L’agence de notation Fitch Ratings a annoncé jeudi s’attendre à ce que la Tunisie obtienne un accord avec le Fonds monétaire international au cours second semestre 2022, au motif que les créanciers officiels sont prêts à soutenir le pays après l’approbation par voie de référendum de la nouvelle constitution, le 25 juillet dernier.
Selon les résultats préliminaires de cette consultation, 94,6 % des électeurs ont approuvé la nouvelle Loi fondamentale du pays, nonobstant un taux de participation a été faible estimé à 30,5 %.
La nouvelle constitution réaffirme les droits distincts des citoyens, des partis politiques et des syndicats. Cependant, elle accroît les pouvoirs présidentiels sur le processus législatif et le système judiciaire. L’agence de notation Fitch Ratings estime que cela devrait renforcer la capacité du président à faire passer son programme législatif, mais au prix d’une atteinte à l’équilibre des pouvoirs au sein du système politique du pays.
L’agence de notation estime que le risque pour l’accord du FMI tourne autour du rôle et de la réponse de l’influente UGTT. Elle souligne toutefois que l’affaiblissement du parlement renforce la position des syndicats en tant que principal centre de pouvoir alternatif à la présidence.
Au cours des négociations officielles avec la Tunisie qui ont débuté au début du mois, le FMI a déclaré que des progrès satisfaisants avaient été réalisés sur les paramètres d’un programme de réformes. Le FMI a dit à plusieurs reprises qu’il préférerait obtenir l’adhésion des syndicats aux plans de réforme. Cependant, l’accord peut maintenant être atteint sans un accord avec les syndicats, car la nouvelle constitution fournit une base plus solide pour l’action législative, a déclaré Fitch dans le communiqué.
« Le syndicat a exprimé sa volonté de travailler avec le gouvernement sur les réformes, mais s’est opposé à des éléments clés des propositions et a exprimé des préoccupations concernant le nouvel ordre institutionnel. Une forte opposition sociale pourrait retarder un accord avec le FMI ou diminuer la capacité du gouvernement à maintenir le programme de réformes sur les rails », a déclaré Fitch Ratings dans un communiqué.
Soutien international
Fitch Ratings a déclaré qu’elle pense que les créanciers officiels sont prêts à apporter leur soutien au pays car ils pensent que ce soutien renforcera la stabilité dans la région et aidera à contenir les flux migratoires à travers la Méditerranée.
Le financement récent de l’Union européenne et de la Banque mondiale en faveur de la Tunisie a permis de délester le pays des tensions induites par les prix élevés du pétrole et des céréales liés à la guerre Russie-Ukraine. Toutefois, Fitch Ratings a déclaré que le soutien financier de nombreux partenaires est tributaire d’un accord avec le FMI.
L’UE a déclaré que les élections parlementaires qui auront lieu d’ici la fin de l’année seront déterminantes pour le retour au fonctionnement normal des institutions du pays.
Contexte général
La guerre entre la Russie et l’Ukraine et ses conséquences sur les prix des matières premières ont amplifié le fardeau économique de la Tunisie, causé par la pandémie de COVID-19. L’inflation annuelle du pays a atteint 8,1 % en juin, contre 7,8 % en mai, selon les données officielles.
En juin, S&P Global Ratings a déclaré que les systèmes bancaires de la Tunisie et de la Turquie étaient les plus vulnérables au stress lié au financement externe. S&P a ensuite déclaré qu’en Tunisie, le risque est davantage lié à la transition politique du pays et à son impact potentiel sur les discussions avec le FMI.
Au début du mois de juin, la ministre tunisienne du commerce, Fadila Rabhi, a déclaré que la Tunisie commencerait à réduire la compensation des produits alimentaires et des carburants en 2023 et distribuerait des aides financières aux personnes à faible revenu, alors que le pays se préparait aux discussions avec le FMI.
Il est à rappeler qu’il ya deux semaines, Fitch Ratings avait annoncé avoir placé les notes de défaut émetteur (IDR) à long terme en devise étrangère (FC) et en devise locale (CCC) de la Tunisie ainsi que ses instruments de dette sous observation des critères UCO (Under Ctriteria Observation)) suite à la conversion de ses critères de notation souveraine en critères définitifs.
Aux termes de la nouvelle nomenclature, les notations peuvent changer en conséquence directe des critères définitifs. Il n’indique pas un changement dans le profil de crédit sous-jacent, et n’affecte pas les perspectives existantes.
Fitch assure qu’elle résoudra le statut UCO dans les six mois. Les résultats dépendront de l’évaluation par Fitch de l’encoche appropriée sur la base des nouveaux critères. Tous les émetteurs bénéficiant du statut UCO ne verront pas leur notation modifiée lors de la résolution.
Saied , garant de stabilité politique !
Ce qu’il importerait de retenir par-dessus tout de cette analyse de Fitch, c’est cette perspective ouverte par le référendum approuvant la nouvelle constitution et qui est assimilable à une garantie de stabilité politique dont la paternité est imputée au président de la République, Kais Saies, détenteur de pratiquement de tous les, pouvoirs.
Sous ce rapport, il s’affiche comme le vis-à-vis essentiel, voire unique, qui détermine l’évolution politique dans le pays, et est par voie de conséquence, la seule partie qui en portera l’exclusive responsabilité, dans tous les cas de figure. Cela pourrait vouloir dire qu’aux yeux de Fitch, que le président de la République, devenu dépositaire de la confiance des Tunisiens qui ont entériné la Constitution, est l’autorité toute désignée et dans le même temps habilitée à porter la volonté des citoyens, s’agissant notamment de réformes et des coûts de divers ordre qu’elles vont induire. D’autant que, comme l’a souligné Fitch, la centrale syndicale, l’UGTT, a « exprimé sa volonté de travailler avec le gouvernement sur les réformes ».








