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La ministre Gounji fait un petit « coup de Com » et puis s’en va (طاح في البير و طلعوه)

Les ouvriers de la SNCPA (société nationale de cellulose et de papier) de Kasserine ont observé,lundi 7 novembre 2022, une action de protestation devant le siège de l’entreprise, pour dénoncer la détérioration de la situation de l’entreprise. Une situation que n’avait pourtant pas vue la ministre de l’industrie le 15 octobre lorsqu’elle s’y était rendue.

Cette entreprise publique a été créée en 1980 par la fusion des deux sociétés qui constituaient le complexe industriel de Kasserine. Il s’agissait de la Société Nationale Tunisienne de Cellulose (SNTC), qui avait été créée en 1956 pour la fabrication de la cellulose à partir de la plante d’alfa qui couvre de grandes superficies du gouvernorat de Kasserine et des gouvernorats limitrophes. Et de la Société Tunisienne de Papier Alfa (STPA), créée en 1968 pour la fabrication du papier d’impression et d’écriture.

  • Un Pdg aux abonnés absents

On ne sait pas si le site Internet de La SNCPA a été un jour mis à jour, mais il indiquait encore que cette entreprise, dont on ne connait aucun bilan, et dont la restructuration avait été passée à l’étude par un CIM en février 2021, « est considérée comme le plus important pôle industriel du Centre-Ouest de la Tunisie. Son capital est de 21,1 Million de Dinars Tunisiens. Elle emploie actuellement 897 agents permanents et fait vivre environ 6 000 familles dans les gouvernorats de Kasserine, Gafsa, Sidi Bouzid et Kairouan et ce par l’organisation de compagne de collecte de la plante d’alfa.

Le chiffre d’affaires annuel de la SNCPA est de 60 Millions de Dinars Tunisiens ».Force est cependant de constater que Moujahid Boughdiri, qui a depuis ce CIM remplacé Labid Ghodhbani, ne semble pas y avoir réussi le plan de redressement, et refuse d’en parler.

La SNCP était déjà en arrêt depuis trois années selon le ministère de l’industrie, lorsque la ministre Neila Gounji était allée la redémarrer le 15 octobre 2022, avec force couverture médiatique pour en faire un évènement national, et même indicateur de ce qu’il est possible de faire avec le cadavre d’une entreprise publique, en y soufflant la vie par simple visite ministérielle in-situ.

Le reportage de la Wataniya et les photos sur la page fb du ministère montraient alors des installations presque neuves, une tuyauterie flambant-neuve, et une ministre entourée du gouverneur de la région et du Pdg, et même des représentants d’un opérateur étranger, tous contents et souriants en palpant le papier fraichement sorti de la vieille usine décarcassée, avec une pancarte indiquant le nom d’un opérateur turc, qui pourrait être celui que le syndicat accuse

De ne pas avoir bien fait le travail pour la chaudière thermique.

On se croirait encore à l’ère du coopérativisme chère à Ahmed Ben Salah, lorsque les inaugurations de nouveaux projets agricoles nécessitaient des puits secs qu’on remplissait d’eau par citernes, apportées à l’occasion ! Contacté par nos soins, le Pdg de la SNCP s’est cloitré dans le silence.

  • Une entreprise fortement déficitaire, retombée dans les mêmes travers financiers

24 jours plus tard, c’est le SG du Syndicat de base des travailleurs de la même entreprise, qui dévoilait la supercherie médiatique d’une des plus vieilles entreprises publiques, remise sur pieds et qui tournerait désormais à plein régime en papier. Sur une radio privée tunisienne, Adel Mughran, a d’abord affirmé que leurs salaires n’ont pas encore été payés. Mais surtout que« le ministère de la tutelle n’a pas fourni les fonds nécessaires à l’acquisition de fibres courtes et longues, deux matières premières indispensables pour la fabrication du papier afin d’assurer la continuité de l’activité de l’institution ». Le responsable syndical a même précisé que « la quantité restante est suffisante pour seulement 4 jours, après quoi la production s’arrête après que l’usine ait pu reprendre le travail suite à l’entretien de la chaudière thermique ». On suppose donc que la production de la SNCP se serait arrêtée, mais nous n’avons pas pu confirmer ce, la direction de l’entreprise refusant d’en parler.

Les protestataires exigent une réunion urgente avec la ministre de l’Industrie, « la fourniture de pièces de rechange pour l’entretien des machines usées et l’activation de l’étude stratégique d’assainissement financier et social ».

Devrait-on ainsi comprendre que la visite de la ministre Gounji n’était que « du cinéma » ? On comprendrait pourtant que le CIM de février 2021 n’avait rien enfanté, ou que le nouveau DG n’avait rien fait, oun’avait pas les moyens de mettre en exécution l’assainissement financier préalable !

  • Remettre sur pieds, et vendre moins cher que le coût de production

La SNCP était en effet déjà en 2019, déficitaire à l’exploitation de 46,4 MDT, après un déficit d’exploitation de 49,8 MDT en 2018 selon les données d’un rapport gouvernemental (Pdf)fait en 2022 sur le bilan des entreprises publiques en Tunisie en 2019. Cette année-là, elle enregistrait une perte de 55,1 MDT, et la perte cumulée devait être beaucoup plus importante. On ne sait pas, si le ministère de l’industrie y a injecté un quelconque argent, avant de la déclarer de nouveau apte à la production. Mais cela ne semble pas avoir été le cas.

Selon la même source syndicale, 1100 tonnes de papier ont été produites depuis la reprise du travail de l’usine et que cette production a été « vendue à un prix bien inférieur à son coût », et demande donc de vendre désormais au prix du marché « pour garantir les salaires et autres dépenses ». Force est ainsi de constater qu’aux mêmes maux, qui avaient abouti à la situation de la SNCP, comme au reste des entreprises publiques, les mêmes remèdes, sans en avoir les moyens financiers !

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