Regardée et traitée comme une conflagration universelle, la pandémie du coronavirus donne des frayeurs exponentielles à mesure que grossissent les bilans qui en sont donnés par les pays touchés, en fait l’écrasante majorité de la planète. Seule semble tirer son épingle du jeu, la Chine où les premiers cas avaient été observés, et qui, à la faveur de mesures très restrictives, voire brutales, est parvenue à arrêter la spirale de ce qui n’était alors qu’une épidémie.
Tel un feu de brousse, le coronavirus a frappé une immensité de pays et de territoires à des degrés divers, mais finalement d’une extrême gravité. Des nations comme la France, l’Italie, si bien médicalisées et dotés en ressources humaines, matérielles, financières et autres, ont vite compris leurs limites à vaincre pareille pandémie, inédite, rugissante, à laquelle aucun vaccin n’est disponible, encore moins un remède. Et faute de s’y prendre aux premiers commencements, nombre de pays, pour ne pas dire la plupart, se sont trouvés submergés par les affres de cette déferlante.
La Tunisie, pas totalement logée à cette enseigne, comptabilise, à ce jour, une vingtaine de cas confirmés, dont plus de la moitié sont importés, de pays comme la France, l’Italie et l’Egypte. Les autorités et les instances médicales n’en prévoient pas moins une courbe ascendante vers un pic, comme l’enseigne la littérature épidémiologique. Malgré le peu de moyens dont il dispose, le pays tente bon an mal an de limiter les dégâts par des vagues successives de mesures qui pèchent, à certains égard, par quelques approximations auxquelles il serait encore temps de remédier.
Une « distanciation politique »
En tout cas, c’est à l’endroit des politiques que s’entasse l’essentiel des griefs et même des récriminations pour des ripostes qui relèvent plus de la gesticulation que d’actions fermes et rigoureuses que dicte cette grave situation. Les Tunisiens se posent moult interrogations sur l’attitude de la présidence de la République qui ne semble pas avoir prise sur la réalité et les épreuves auxquelles fait face la population. Ils se demandent quand le chef de l’Etat s’avisera et se décidera à sortir de son quant-à soi pour entourer le peuple d’une sollicitude dont il a un cruel besoin en ces temps très difficile. On serait en présence d’une certaine « distanciation politique » de la part d’un symbole insigne de l’Etat, ayant ordinairement vocation à être le ciment de la Nation, le garant de sa sérénité et de sa stabilité.
Moins stigmatisé, le gouvernement, qui fait ses premiers pas dans les allées du pouvoir, tente de faire de son mieux pour circonscrire l’épidémie dans des contours tolérables mais étanches. Un premier arsenal de mesures a été annoncé il y a trois jours, d’autres devraient suivre sans doute plus hardies, en enchaînant les niveaux et les étapes, sous l’effet de l’accélération de l’épidémie, de ses développements et de sa gravité. Il est toutefois remarquable que les autorités, tout en se fendant d’approches pour d’aucuns acceptables, manquent le plus souvent de mécanismes appropriés et bien sentis qui leur garantissent une irréprochable voire commode mise en œuvre.
Force est de constater, certes, que les autorités ne sont aidées par des élans d’adhésion de la population, souvent rétive, indisciplinée, voire rebelle, à la limite de l’inconscience et de l’irresponsabilité. Les cas et les péripéties ne sont pas rares qui renseignent sur cet état d’esprit et ce tempérament où l’autorité de l’Etat et la puissance publique sont, soit bafouées, soit superbement ignorées.
Les médecins en première ligne
Il reste que c’est sur le plan médical que l’essentiel est en train d’être fait grâce à des médecins et un personnel paramédical et soignant dévoué et engagé. Le le Conseil National de l’Ordre des Médecins de Tunisie (CNOM) vient d’annoncer que la prise en charge va inclure la première ligne de soins et les médecins traitants aussi bien hospitaliers que de libre pratique. Il recommande à tous les praticiens de prendre immédiatement les mesures nécessaires pour désencombrer le circuit sanitaire et freiner la progression de la pandémie. Il réclame un renforcement des mesures-barrières de protection avec une mise à disposition de gel et de masques pour le personnel et les patients suspects. Il précise à ce propos, que suite aux difficultés d’approvisionnement constatées, des dispositions ont été prises pour assurer via les différents bureaux régionaux un ravitaillement des praticiens en masques et en gel hydroalcoolique.
Une réorganisation du circuit de soins sera également appliquée afin de désencombrer les cabinets et les structures de soins avec une décision de limiter le nombre de patients, ne pas accepter les accompagnants, espacer les rendez-vous, interdire les visites dans les structures de soins, rationaliser les examens complémentaires notamment les examens radiologiques et biologiques peu utiles.
Le CNOM rappelle enfin aux autorités de tutelle que « notre meilleure chance reste la prévention, que nous devons prendre immédiatement et de façon maximaliste, pour ne pas avoir à le regretter, des décisions responsables, courageuses d’isolement et de confinement ».
LM








