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dimanche 17 janvier 2021
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Le « coup de gueule » de Mechichi à l’endroit des protestataires

On ne sait pas ce qui lui avait alors pris, quelle mouche l’avait piqué ou quel mauvais conseiller lui avait chuchoté à la manière d’un souffleur au théâtre. Mais peut-être qu’il aurait soudainement trouvé la forme dans la foulée  du régime qu’il est en train de suivre sur les conseils d’un spécialiste. Toujours est-il que le chef du gouvernement, sans rien dire  directement et franco sur ses réelles motivations, se fendait samedi dernier devant les députés de cette déclaration populiste à souhait [ar] : « Il n’était pas proposé à ce gouvernement de traiter la mobilité sociale pacifique par une approche de sécurité arrogante, car cela n’est pas approprié pour une Tunisie démocratique, civile et tolérante ni conforme à l’approche du gouvernement participatif qui repose sur le principe de base que chaque Tunisien est un partenaire dans son pays, et que le temps d’un engagement purement sécuritaire est révolu ».

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Quatre jours plus tard, le même Hichem Mechichi rétropédalait, remettait ses habits d’ancien ministre de l’Intérieur et déclarait بكل حزم, lors d’une séance de travail consacrée à l’examen de la situation sécuritaire, que « une action immédiate s’impose pour instaurer la primauté du droit et agir en coordination avec le ministère public pour rouvrir les routes (bloquées) et redémarrer les sites de production ».

  • « Gaston y a l’téléfon qui son, et y a jamais person qui y répond » à La Kasbah

On ne sait pas s’il était sérieux, vu que le chef du gouvernement s’était plutôt illustré par son laxisme face au sit-in d’El Kamour où il s’était laissé aller jusqu’à la négociation sous la contrainte du chantage à la vanne du pétrole, lorsqu’il parlait d’instaurer la primauté du droit, comptant sur l’effet média de la coïncidence de l’information faisant état de la réouverture de l’usine de remplissage des bouteilles de gaz domestique à Gabes, dont il ne pouvait ne pas être au courant, avec sa menace d’appliquer la loi. Autrement, on aurait alors appris le retour à la production et au transport du phosphate à Gafsa, et l’arrêt du sit-in devant la société Sergaz à Kasserine. Et si le chef du gouvernement est sérieux dans son appel à « imposer la primauté de la loi », on devrait prochainement apprendre de bonnes nouvelles, pour l’économie et pour son mandat aussi.

Or, force est de faire remarquer qu’une boîte de Pandore ne se referme pas aussi facilement qu’elle ne s’ouvre. D’autres diraient que « sortir du Hammam n’est aussi facile qu’y entrer», ou en dialecte égyptien « دخول للحمام و خروجك منو موش ساهل ».

Pendant un peu plus de 3 ans, et malgré des réalisations à quelque 50 % du gouvernement précédent, ce dernier avait évité le risque, pour l’autorité de l’Etat, d’engager des négociations avec des ravisseurs de cette même autorité. Hichem Mechichi l’a fait, et a même réussi à rouvrir la vanne pétrolière. Il a cependant aussi ouvert la boîte de Pandore.

Et de suite, des routes sont de nouveau coupées, des sit-ins sont de nouveau organisés devant les portes des sites de production. Loin de s’en inquiéter encore, le chef du gouvernement développait même un nouveau mode de gouvernance de la chose publique et du développement région qu’on avait appelé la « Kamourocratie ».

  • Kasserine sonne les cloches de Mechichi

A La Kasbah, personne ne pressentait le danger, et comme disait le chanteur Nino Ferrer « Gaston y a l’téléfon qui son Et y a jamais person qui y répond », jusqu’à ce que Kasserine sonne de nouveau les cloches à Mechichi et décide d’essayer de fermer la vanne du gaz algérien qui passe par la Tunisie.

En effet, la Sergaz est une société spécialisée dans l’exploitation et la maintenance du gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie. C’est aussi, et ce dont les protestataires de Kasserine  ont fait fi, une société socialement responsable et réalise des projets à Kasserine. Plus important encore, le gaz algérien finance en partie le budget de l’Etat, sans oublier les intérêts italiens en matière d’énergie, mais aussi l’intérêt de l’Etat tunisien avec une Algérie qui se plie en quatre pour la Steg à laquelle elle accorde crédits pour l’alimentation en gaz. Bref, toucher à la Sergaz, c’est toucher aux  intérêts nationaux et internationaux, et c’est ce qui explique le coup de gueule du chef du gouvernement à l’endroit des protestataires de Kasserine comme il ne le dira pas, et sa reculade en matière de laxisme à appliquer la primauté du droit.

Reste donc à savoir si le coup de gueule de Hichem Mechichi va être mis à exécution et si d’autres régions n’allaient  pas être tentées de squatter d’autres sites de production. Mais aussi de se demander si le remède n’arrive pas trop tard alors que le mal est fait et si Mechichi ne serait pas comme celui qui achèterait une arme après avoir été attaqué, ou comme le dit le dicton tunisien « بعد ما اتخذ شرا مكحلة ».

5 Commentaires

  1. 1/ on ne dit pas «ce qui lui avait pris »mais « ce qui l’avait pris »
    2/ le proverbe du hammam est bien de chez nous, pourquoi l’attribuer à l’Egypte?

  2. Nous avons à faire à des vandales et des saboteurs , des bandits des délinquants , déguisés en chômeurs.
    Le souci c’est que les pouvoirs publics les laissent dégrader sévèrement le pays à travers son économie , le privant de ressources substantielles , qui plus est depuis 10 ans maintenant , avec des mouvements de protestation répétés en boucle , sans laisser le moindre répit à notre économie.
    Cela fait longtemps que nous avons dépassé le stade de l’exercice du droit d’exprimer des revendications.
    Quand cela devient systématique , il s’agit alors de sabotage et de dégradations de biens qui appartiennent à la collectivité , ou de biens privés , en tous cas qui appartiennent à autrui.
    Le plus scandaleux , encore plus scandaleux que le laxisme de l’Etat , c’est que même avec les dégâts causés par la pandémie , ils continuent , au lieu d’observer une trêve afin de limiter les répercussions catastrophiques du virus.
    Ils ne veulent pas de travail , sinon ils ne feraient pas cela , ils sont payés par des puissances étrangères pou détruire la Tunisie.

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