quelles solutions peut-on parler aujourd’hui ?

Il va falloir, aujourd’hui, redémarrer le moteur de l’économie et de la croissance, maîtriser les dépenses publiques et engager des réformes au niveau de la caisse de compensation tout en réduisant sa taille et mieux l’orienter. Il s’agit, également, d’augmenter les recettes de l’Etat et achever la refonte fiscale pour qu’elle soit plus équitable.

On ne peut pas parler d’une situation catastrophique. On passe par une situation difficile à une situation qui présente des dangers. Une situation catastrophique, c’est lorsqu’on arrive à un moment où on ne peut plus investir, où on est en cessation de paiement, où on n’a plus de recettes, et où on enregistre une croissance négative, alors qu’on n’est pas dans cette situation.

La politique à instaurer en Tunisie, est-ce une politique d’austérité ou de rigueur ?

Il s’agit plutôt d’une politique de maîtrise des dépenses en termes de compensation qui ont pris des proportions très importantes. Il s’agit aussi de maîtriser l’accroissement des salaires qui ont augmenté de 50% et qui devraient se maintenir à un niveau plus raisonnable. L’objectif est d’orienter le résultat de la maîtrise des dépenses et de l’augmentation des recettes fiscales vers l’investissement publique notamment dans les régions et en infrastructures. On veut entrer dans une phase où le budget doit être un budget d’économie, de rigueur en termes de dépenses et surtout de réorientation vers l’investissement plutôt que vers la consommation.

Plusieurs experts ont rejeté la décision d’imposer les entreprises « Offshore » surtout qu’un bon nombre d’investisseurs étrangers ont mis la clé sous la porte pour investir dans des pays concurrents Qu’est ce que vous en pensez ?

Les sociétés « offshore » ont été préparées à cette imposition depuis l’année 2008. C’est une décision qui date de plus de 5 ans, mais qui n’a jamais été appliquée. Elle sera appliquée en 2015 sur les résultats de l’année 2014. Les entreprises exportatrices ne paieront qu’en 2015 et à un niveau plus avantageux que les entreprises locales, soit à 10% alors que l’imposition aujourd’hui est à 30% et baissera à 25%. Aujourd’hui, on a fait plus de justice. On a augmenté l’imposition de 10% pour les entreprises exportatrices et on l’a réduite de 5% pour l’ensemble des entreprises (locales ou totalement exportatrices). Aujourd’hui, la décision d’investir n’est pas basée, ni uniquement ni prioritairement, sur l’avantage fiscal qui se situe actuellement à la 7ème position de la décision d’investissement.

Qu’est-ce qui motive alors l’investisseur étranger ?

L’investisseur étranger regarde davantage l’infrastructure, l’environnement, la simplification des procédures administratives et l’efficacité de l’administration, ainsi que la qualité des opérateurs, des ouvriers et des cadres, et, bien sûr, l’avantage fiscal qui reste encore avantageux.

Il ya des gens qui sont mécontents et qui ont déclaré qu’ils ne sont pas prêts à payer ces recettes fiscales, mais l’Etat regarde d’une manière globale et s’intéresse plus à l’intérêt général du pays. Actuellement, c’est le contribuable qui paie les pertes des recettes fiscales pour l’exportation. Il est temps d’appliquer cette décision annoncée depuis 5 ans. Je suis certain que si on termine cette période de transition et on termine les réformes structurelles sur l’aspect financement, investissement, législation et si on augmente le budget alloué à l’investissement, les étrangers vont venir plus en masse, et avec ce même taux d’imposition.

Vous avez opté pour le ciblage de la compensation, y-a-t-il pas des craintes de ne pas cibler les familles pauvres ?

Le projet est en phase d’étude au niveau de l’INS et du ministère de l’Industrie pour ce qui est carburant et énergie, alors que, pour les produits de base, l’étude est au niveau du ministère du Commerce. Il faut analyser qui consomme quoi et dans quelle proportion, et d’identifier comment viser la réduction pour la classe moyenne et la suppression pour la classe défavorisée, d’une manière progressive et convenable. D’ici là, et pour l’année prochaine, on va mettre en place centaines mesures pour les entreprises énergivores pour réduire le coût sur l’utilisation d’électricité et de gaz. D’autres ajustements plus ciblés verront également le jour, en attendant la mise en place d’un plan global qui concerne tous les ménages et toutes les catégories de consommation.

Y-a-t-il des mesures à prendre en ce qui concerne la fonction publique étant donné que la charge salariale a augmenté de 50%

Oui, la charge salariale a augmenté de 50% entre 2010 et 2013, d’où la nécessité de s’inscrire dans une phase de maîtrise pour que ce taux soit classique et compris entre 4 et 5%. On a besoin d’optimiser le recrutement et maîtriser les augmentations des salaires.

Il y aura des recrutements en 2014 ?

Non ! Il y aura seulement des recrutements de remplacement des départs.

Khadija Taboubi

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