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Le bureau politique de Nidaa Tounès a annoncé sa disposition à se concerter avec la famille démocratique progressiste au sujet de la composition d’un nouveau gouvernement et de la nature du remaniement ministériel, et ce, sans la participation du mouvement Ennahdha.
Dans une déclaration publiée dimanche, le bureau politique a qualifié de “graves” les déclarations du président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, à l’ouverture de la deuxième conférence annuelle des cadres du mouvement à Hammamet.
Dans son intervention, Rached Ghannouchi avait affiché que le mouvement maintient “son caractère non civil“, mettant en évidence les tentatives du parti de mettre la main sur les rouages de l’Etat et de changer la volonté des électeurs en imposant ses propres conditions pour le prochain remaniement ministériel, déplore le parti dans sa déclaration.

Le bureau politique de Nidaa dénonce, aussi, l’ingérence du président d’Ennahdha dans les relations diplomatiques de la Tunisie, ce qui est de nature à porter atteinte à l’intérêt national.
Il recommande à son groupe parlementaire de continuer à boycotter les plénières jusqu’à l’application, par le gouvernement, de la décision du parlement relative à la non prolongation du mandat de l’instance Vérité et Dignité.
Par ailleurs, le bureau politique appelle le gouvernement à traiter sérieusement avec les nouvelles données présentées par le collectif de défense dans l’affaire Chokri Belaid et Mohamed Brahmi pour révéler toute la vérité sur ces deux assassinats politiques.

Rached Ghannouchi, a souligné samedi que le pays a besoin de stabilité politique, mettant l’accent sur l’attachement de son parti au partenariat, au consensus et à l’unité nationale. Il a estimé que la victoire remportée par le mouvement lors des élections municipales constitue un nouveau défi qu’il est de son devoir de relever.
Il a rappelé que le mouvement Ennahdha avait décidé en 1995 de renoncer à l’action secrète et d’affirmer son caractère civil et pacifique en s’ouvrant sur les différents courants de l’opposition tunisienne. Aujourd’hui, a-t-il ajouté, Ennahdha est en train de former une équipe d’experts pour la conception d’une vision économique et sociale globale pour la Tunisie à l’horizon 2030 qui sera présentée dans le cadre de son programme électoral pour les échéances de 2019.
Abordant les relations extérieures de la Tunisie, Rached Ghannouchi a mis l’accent sur le besoin d’impulser les relations avec le continent africain, proposant la création d’un ministère des Affaires africaines. Il a également appelé à revigorer l’union maghrébine et à créer un marché commun et une monnaie commune entre la Tunisie et l’Algérie.

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Occuper le terrain, donner le tempo, dicter les sujets dont la presse et l’opinion publique vont faire leurs choux gras, c’est un art en politique mais c’est surtout la seule façon de marquer les esprits, de prendre date pour les échéances électorales. Et c’est exactement ce que Ennahdha est train de faire. On n’a entendu qu’elle ce week-end. Ennahdha qui appelle le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à ouvrir les bras à toutes les formations politiques de la place (une négation du principe même des élections et des coutumes du jeu démocratique, avec une majorité pour gouverner et une opposition, mais les islamistes ne sont pas à une contradiction près). Ennahdha qui réaffirme sa fidélité au fameux consensus scellé à Paris avec le chef de l’Etat, une façon d’endormir ce dernier et les siens, pour ne pas déclencher une guerre frontale que les islamistes ne sont pas encore certains de pouvoir gagner (ça viendra peut-être). Ennahdha qui fait un vibrant plaidoyer pour les instances constitutionnelles, se montrant plus royaliste que le roi, le président de la République et son parti, Nidaa Tounes, pourtant sorti vainqueur des premières vraies législatives libres de l’histoire du pays. Ennahdha qui annonce, ô combien surprise, une refonte de l’appareil exécutif du mouvement. Etc. Bref, il n’y en avait que pour Rached Ghannouchi et compagnie. Et que font les autres pendant ce temps? Rien, ou pas grand-chose. En tout cas rien qui puisse être opposé et surtout contenir les déplacements très tactiques de l’état-major nahdhaoui. Des coups d’avance pour certains, même symboliquement, retard, cafouillages et ratés pour les autres, tout cela pourrait finir par la gueule de bois en 2019, et devinez pour qui.

“Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois”

Il ne faut pas s’y leurrer : Une élection ne se joue pas pendant la campagne électorale, elle est actée bien avant, avec des jalons posés des mois avant dans la tête des citoyens, de petits riens parfois, des postures qui finissent par s’imprimer dans les esprits et travailler les consciences dans la perspective de l’isoloir le jour du vote. Ce ne sont pas les professions de foi des candidats, très souvent fabriquées par des cabinets de communication n’ayant pas pied dans la réalité, qui font pencher la balance, mais plutôt les actes posés durant les mois précédant la joute électorale. Il faut être naïf pour croire le contraire, et la naïveté en politique c’est fatal. Faute de n’avoir pas compris que les élections ont déjà commencé et que le moindre geste, la moindre parole, la moindre prise de position comptent, les adversaires de Ennahdha risquent d’avoir un réveil difficile.

Certes la gymnastique et les grands écarts de Ghannouchi, d’un bout de l’échiquier politique à l’autre, ratissant très large, trop sans doute, ne pourront pas leurrer les analystes chevronnés, les experts, les observateurs chevronnés, les citoyens avisés, mais ils sont combien ? Ce ne sont pas à eux que les islamistes s’adressent, ils parlent d’abord à leurs militants et la masse d’électeurs indécis. Et dans un paysage sinistré où il y a un vrai désamour pour les partis, à en croire tous les sondages, faire le plein dans son camp et capter un paquet de voix chez les indécis et abstentionnistes peuvent faire la différence, sans même avoir besoin d’aller chasser chez les autres partis. On sera mal élu, certes, mais élu quand même, et tout à fait légitime pour gouverner une majorité silencieuse dont une partie est composée d’électeurs transis, déçus, qui sont revenus de leur passion pour des formations qui font tout pour qu’on les disqualifie.

Il est la solution à tous les problèmes!

On devait, en principe, avoir un vrai combat entre deux poids lourds en 2019. Mais voilà, le rendez-vous pourrait faire pschitt. D’abord il y a de fortes chances que la plupart des citoyens le boudent, ensuite parce qu’un des challengers, Nidaa Tounes, est loin de pouvoir présenter le même visage qu’en 2014. Ses traits se sont flétris depuis, sous les coups portés par son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, le fils du chef de l’Etat, qui pense pouvoir se requinquer en se jetant dans les bras de Slim Riahi, le sulfureux chef de file de l’UPL (Union patriotique libre). Une énorme bourde politique, à en croire les réactions qui ont accueilli cette union contre-nature, presque autant que l’alliance avec les islamistes aux yeux de certains militants, et ils ne sont pas peu. La gauche radicale, le Front populaire et tout le toutim, aurait pu être une alternative pour les nidaïstes déçus ; Hamma Hammami et compagnie sont pour le moment épargnés par les scandales, les affaires et les foudres de la justice, leur crédibilité ne s’est pas érodée. Mais voilà, ils sont obsédés par leur combat pour faire la lumière sur les meurtres de Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, un combat nécessaire, absolument indispensable pour donner du crédit à la démocratie et l’Etat de droit en gestation. Le problème c’est que cette affaire, en raison de ses ramifications, pourrait s’éterniser et griller un temps précieux qui va manquer au FP pour structurer son offre politique en vue des prochaines élections. La vérité sur ces crimes qui ont souillé à jamais l’éphémère règne de la Troïka, c’est un peu court comme slogan pour prétendre jouer les premiers rôles en 2019.

La Coalition nationale, 3ème force politique à l’ARP, pourrait aussi être un recours, il l’est déjà pour le secrétaire général de Machrou Tounes, Mohsen Marzouk, qui a besoin d’être consolé et surtout ragaillardi politiquement après le coup tordu que lui a fait Ennahdha. Mais là aussi il y a un os : le bloc parlementaire, qui est loin d’être homogène – c’est aussi un gros problème -, n’est pas encore rentré dans le dur. Résistera-t-il au choc des égos? Si oui, il faudra après qu’il passe le cap pour se structurer en parti politique, et qu’il se trouve un bon chef, ce que Chahed ne veut pas ou ne peut pas être pour le moment. Le chef du gouvernement pourrait très bien aussi régler le problème de Nidaa Tounes, en incarnant ce leader que le Congrès électif de janvier 2019 va choisir. Et même Ennahdha, qui a manifestement d’excellentes relations avec Chahed et qui lui a servi de bouclier quand son propre parti, Nidaa Tounes, a juré sa perte, pourrait s’en accommoder. Mais seul Dieu sait ce que fera le chef du gouvernement une fois qu’il se sera déchargé du fardeau du Budget 2019.

