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Le très alarmant rapport du «Crédit Agricole» français

« Spirale inflation-salaire sous la pression des partenaires sociaux, dérive du coût de la dette à 25% des dépenses budgétaires, monétisation des déficits publics par la Banque centrale sous la pression du gouvernement : les réponses à la crise ne vont pas dans la bonne direction. Et cela nourrit à la fois l’instabilité gouvernementale et la défiance des créanciers extérieurs. À l’instar du Liban, les créanciers externes habituels (FMI, multilatéraux, pays européens et pays du Golfe) sont de plus en plus réticents à aider les pays émergents où les blocages politiques (et non une crise externe comme celle du Covid) les entraînent dans une spirale de difficultés. Par ailleurs, et comme dans le cas de Beyrouth, seul un accord préalable avec le FMI pourra débloquer les fonds des pays amis disposés à soutenir financièrement Tunis ». Ainsi résumait Olivier Le Cabellec, économiste chez la banque française « Crédit agricole », une analyse par lui faite, de la dernière dégradation de la note souveraine, et qui a même déteint sur le secteur bancaire tunisien.

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Selon l’économiste du CA, cette dégradation et l’Outlook négatif « veut dire que la probabilité d’une nouvelle baisse est sérieusement envisagée par Fitch qui rejoint Moody’s dans son appréciation de la qualité du risque tunisien (…), en raison de l’instabilité politique et sociale et des dérives économiques depuis dix ans (endettement, croissance, politique monétaire, secteur bancaire) ». Une instabilité, cristallisée dans la guerre de prérogatives entre le président de la République et la président du parlement, et par procuration, entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement.

L’économiste français le dit bien, « actuellement, le système politique éclaté et antagoniste empêche toute réforme, voire toute prise de décision, et les tensions sociales, notamment avec le syndicat des fonctionnaires UGTT, entraînent des dérives macro-économiques de plus en plus préoccupantes et qui effraient les investisseurs étrangers. Les tensions entre le président K. Saïed et le Premier ministre Mechichi sont très fortes ».

  • La BCT tire la sonnette d’alarme sur la loi d’Ali Kooli

Désormais après le limogeage de Faouzi Mehdi, ce sont neuf postes ministériels sur vingt-sept qui sont toujours non pourvus depuis de nombreux mois et fonctionnent par des ministres intérimaires, et le chef de l’Etat Kais Saïed refuse toujours la validation de l’accord de huit d’entre eux par l’ARP. Et l’économiste français de la CA de résumer par ces quelques chiffres la conjoncture difficile où se déroule tout cela en Tunisie. De plus, une récession de 8,8%, un déficit budgétaire de 11,4% du PIB et un déficit courant de 6,7% du PIB, faisant progresser le double surendettement public (89% du PIB) et externe (2,7 fois les exportations) à des niveaux très alarmants. Et d’ajouter que « l’effondrement de l’épargne va maintenir le déficit courant au-delà de 6% du PIB cette année », avant de prédire qu’« un léger impact sur la croissance est probable au troisième trimestre » de la pandémie.

Pour le possible plan de relance, proposé par le « super » ministre de l’Economie Ali Kooli, l’économiste français commence par rappeler que « le gouverneur de la Banque centrale vient de lancer un cri d’alarme contre le gouvernement pour lui demander d’agir sur le niveau des subventions et les salaires des fonctionnaires ».

En fait, le CA de la BCT qui n’a pas dit son dernier mot à ce propos et indiquait jeudi qu’il restait en session ouverte dans l’attente du sort des procédures constitutionnelles et juridiques en cours concernant ce projet de loi, a surtout constaté que « ce projet impacte directement les principes et les mécanismes d’action de la BCT ainsi que la réalisation des objectifs dont elle est directement responsable, conformément à la législation en vigueur ».

  • La BCT « essaie de défendre la parité de change du DT pour éviter une inflation importée »

Mais aussi et surtout « le projet de loi comporte des mesures de nature à affecter les engagements internationaux de la Tunisie et sa capacité à continuer de mobiliser les fonds extérieurs nécessaires ». Un projet donc, qui fait déjà controverse, et pourrait ne pas être promulgué par le chef de l’Etat. Mais l’analyste économique français a aussi ajouté que « la BCT essaie de défendre la parité de change du dinar pour éviter une inflation importée qui accentuerait encore un peu plus l’instabilité sociale. Les réserves en devises ont baissé de 8% entre fin 2020 et fin mars 2021 à 8,4 milliards de dollars. C’est un signal très inquiétant, d’autant plus que 49% de ces réserves sont constituées des quatre prêts du FMI encore actifs ».

Pour l’économiste Olivier Le Cabellec, « la perspective d’un défaut sur la dette externe s’est donc singulièrement accentuée ces dernières semaines, en l’absence d’accord politique sur les réformes urgentes à mettre en œuvre et ouvrant la porte à une nouvelle aide du FMI ». Et pourtant, la Tunisie a pu tout récemment rembourser la garantie américaine, et ses réserves sont restées à 129 jours d’importation.

Il n’en reste pas moins vrai que les réformes et toute coopération avec le FMI sont toutes deux rejetées par l’UGTT qui fait la pluie et le beau temps chez tous les gouvernements tunisiens. Et l’économiste d’ajouter même que « pour l’instant, le gouvernement se refuse à envisager une telle restructuration de dette » qu’il estime à 40 milliards de dollars pour la dette externe, représentant 105 % du PIB, dont seulement 17 milliards sont portés directement par le souverain.

  • Une sévère crise de liquidité qui contaminerait les acteurs endettés en devise ?

Et Le Cabellec de conclure que « une crise de liquidité pourrait alors prendre une intensité très sévère et entraîner une contagion aux acteurs endettés en devises. Une restructuration affecterait principalement les créanciers des entreprises et des banques. Elle obligerait le pays à entrer dans une douloureuse négociation avec les créanciers du secteur privé. Si le pays devait tomber dans les catégories de CCC, un phénomène auto-réalisateur pourrait se matérialiser par la fermeture totale des marchés internationaux de refinancement ».

Mais de tout cela, qui se préoccupe en Tunisie. Les principaux protagonistes du pouvoir s’écharpent toujours sur les prérogatives, se tirent dans les pattes, et se font une guerre sale par réseaux sociaux interposés. La population, de son côté, apeurée par la hausse des chiffres des contaminations par le Covid-19 et le nombre de ses victimes, ne veut parler que de vaccin.

Chef de gouvernement et chef d’Etat se livrent  même à une course d’obstacles, à qui en fait le mieux dans cette optique, quitte à oublier le reste. Au ministère des Finances, on oublie la loi de finances rectificative, et on se concentre sur les moyens de mobiliser le plus d’argent par une amnistie de change et de monnaie locale, et on multiplie les BTA pour avoir de quoi terminer l’année. A fin avril 2021, les dépôts au Trésor étaient négatifs de 621 MDT. A fin mai dernier, ces dépôts étaient négatifs de presque 1,5 Milliards DT !

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