AccueilCe que je croisLe vrai « miracle tunisien », une croissance économique sans croissance !

Le vrai « miracle tunisien », une croissance économique sans croissance !

Les chiffres peuvent mentir. Le recours systématique auxstatistiques est devenu à notre époque, un must ; une obligation en quelque sorte, quand on veut être pris au sérieux etdonner une impression d’objectivé et de neutralité. Ne dit-onpas que les chiffres parlent d’eux-mêmes ? N’empêche qu’ilfaut se méfier des chiffres, avoir une certaine maîtrise du datastory telling (l’art de faire parler les chiffres) et se demanderchaque fois d’où ils viennent, qui les recueille et, surtout, cequ’ils signifient vraiment. Ainsi en est-il à titre d’exemple, deschiffres publiés cette semaine. Entre le service statistique del’ONU qui estime que notre pays compterait à la mi-novembre12 111 068 Tunisiens (admirez la précision) et notre institutnational qui la situe à 11 803 598 au premier janvier 2022,(soit un écart de plus de 307 mille personnes alors que la Tunisie s’accroît de seulement 120 mille personnes par an) quicroire ? Il en est de même des chiffres à plusieurs égards surprenants, de la croissance du PIB et de l’emploi & chômagerelatifs au troisième trimestre, que vient de publier notre institut national de la statistique. L’étonnement et l’appréhensionsont d’autant plus compréhensibles que la publication de l’INSest assortie de révisions -dont certaines sont déchirantes- desstatistiques de la croissance des années 2019 à 2021. Le problème se complique lorsqu’on a gardé à l’esprit les données dela Banque Mondiale relatives à la capacité statistique des pays.Des données qui font état d’une forte dégradation de la capacité statistique de notre pays depuis le début des années 2010rapportée dans Ecoweek n° 09 du 7 mars 2022.

  • Croissance surprenante et confondante.

Contre touteattente, le PIB tunisien a progressé de +0,4% au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent, après un recul de-0,2% au second trimestre. En glissement annuel, elle s’établitau troisième trimestre à son plus haut niveau depuis l’année2012 : +2,9%. Ces chiffres ont de quoi surprendre car, mêmesi aucun détail des composantes du PIB n’est disponible, il n’enreste pas moins vrai qu’avec des prix en hausse de 8,6% autroisième trimestre, le moteur de la consommation privée –quiest en fait le principal- ne peut que ralentir la croissance. Il enest de même de la consommation publique qui est répriméedepuis le début de l’année pour cause de crise des financespubliques. Il en est de même des deux autres moteurs de lacroissance. La panne de l’investissement tant public que privé,est attestée cette année par le ralentissement sans précédentdes achats à l’étranger de biens d’équipement. Des achats qui,en pourcentage des importations totales du pays, ont atteintau terme du troisième trimestre un plus bas historique. Lapiètre performance du moteur exportation est attestée parl’effondrement selon les chiffres de l’INS, des valeurs ajoutéesdes secteurs de l’énergie (-13,6% en glissement annuel ou g.a)et du phosphate (-19,9% en g.a) sur fond de ralentissementdes industries manufacturières (+4,4% en g.a après +5,0% ausecond trimestre). En somme, le triréacteur Tunisie a continué de voler bien que ses trois moteurs soient en panne.

  • Croissance économique sans travail.

Mais le plus déroutant est la croissance économique est allée de pair avec unecroissance de l’inactivité. La Tunisie a réussi la gageure deproduire davantage de richesses avec beaucoup moins detravail. En effet, malgré une croissance du PIB robuste, l’économie tunisienne a détruit au cours du troisième trimestre,plus de 56 mille emplois (comparaison avec le trimestre précédent) et près de 90 mille depuis le début de l’année dernière.

Si le taux de chômage qui ressort selon l’INS à 15,3%, ne s’estpas aggravé par rapport au trimestre précédent c’est parceque selon les statistiques de l’INS, la population tunisienne abeau continuer d’augmenter, celle qui est en âge de travailler(population active) s’est contractée de près de 150 millepersonnes depuis le début de l’année. Le chômage en Tunisiefrappe particulièrement les femmes, les jeunes diplômés desuniversités et les jeunes âgés entre 15 et 24 ans mais pasl’ensemble des Tunisiens : le nombre total de chômeurs estrevenu à 614 mille au troisième trimestre, en baisse parrapport au second trimestre (626 mille) et même en forteréduction depuis le début de l’année : 674 mille. Tout comptefait, l’avion Tunisie continue de voler sans moteurs mais aussisans le carburant qui contribue réellement à la création derichesses : le travail.

  • La Tunisie se vide de ses forces vives.

Le constat selonlequel, il y a depuis le début de l’année, près de 150 milleTunisiens qui n’ont pas rejoint le marché du travail et près de90 mille Tunisiens « occupés » en moins, renvoie nécessairement à l’exode massif des jeunes, des compétences voire, defamilles entières vers l’étranger. Bien que l’on ne disposed’aucune statistique fiable sur les flux migratoires, il reste quel’explosion au sens littéral du terme, des transferts d’argent dela diaspora tunisienne constitue un indicateur de ce qu’onentend partout, où qu’on soit et à qui on parle : nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à se faire la malle. Et defait, les « revenus du travail » en dinars ont plus que doublé enmoins de quatre ans passant de 3,5 milliards de dinars (ou 1,1milliard d’euros) à fin octobre 2018 à 7,2 milliards (ou 2,2milliards d’euros) à la même date de cette année. Certes,l’émigration aussi bien légale (dont une bonne partie estorganisée officiellement par l’État) qu’illégale (Harga) n’explique pas la totalité de la contraction de la population en âgede travailler, celle qui contribue à la production nationale derichesses. Il en est de même aussi de la télémigration et le télé-travail avec des entreprises étrangères. Une tendance nouvelle en plein essor qui pourrait être -en partie- à l’origine decette déperdition. Il n’en reste pas moins vrai cependant quela Tunisie est en train de se vider de la substance qui fait savitalité : les jeunes et les compétences.

La Tunisie, un repoussoir pour les talents. C’est ce quiressort clairement de l’édition 2022 de l’Indice mondial decompétitivité des talents (Global Talent CompetitivenessIndex, GTCI) publié la semaine dernière par l’INSEAD, lePortulans Institute et le Human Capital Leadership Institute.

La Tunisie est de moins en moins en capacité de produire,attirer et retenir les talents. En effet, notre pays ne cesse dereculer au classement mondial selon l’index mondial decompétitivité des talents. Elle affiche cette année son plusmauvais rang (91ème sur 133 pays, en recul de 10 places parrapport à son rang de l’année dernière) et quasiment sonscore le plus médiocre depuis que ce classement existe.

Unedégringolade qui s’explique surtout par le fait que la Tunisieest de moins en moins en mesure de produire des talents(recul de deux places depuis que ce classement existe) et descompétences techniques (recul de 51 places), d’attirer lestalents (recul de 50 places) et de les retenir (recul de 6 places).En matière de compétitivité des talents, elle est désormaismoins bien lotie en Afrique que Maurice, le Botswana,l’Afrique du Sud, l’Égypte et la Namibie. De toutes les villesarabes, Tunis est la moins attractive pour les talents. Tel est levrai miracle tunisien. Un pays qui se vide de ses talents,travaille de moins en

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