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L’hypothèse qu’on avait émise jeudi 25 octobre 2018 se confirme : Ennahdha a bien l’intention de couler le secrétaire général de Machrouû Tounes, Mohsen Marzouk. En dépit des démentis du camp de Marzouk, deux fois dans la même journée, le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha, Abdelkarim Harouni, continue d’affirmer qu’il y a bien eu accord avec Marzouk pour enterrer la hache de guerre et même un consensus. Pire, Harouni a balancé sur les réseaux sociaux un texte sponsorisé qui reprend les termes du prétendu accord, en l’agrémentant avec des remerciements en direction de Marzouk pour son “initiative courageuse“.

Inutile de dire qu’avec ce post, boosté en plus, Ennahdha fera de gros dégâts dans la tête des sympathisants de Machrouû Tounes. Quand on vous disait que cette rencontre était une grosse erreur tactique que Marzouk pourrait payer très cher…

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Le président du Conseil de la Choura d’Ennahdha, Abdelkarim Harouni, a-t-il voulu, sciemment, faire un gros coup politique, comme a tenté de le faire Nidaa Tounes en cooptant Slim Riahi (à en croire les réactions, cette initiative sortie de la tête d’on ne sait qui est un véritable flop)? A-t-il cherché, en annonçant un consensus avec Machrouû Tounes, à compromettre un virulent adversaire politique pour faire en sorte que ses électeurs se détournent de lui? Le dirigeant d’Ennahdha s’est-il simplement mal exprimé? Ou est-ce les citoyens-électeurs qui ont mal compris ses propos sur la fin de la guerre idéologique entre les islamistes et les dits modernistes de Machrouû Tounes? Une chose est sûre : sa déclaration a fait grand bruit et déstabilisé un peu plus un Mohsen Marzouk qui n’est pas au meilleur de sa forme, après le départ de ses députés vers la Coalition nationale et le statu-quo de son mariage avec Nidaa Tounes, pourtant annoncée en grande pompe. Après le démenti d’hier mercredi 24 octobre 2018, très copieux du reste et un peu alambiqué, Hassouna Nasfi remet ça ce jeudi, sur Express FM, preuve que Machrouû Tounes a bien évalué les dégâts que peuvent provoquer dans son électorat la grenade dégoupillée par les islamistes. Mais il n’est pas sûr que tout ce que diront Marzouk, Nasfi et compagnie pourra stopper les déflagrations.

Un mal fou pour convaincre!

Comme l’a fait la direction de son parti à travers un communiqué, le député Nasfi a catégoriquement démenti l’existence de tout consensus entre Machrouû Tounes et Ennahdha. Il a ajouté que l’entretien entre le secrétaire général du parti, Mohsen Marzouk et Abdelkarim Harouni avait un seul but : Trouver des solutions pour tirer la Tunisie de ce mauvais pas. Pour bien bétonner son argumentaire et rassurer des militants affolés, il a martelé que le mouvement islamiste est un «concurrent politique» et que les «divergences fondamentales» entre les deux formations demeurent. Pour faire encore plus d’effet, il a ajouté que même sur le plan éthique, un consensus est inconcevable car Ennahdha est déjà embarqué dans une aventure de ce type, avec Nidaa Tounes et avec le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi.

L’élu de Machrouû Tounes ne s’arrête pas là : «Mohsen Marzouk a rencontré Abdelkarim Harouni dans le cadre des pourparlers autour des outils pour solutionner la crise politique et nous n’avons pas dissimulé nos intentions. S’il y a quelque consensus que ce soit, nous serons les premiers à l’annoncer, mais ce n’est pas le cas. Nous n’avons paraphé aucun accord ni entamé les discussions à propos d’un éventuel consensus. Il y a beaucoup de divergences de fond entre nous et Ennahdha autour des sujets d’envergure nationale et de la plus haute importance, nos positions n’ont pas varié et ne le feront jamais», a asséné Nasfi. Les affirmations étaient péremptoires et le ton presque véhément. En temps normal, dans un contexte politique normal, dans un parti comme les autres, les assurances auraient peut-être suffi. Mais là ça risque d’être un peu court…

La sortie de route de trop?

