L’émotion,suscitée par l’opération terroriste qui a pris pour cible la maison du Ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, était grande. D’abord, l’opinion découvre que le ministre, réputé modeste et détestant les honneurs, a gardé sa famille dans sa région natale, et dans le quartier populaire où il a vécu pendant des dizaines d’années. Ensuite, les Tunisiens qui lui reconnaissent l’accomplissement, en quelques mois, d’énormes exploits dans la lutte contre le terrorisme, ont été écœurés par la perfidie de l’attentat, exécuté avec barbarie, et qui a visé des victimes de jeune âge. Enfin, l’opinion publique a acquis la conviction que le pays s’installe , déjà, dans une instabilité chronique qui peut durer encore longtemps, et que le terrorisme fera de plus en plus mal, même s’il est au bout de ses forces.
Les détails donnés par Sofiène Sliti, le porte-parole officiel du Tribunal de première instance de Tunis, mercredi 28 mai 2014, complètent le tableau déjà connu, mais poussent à dépasser l’émotion ressentie pour entamer une réflexion sur le phénomène du terrorisme et la démarche suivie jusque- là pour en venir à bout.
Sliti a indiqué que le groupe des assaillants, faisait partie de la nébuleuse de la brigade Okba Ibn Nafaa, qui agit dans le cadre d’AQMI (Al-Qaïda du Maghreb Islamique). Constitué de 15 à 20 éléments cagoulés et armés, le groupe était muni de fusils mitrailleurs sophistiqués et fait usage de bombes éclairantes servant à rendre moins obscurs les lieux du crime et produisant de fortes détonations lors des tirs.
Le mode opératoire et le choix des cibles démontrent, donc, que les terroristes connaissaient bien les lieux et avaient de solides relais dans la région, la ville et au sein même du quartier en question. Ces éléments ont rendu facile l’exécution du plan de l’opération, mais ont permis aux terroristes, qui n’étaient gênés par aucun obstacle dans leur action, d’envoyer des messages à l’Etat tunisien qu’ils sont en train de combattre. Ces messages indiquent que les organisations terroristes se portent bien et que leur marge d’action et de mouvement est toujours large, malgré les coups portés au djihadisme, depuis la dernière opération engagée en avril dernier.
Mais l’expérience a montré que ces messages, le terrorisme veut toujours les envoyer même s’il est agonisant. Il les envoie à l’opinion publique du pays et parfois à l’opinion publique internationale, pour leur démontrer que les actions menées pour le combattre sont inefficaces, et qu’il parvient, à chaque fois, à les contourner et neutraliser. Il les envoie aux services de sécurité pour atteindre leur moral et semer la zizanie dans leurs rangs. Il les envoie au peuple pour lui dire que le terrorisme est incontournable et qu’il(le peuple) doit faire pression sur les autorités pour qu’elles fassent la paix avec lui et ramener le calme au pays. Cette stratégie qui vise à amener l’opinion et les autorités à pactiser avec lui, le terrorisme l’utilise pour créer de nouvelles réalités lui permettant de sévir comme cela a été le cas en Tunisie entre le 14 janvier2011 et août 2013 . Mais si cette stratégie ne porte pas, le terrorisme peut passer à une autre qui consiste à effrayer les gens et intimider l’opinion publique. A cet effet, il commettra ce qui est convenu d’appeler les crimes bon marché, à coût bas, et à rendement (médiatique ) élevé. Il peut s’en prendre, dans des opérations à grand éclat, aux citoyens, aux touristes, aux usagers des transports publics , et même aux écoliers comme cela a été le cas dernièrement au Nigéria avec le groupe terroriste Boko Haram.
Mais dans tous les cas, et pour empêcher ces stratégies de passer, l’opinion publique doit être sur la même longueur d’onde que les autorités, et tout le monde doit être conscient qu’il ne faut pas faire de concessions au terrorisme, mais être conscient , également , du coût à consentir pour maintenir le cap .
Aboussaoud Hmidi








