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samedi 23 janvier 2021
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Un week-end à marquer d’une pierre blanche… ou noire

Occuper le terrain, donner le tempo, dicter les sujets dont la presse et l’opinion publique vont faire leurs choux gras, c’est un art en politique mais c’est surtout la seule façon de marquer les esprits, de prendre date pour les échéances électorales. Et c’est exactement ce que Ennahdha est train de faire. On n’a entendu qu’elle ce week-end. Ennahdha qui appelle le chef du gouvernement, Youssef Chahed, à ouvrir les bras à toutes les formations politiques de la place (une négation du principe même des élections et des coutumes du jeu démocratique, avec une majorité pour gouverner et une opposition, mais les islamistes ne sont pas à une contradiction près). Ennahdha qui réaffirme sa fidélité au fameux consensus scellé à Paris avec le chef de l’Etat, une façon d’endormir ce dernier et les siens, pour ne pas déclencher une guerre frontale que les islamistes ne sont pas encore certains de pouvoir gagner (ça viendra peut-être). Ennahdha qui fait un vibrant plaidoyer pour les instances constitutionnelles, se montrant plus royaliste que le roi, le président de la République et son parti, Nidaa Tounes, pourtant sorti vainqueur des premières vraies législatives libres de l’histoire du pays. Ennahdha qui annonce, ô combien surprise, une refonte de l’appareil exécutif du mouvement. Etc. Bref, il n’y en avait que pour Rached Ghannouchi et compagnie. Et que font les autres pendant ce temps? Rien, ou pas grand-chose. En tout cas rien qui puisse être opposé et surtout contenir les déplacements très tactiques de l’état-major nahdhaoui. Des coups d’avance pour certains, même symboliquement, retard, cafouillages et ratés pour les autres, tout cela pourrait finir par la gueule de bois en 2019, et devinez pour qui.

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« Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois »

Il ne faut pas s’y leurrer : Une élection ne se joue pas pendant la campagne électorale, elle est actée bien avant, avec des jalons posés des mois avant dans la tête des citoyens, de petits riens parfois, des postures qui finissent par s’imprimer dans les esprits et travailler les consciences dans la perspective de l’isoloir le jour du vote. Ce ne sont pas les professions de foi des candidats, très souvent fabriquées par des cabinets de communication n’ayant pas pied dans la réalité, qui font pencher la balance, mais plutôt les actes posés durant les mois précédant la joute électorale. Il faut être naïf pour croire le contraire, et la naïveté en politique c’est fatal. Faute de n’avoir pas compris que les élections ont déjà commencé et que le moindre geste, la moindre parole, la moindre prise de position comptent, les adversaires de Ennahdha risquent d’avoir un réveil difficile.

Certes la gymnastique et les grands écarts de Ghannouchi, d’un bout de l’échiquier politique à l’autre, ratissant très large, trop sans doute, ne pourront pas leurrer les analystes chevronnés, les experts, les observateurs chevronnés, les citoyens avisés, mais ils sont combien ? Ce ne sont pas à eux que les islamistes s’adressent, ils parlent d’abord à leurs militants et la masse d’électeurs indécis. Et dans un paysage sinistré où il y a un vrai désamour pour les partis, à en croire tous les sondages, faire le plein dans son camp et capter un paquet de voix chez les indécis et abstentionnistes peuvent faire la différence, sans même avoir besoin d’aller chasser chez les autres partis. On sera mal élu, certes, mais élu quand même, et tout à fait légitime pour gouverner une majorité silencieuse dont une partie est composée d’électeurs transis, déçus, qui sont revenus de leur passion pour des formations qui font tout pour qu’on les disqualifie.

Il est la solution à tous les problèmes!

On devait, en principe, avoir un vrai combat entre deux poids lourds en 2019. Mais voilà, le rendez-vous pourrait faire pschitt. D’abord il y a de fortes chances que la plupart des citoyens le boudent, ensuite parce qu’un des challengers, Nidaa Tounes, est loin de pouvoir présenter le même visage qu’en 2014. Ses traits se sont flétris depuis, sous les coups portés par son directeur exécutif, Hafedh Caïd Essebsi, le fils du chef de l’Etat, qui pense pouvoir se requinquer en se jetant dans les bras de Slim Riahi, le sulfureux chef de file de l’UPL (Union patriotique libre). Une énorme bourde politique, à en croire les réactions qui ont accueilli cette union contre-nature, presque autant que l’alliance avec les islamistes aux yeux de certains militants, et ils ne sont pas peu. La gauche radicale, le Front populaire et tout le toutim, aurait pu être une alternative pour les nidaïstes déçus ; Hamma Hammami et compagnie sont pour le moment épargnés par les scandales, les affaires et les foudres de la justice, leur crédibilité ne s’est pas érodée. Mais voilà, ils sont obsédés par leur combat pour faire la lumière sur les meurtres de Chokri Belaïd et Mohammed Brahmi, un combat nécessaire, absolument indispensable pour donner du crédit à la démocratie et l’Etat de droit en gestation. Le problème c’est que cette affaire, en raison de ses ramifications, pourrait s’éterniser et griller un temps précieux qui va manquer au FP pour structurer son offre politique en vue des prochaines élections. La vérité sur ces crimes qui ont souillé à jamais l’éphémère règne de la Troïka, c’est un peu court comme slogan pour prétendre jouer les premiers rôles en 2019.

La Coalition nationale, 3ème force politique à l’ARP, pourrait aussi être un recours, il l’est déjà pour le secrétaire général de Machrou Tounes, Mohsen Marzouk, qui a besoin d’être consolé et surtout ragaillardi politiquement après le coup tordu que lui a fait Ennahdha. Mais là aussi il y a un os : le bloc parlementaire, qui est loin d’être homogène – c’est aussi un gros problème -, n’est pas encore rentré dans le dur. Résistera-t-il au choc des égos? Si oui, il faudra après qu’il passe le cap pour se structurer en parti politique, et qu’il se trouve un bon chef, ce que Chahed ne veut pas ou ne peut pas être pour le moment. Le chef du gouvernement pourrait très bien aussi régler le problème de Nidaa Tounes, en incarnant ce leader que le Congrès électif de janvier 2019 va choisir. Et même Ennahdha, qui a manifestement d’excellentes relations avec Chahed et qui lui a servi de bouclier quand son propre parti, Nidaa Tounes, a juré sa perte, pourrait s’en accommoder. Mais seul Dieu sait ce que fera le chef du gouvernement une fois qu’il se sera déchargé du fardeau du Budget 2019.

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