Le problème n’est pas ce qui s’est dit lors de cette fameuse réunion entre Marzouk et Harouni, le problème c’est cette rencontre elle-même. Elle n’aurait jamais dû avoir lieu. En effet qu’est-ce qu’un type comme Marzouk peut bien raconter à l’émissaire d’un camp sur lequel il ne cesse de taper et qu’il accuse d’être la source de tous les maux, politiques et économiques, du pays? Quel bénéfice politique peut-il tirer de conciliabules avec une partie dont les positions sont notoirement connues comme étant aux antipodes? Markouk est foncièrement, radicalement anti-islamiste, du moins c’est ce qu’il laisse paraitre dans presque toutes ses sorties publiques. Et il avait réussi à fédérer les plus anti du camp dit progressiste qui voyaient d’un mauvais oeil l’alliance entre Nidaa Tounes et Ennahdha. Alors le voir causer avec cette dernière de questions d’intérêt national, dit-il, après tout le fiel qu’il a déballé sur les islamistes, ça ne peut que brouiller davantage le positionnement et les messages de Machrouû Tounes.

Marzouk, qui a eu un excellent départ quand il a largué Nidaa, s’est perdu en cours de route. Son leadership, devenu illisible, a fait de son parti un OVNI sur la scène politique, une formation impossible à situer sur l’échiquier politique. L’annonce de ses noces avec Nidaa a sans doute déboussolé un peu plus des partisans qui pensaient que s’allier avec les nidaïstes c’était s’accoquiner avec Ennahdha, autant dire le diable, aux yeux de certains. Tout cela a certainement dopé la vague de départs des élus de Machrouû Tounes vers la Coalition nationale. Puis est venue cette affaire de consensus avec Ennahdha, dont les islamistes doivent savourer en ce moment même les retombées. Ce pourrait bien être le baiser de la mort pour un Marzouk qui nourrissait encore des ambitions pour 2019.

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Tout le monde se demandait ce que le conseil de la Choura du mouvement  Ennahdha allait bien pouvoir pondre en réponse à la situation politique très trouble du pays, voire inextricable : Un président de République qui s’est brouillé avec son poulain qu’il a installé à la Kasbah et qui ne sait plus comment s’en débarrasser, un chef du gouvernement que son éviction de fait de son parti arrange plutôt mais qui hésite à en tirer les conséquences en sonnant le rassemblement autour de lui (monter sa propre formation), un parti sorti majoritaire des élections de 2014 qui est laminé et désespéré au point de s’allier avec le leader politique le plus sulfureux et le plus énigmatique de la place, etc. Ennahdha se devait d’avoir de la ressource pour sortir quelque chose qui soit à la hauteur du contexte politique, incroyablement compliqué. A l’arrivée le conseil de la Choura n’est pas allé chercher bien loin, il a puisé dans ses veilles recettes pour dire son mot mais finalement le moins possible pour ne fâcher personne, parfois une chose et son contraire pour ménager la chèvre et le chou, un subtile équilibre – certains diraient duplicité, double langage… – dans lequel les islamiste excellent. Mais pourquoi changer une potion qui fait gagner, qui a permis au mouvement de rester au centre du jeu politique et même la première force du Parlement alors qu’il était censé jouer les seconds rôles après sa défaite au scrutin de 2014?

Samir Dilou, dirigeant d’Ennahdha, avait carrément fermé la porte aux intentions prêtées au chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, de faire usage de l’article 99 de la Constitution pour éjecter le chef du gouvernement, Youssef Chahed. Le ton de Dilou était sans appel : BCE ne pourra pas compter sur les islamistes pour faire déguerpir le locataire du palais de la Kasbah. Il avait dit ça le 17 octobre 2018, le mouvement a redit à peu près la même chose le 20 octobre 2018 : Pas question de bousiller la stabilité gouvernement et de provoquer une crise politique majeure dans une période aussi délicate. Mais Ennahdha a ajouté autre chose qui tempère, adoucit le caractère un peu abrupt des propos de Dilou à la radio : Elle a mandaté le président du mouvement, Rached Ghannouchi, pour mener des pourparlers avec le président de la République et le chef du gouvernement ainsi qu’avec toutes les personnalités, partis et organisations pour faire émerger un consensus – un label tunisien décidément ! – pour venir à bout de la crise qui sévit le pays, a fait savoir le président du conseil Abdelkarim Harouni, repris par la TAP.

