Le moins que l’on puisse constater, c’est la situation en Tunisie, en particulier politique, est très diversement voire diamétralement perçue, suivant qu’on est parlementaire ou décideur exécutif de l’Union européenne
Cette semaine, des eurodéputés de tous horizons politiques ont dénoncé « l’approche à courte vue de l’Union européenne à l’égard de la Tunisie, appelant à une action plus forte face au recul démocratique du pays », rapporte Human Rights Watch (HRW).
« Nous voulons remettre la démocratie et les droits de l’homme au centre de tout accord avec la Tunisie », a déclaré le député vert Mounir Satouri, cité par la même source. Le député de centre-droit Michael Gahler a regretté « un retour à la situation de Ben Ali – et l’UE a laissé faire ». Le député de centre-gauche Matjaž Nemec a déclaré que le Parlement se tenait aux côtés du peuple tunisien et des migrants confrontés à des abus, tandis que Karen Melchior, membre de Renew, a exhorté la Commission européenne et les États à respecter les principes fondateurs de l’UE dans leur engagement avec la Tunisie.
Au cours des derniers mois, rappelle HRW, le président de la République, Kais Saied, a « limogé des magistrats, a interdit les manifestations pacifiques et a publié des décrets-lois qui sapent le système judiciaire, menacent la liberté d’expression et facilitent la surveillance des opposants ».
En revanche, contrairement au Parlement, la Commission européenne et le Conseil n’ont pas manifesté leur inquiétude face à la détérioration de la situation en Tunisie. Bien plus, l’UE semble obsédée par l’idée d’obtenir la coopération de la Tunisie en matière de contrôle des migrations, « malgré les discours de haine et la brutalité croissante à l’encontre des migrants noirs et des demandeurs d’asile », selon la même source.
L’effondrement de l’État de droit en Tunisie est une terrible nouvelle pour ses citoyens. Mais c’est aussi une mauvaise nouvelle pour l’UE, estiment les eurodéputés. « Un gouvernement qui réduit les citoyens au silence, qui détruit les contrôles et les équilibres et qui concentre les pouvoirs entre les mains d’un seul homme ne peut être un partenaire fiable et digne de confiance », ajoutent-ils. Ceci est d’autant plus important que l’UE supplie la Tunisie de coopérer en matière de migration. « Les preuves d’expulsions collectives et de violations lors d’interceptions en mer devraient inciter l’UE à repenser et à suspendre tout financement lié à l’immigration pour ne pas paraître complice de tels abus ».
Si l’UE prend au sérieux les droits de l’homme et son engagement avec la Tunisie et les Tunisiens, elle doit de toute urgence changer de cap et affirmer clairement que les droits de l’homme sont au cœur de ses relations avec l’administration tunisienne.
« Un milliard d’euros sur un plateau d’argent » !
D’autres critiques, bien plus virulentes, émanent de nombre d’eurodéputés s’agissant des financements que l’UE a promis à la Tunisie. L’un deux, cité par le quotidien britannique « The Guardian », a réclamé que la Tunisie ne doive pas recevoir « un milliard d’euros sur un plateau d’argent » dans le cadre de l’accord sur l’immigration. « Cela ne peut pas arriver », a-t-il déclaré, soulignant le rôle du Parlement européen en tant que co-législateur de l’UE.
L’UE ne devrait pas être autorisée à signer un pacte migratoire controversé avec la Tunisie sans intervenir sur les violations des droits de l’homme et la « rupture » de sa démocratie, ont affirmé des parlementaires européens.
La Commission européenne travaille sur les détails d’un accord conclu avec la Tunisie il y a un mois, lorsque la commissaire Ursula von der Leyen, le Premier ministre italien Giorgia Meloni et le Premier ministre néerlandais Mark Rutte se sont rendus dans le pays pour annoncer qu’ils étaient prêts à fournir une aide de plus d’un milliard d’euros pour soutenir l’économie qui s’effondre et faire face à la crise de l’immigration.
L’accord devrait également fournir un cadre permettant à l’Italie, et aux autres pays de l’UE qui le souhaitent, de renvoyer les migrants économiques dans leur pays, ce qui n’est pas sans susciter des controverses.
La Commission européenne continue de travailler sur les détails de l’accord, un protocole d’accord devant encore être conclu.Elle a déclaré qu’elle avait déjà condamné le licenciement des juges et que le bilan du pays en matière de droits de l’homme faisait partie intégrante des pourparlers en cours avec la Tunisie.
L’eurodéputé allemand Michael Gahler, qui siège au sein des commissions des affaires étrangères du Parlement européen et qui est rapporteur permanent sur les questions tunisiennes, a critiqué la Commission pour ne pas avoir été plus franche au cours de l’année écoulée à propos de la Tunisie.
« Il est grand temps pour nous d’être plus actifs que ce que nous avons vu [du côté] de la Commission ou de l’exécutif », a-t-il déclaré.