Pourquoi Ghannouchi et les siens ont éprouvé le besoin de dépasser leur statut de spectateur dans l’empoignade entre Carthage et la Kasbah et de jouer les entremetteurs? Pour les mêmes raisons que quand ils ont réaffirmé fidélité à leur compagnon, le président de la République, même quand celui-ci a crié sur les toits que l’entente cordiale était morte et que son fils, directeur exécutif de Nidaa Tounes, s’est empressé de clouer le cercueil du consensus pour s’autoriser à chasser dans le camp dit moderniste, ce qu’il s’est empressé de faire en avalant l’UPL. Ennahdha en reste à sa stratégie, devenue sa marque de fabrique : Ratisser large, le plus possible, ne jamais mettre tous les oeufs dans le même panier. En l’occurrence dans le contexte actuel, l’équilibre est encore plus délicat, entre un BCE qui n’est pas au meilleur de sa forme niveau popularité, à en croire les sondages, sans parler de son grand âge (91 ans) mais qui est tenté par le rendez-vous de 2019 et un Chahed mieux loti dans les enquêtes d’opinions mais sur qui il est impossible de faire le moindre pronostic pour le prochain scrutin (partira, partira pas?). Dans cette configuration, même le plus chevronné des analystes ne peut s’avancer sur la figure qui va émerger aux prochaines élections. Alors Ennahdha, prudemment, joue sur tous les tableaux.

Une autre illustration de cette stratégie : Le conseil de la Choura a invité “le gouvernement à ouvrir la porte aux revendications des travailleurs, des fonctionnaires et des chômeurs et à dialoguer avec la centrale syndicale afin de s’accorder sur des décisions tenant compte en même temps des revendications et des moyens du pays“. Le mouvement se garde bien de dire comment, concrètement, le chef du gouvernement va s’y prendre pour satisfaire les doléances de l’UGTT avec l’état des finances publiques, avec le déficit qu’il se coltine et avec le marquage très serré du principal bailleur, le FMI. Mais ça Ennahdha s’en moque, l’essentiel pour lui est ailleurs : Il est dans cet affichage, cette posture qui fait de lui le seul mouvement qui parle encore, même de manière feinte ou intéressée, de la nécessité de préserver la paix sociale, la stabilité gouvernementale et d’éviter une crise politique qui compliquerait davantage la situation du pays. Les autres partis, Nidaa Tounes en tête, ont d’autres chats à fouetter, englués dans des calculs et initiatives désespérés pour retrouver une magie qui n’opère plus auprès des militants. Ennahdha certes ne pourra pas duper les analystes, experts et fin observateurs, mais face à des électeurs dont la culture politique est à faire, cette petite musique dissonante, aux relents d’intérêt général, pourrait faire recette.

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Qu’on l’ait voulu ou non, le naufrage du consensus entre le président de la République, Béji Caïd Essebsi et son ex alter ego Rached Ghannouchi peine à épuiser ses effets sur l’échiquier politique du pays. Si le mouvement Ennahdha s’obstine à penser et dire que cette alliance nouée lors de la rencontre de Paris n’a pas été frappée d’obsolescence et qu’il s’y attache en tant que donnée cardinale de l’ordonnance politique en Tunisie, BCE, lui, ne l’entend pas naturellement de cette oreille et est à la recherche d’un succédané, si moins important soit-il, et l’a trouvé en la personne de Slim Riahi, président de l’ULP et de sa quinzaine de députés, tous deux fiévreusement engagés dans une implacable opposition au chef du gouvernement, Youssef Chahed.

Este-ce le prologue d’une véritable recomposition de la scène politique en Tunisie ? La question vaut finalement d’être posée alors que le consensus BCE-Ghannouchi montre ses limites et que sa « face obscur » commence à se faire jour comme le relève le think tank américain Brookings Institution, dont deux chercheurs, Sharan Grewal et Shadi Hamid, viennent de livrer une analyse singulière disséquant cette alliance et ses répercussions.

Ils rappellent que le consensus entre les deux plus grands partis tunisiens a généralement été justifié sur deux fronts. Premièrement, Caïd Essebsi et Ghannouchi ont cherché à atténuer la polarisation qui avait sévi en Tunisie en 2013 et empêché ainsi la transition de suivre l’Égypte sur la voie de la rupture démocratique. Deuxièmement, ils estimaient que les défis économiques et sécuritaires auxquels le pays était confronté exigeaient la stabilité et l’unité politiques. Et bien que l’alliance ait probablement empêché un effondrement démocratique, la propension au consensus a sapé la démocratie en soi. D’abord, il a fait barrage à une forte opposition. Avec une majorité parlementaire de plus de 80% détenue par la coalition au pouvoir, il n’y a pas eu de réelle opposition pour contrôler le gouvernement. Ensuite, la politique de consensus a eu pour conséquence d’affaiblir la notion même de représentation démocratique. En 2012, Ennahdha et Nidaa représentaient deux extrémités apparemment opposées du spectre politique. les quatre années du consensus ont rendu les partis presque indiscernables, tentant tous deux de lutter contre le terrorisme par une approche largement sécuritaire et de stimuler la croissance économique grâce aux réformes du FMI.

Les Tunisiens se sentent mal représentés

Avec peu de différences de politiques entre leurs partis politiques, les Tunisiens ne se sentent plus représentés par eux. L’enquête Afrobaromètre de 2018 a révélé que 81% des Tunisiens «ne se sentent proches d’aucun parti politique» et 79% ne voteraient pas ou ne sauraient pas pour qui ils voteraient si des élections étaient organisées demain. Cette désillusion à l’égard des partis politiques a été reflétée lors des élections municipales de cette année, qui ont vu un taux de participation de seulement 34% et où les plus grands votants étaient des indépendants. Le sous-développement du système des partis, sans plates-formes ni projets crédibles et sans véritable contestation des idées par le public, a été une victime majeure du consensus, note le think tank washingtonien.

Sans représentation ni opposition crédible, les Tunisiens se tournent de plus en plus vers d’autres moyens d’exprimer leur désaccord avec le processus politique. La Tunisie a connu d’intenses manifestations à l’échelle nationale en janvier, tandis que le puissant syndicat tunisien, l’UGTT a menacé de déclencher des grèves à la fin du mois. L’instabilité même que Caïd Essebsi et Ghannouchi espéraient éviter par consensus se manifeste plutôt sous une forme encore moins contrôlable grâce aux protestations régulières de jeunes en colère et frustrés. De plus, ces manifestations et ces grèves nuisent davantage à l’économie en créant un cycle d’auto-renforcement d’échec gouvernemental et d’instabilité politique.

Sans doute, une « bonne nouvelle »

Ces derniers mois, l’alliance entre Caid Essebsi et Ghannouchi a été mise à mal par le refus d’Ennahdha de limoger le chef du gouvernement Youssef Chahed, rival majeur de Hafedh Caid Essebsi, le fils d’Essebsi, pour la direction de Nidaa Tounes. Pour la première fois, le Conseil de la choura d’Ennahdha s’est lui aussi publiquement opposé à BCE sur une question de politique générale, rejetant sa proposition sur l’égalité en héritage en août. Caïd Essebsi a ensuite annoncé la fin de son alliance avec Ghannouchi, bien qu’il reste à savoir si Ennahda se dirigera vers l’opposition ou formera un gouvernement avec un nouveau parti dissident pro-Chahed. Quoi qu’il en soit, ce qui est clair, c’est qu’Ennahda n’éprouve plus le besoin d’évoluer en parfaite intelligence avec Caid Essebsi, estiment les deux chercheurs de Brookings Institution.

« Normalement, disent-ils, nous pourrions voir la fin potentielle d’un accord de partage du pouvoir – un accord qui jusqu’à présent était au cœur de la transition démocratique – comme un développement à déplorer. Mais c’est peut-être une bonne nouvelle pour la démocratie tunisienne. Son système de partis naissant gagnerait à ce que les deux partis se retirent chez leurs électeurs et développent des agendas politiques et économiques concurrents avant les élections législatives de 2019. Une telle séparation, aussi douloureuse soit-elle, pourrait être le meilleur moyen de consolider la démocratie tunisienne », concluent-ils.

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Avant-hier encore, Nidaa Tounes confirmait, en lieu et place du chef de l’Etat, que le consensus BCE-RG était bel et bien fini. Un peu plus loin, le même parti du fils du chef de l’Etat nommait l’homme d’affaire Ridha Charfeddine, pour qui travaille le neveu du président de la République et qui est aussi député de Nida, à la tête de la commission de préparation du congrès de Nidaa Tounes. Ce même Charfeddine rencontre, ce mercredi 10 octobre 2018, Rached Ghannouchi (RG) dans ses bureaux à Montplaisir. Charfeddine, issu d’une région anti-Nahdhaouie, donne du Professeur à RG sur sa page des réseaux sociaux et dit avoir passé en revue avec lui les principaux faits intervenus sur la scène politique tunisienne. Et c’est toute la blogosphère qui s’en prend à Charfeddine et se demande ce qu’est allé faire le chargé de la préparation du congrès de Nidaa chez le premier responsable d’un parti avec lequel il a rompu toutes les relations. Est-ce pour essayer de le retourner, ou pour faire la médiation ?

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Première du genre, après une rencontre du chef de l’Etat, Béji Caïed Essebssi (BCE) avec le «Ider», (pour Leader, dans la bouche d’un député de Nidaa Tounes) du parti Islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi (RG), qui s’était déroulée dans un silence assourdissant.

Pour le Palais de Carthage, c’est comme si cette rencontre n’avait jamais eu lieu. Aucun communiqué, ni officiel, ni officieux, n’avait été publié à ce propos. Une rencontre pourtant qui intervenait après une réunion de la Choura d’Ennahdha qui avait décidé de maintenir son appui au chef du gouvernement et contre BCE et l’UGTT qui demandaient sa tête.

Première, dans le sens où ce n’est pas la présidence de la République qui parle du contenu de cette réunion RG-BCE, mais la porte-parole du parti de son fils Hafedh, la syndicaliste Ons Hattab. Dans un communiqué signé par elle, Ons précisait que la rencontre s’était déroulée «à la demande de RG» qui l’aurait informé des résultats des délibérations du Conseil de la Choura (et donc, de sa décision de maintenir son appui à son rival Youssef Chahed). Façon de dire que BCE, l’autre «Ider» d’un parti qui avait été «Ider» des législatives de 2014, ne reniait pas ce qu’il avait dit d’Ennahdha, qu’il s’en est aussi lavé les mains et ne chercherait pas à la retourner contre Youssef Chahed.

Et Nidaa Tounes d’ajouter, au nom du chef de l’Etat, comme s’il n’avait plus de service de communication ou de porte-parole, que «l’acceptation de la demande d’audience de RG entrait dans le cadre de son ouverture et son accord à rencontrer tous les citoyens». On comprendrait alors que BCE aurait reçu RG, non pas en tant que président de parti politique, mais en tant que simple citoyen. Et la porte-parole de Nidaa qui écoutait manifestement aux portes, d’ajouter que «la position officielle (Ndlr : De Nidaa) par rapport à Ennahdha, reste la fin du consensus tel que déclaré par BCE dans son discours du 24 septembre».

Parlant toujours au non de BCE, la porte-parole de Nidaa Tounes a précisé que «le chef de l’Etat a affirmé que ses relations personnelles avec RG n’ont rien à voir avec la position claire vis-à-vis d’Ennahdha». Fin de citation et fin, répétée au nom du père par le fils, du consensus BCE-RG.

  • L’Ider d’Ennahdha, saint ou simple d’esprit ?

Ne voulant certainement pas laisser le terrain vide au seul Nidaa, le parti Islamiste d’Ennahdha se fendait, lui aussi le lendemain, d’un communiqué sur le même sujet de l’audience BCE-RG. Et c’est un autre contenu, complètement différent, qu’on y retrouve. En effet silence d’abord sur qui a cherché à voir qui. Toujours selon le communiqué d’Ennahdha, «le président du mouvement a réitéré l’intérêt du mouvement pour l’option du consensus et de la consultation sur la scène politique tunisienne, en particulier parmi les institutions exécutives de l’Etat, augmentant ainsi les chances de surmonter les défis et offrant un climat approprié pour que les élections se déroulent dans les meilleures conditions». On comprendrait ainsi qu’Ennahdha tiendrait au consensus, mais à la stabilité gouvernementale aussi et que RG en a informé BCE.

Le communiqué d’Ennahdha n’a rien dit de la réaction de BCE aux propos conciliants de son vieux compagnon des chemins tortueux de la politique. On comprendrait cependant presque que BCE n’a pas rabroué RG, comme l’a fait bien comprendre le communiqué de Nidaa. «Pour sa part, le président a insisté sur son souci d’édifier l’État, de défendre l’intérêt public, de faire respecter la loi, et aussi son refus de tout dérapage. Le chef de l’Etat s’est aussi montré préoccupé par les difficiles conditions économiques et sociales du pays et de la nécessité de conjuguer tous les efforts pour les alléger. Le chef de l’Etat a aussi renouvelé son respect de toutes les composantes de la scène politique, y compris le parti Ennahdha ».

Force est de constater, après cette brève lecture croisée d’un même évènement qui n’en était pas un, que BCE a été présenté par le communiqué de Nidaa comme le chef de parti alors qu’il répète qu’il ne le préoccupe plus. Ennahdha l’a par contre présenté comme le chef de l’Etat qu’il est et en a ainsi parlé. Il y a des jours où l’on se demanderait dans quel parti se trouvent les simples d’esprit !

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Le président de la république Beji Caid Essebsi s’est entretenu jeudi au palais de Carthage avec le président du mouvement Ennahdha Rached Ghannouchi.
L’entretien a porté sur la situation politique et sociale et la nécessité de conjuguer tous les efforts pour surmonter les difficultés, d’autant que le pays entame une nouvelle année scolaire“, a déclaré le leader d’Ennahdha à la presse au terme de l’entrevue.
Il a indiqué que le chef de l’Etat a souligné à cette occasion qu’il “respecte toutes les opinions sans exclusion, le pays ayant besoin de tous, et qu’il respecte tous les avis“.
J’ai souligné (de mon côté) l’importance d’assurer la stabilité gouvernementale et politique pour parachever la démocratie naissante en Tunisie“, a-t-il ajouté, rappelant “la grande estime dont jouit le pays pour sa politique et qui a fait de la Tunisie une exception“.
Indiquant avoir réaffirmé “l’importance de la poursuite du dialogue“, Rached Ghannouchi a fait remarquer que “le pays qui s’engage dans une année électorale, dont les préparatifs ont déjà commencé, a besoin d’être doté d’une cour constitutionnel et de reviser la loi électorale”.
Ces enjeux exigent de ce fait des compromis entre le mouvement Ennahdha, le mouvement Nidaa Tounes ainsi que tous les blocs parlementaires“, a-t-il souligné.
Il a réaffirmé que les relations de son parti avec Nidaa Tounes “se maintiennent dans le cadre du consensus dont le pays a besoin loin des polarisations et des tiraillements“.
Le président du mouvement Ennahdha a indiqué en conclusion que “la perspective d’avenir est de parachever la démocratie et la Tunisie peut devenir un des pays où il fait bon vivre“.

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Le mouvement Ennhahdha a mis en valeur l’accent mis par le chef du gouvernement, à travers le remaniement ministériel, sur les questions économiques et le lancement de concertations avec les signataires du pacte de Carthage sur la vision économique “susceptible de sortir le pays de la conjoncture économique et financière difficile”.
Dans un communiqué rendu public après la réunion de son bureau exécutif mercredi, le mouvement a souligné “le besoin d’un tel remaniement pour combler les vacances et conférer plus d’efficience à l’action gouvernementale face aux prochaines échéances nationales importantes, dont la loi des finances 2018, les élections municipales, la rentrée scolaire et universitaire et la nouvelle session parlementaire”.
“Le profil du gouvernement en cette période doit être celui de l’unité nationale, de l’efficacité, de la compétence, de l’intégrité, de la performance et de la clarté de la vision”, indique le parti.
Ennhadha s’est félicité d’autre part du souci du président de la république de consacrer la réconciliation globale et enraciner l’unité nationale des Tunisiens”. Il a réitéré son ” attachement au consensus national et ses fondements aux côtés du mouvement Nida Tounes et la famille destourienne”, tout en appelant les autres courants politiques à adhérer à ce processus.
Au sujet des élections municipales, le parti Ennahdha a renouvelé son attachement “à la tenue du scrutin le 17 décembre 2017 qui constitue une réponse aux désirs de la grande majorité des Tunisiens et l’accomplissement d’un intérêt national pour la poursuite de la réussite du processus de transition démocratique et le renforcement de la confiance à la Tunisie comme une destination attrayante pour l’investissement”.
Tout en reconnaissant que “certaines justifications pour le report du scrutin ont une certaine légitimité”, Ennahdha estime que “la plupart de ces griefs peuvent être surmontés avant le rendez-vous du 17 décembre alors que des réponses peuvent être données aux autres après les élections”.

Concernant la session extraordinaire du parlement, le parti a fait état de son consensus avec Nida Tounes, son partenaire au pouvoir, pour la convocation de cette session et la détermination de son ordre du jour. Il a rappelé à ce sujet son appel à la tenue d’une session parlementaire extraordinaire pour parachever l’élection des membres de l’Instance supérieure indépendante pour les élections.

 

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