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Petite victoire pour Ennahdha qui croisera le fer avec Qalb Tounes à l’ARP. De l’instabilité dans l’air

C’est donc, au moins selon Emrhod Consulting dont les chiffres ne tiennent pas compte des sièges de l’étranger, le parti islamiste tunisien d’Ennahdha qui aurait remporté les législatives de 2019. Il aurait ainsi gagné 40 sièges, représentant 18,29 % des plus de 2,7 millions de votants.

A quelques encablures de voix, le parti «Qalb Tounes» de Nabil Karoui serait crédité de 16,28 % des voix, représentant 35 sièges dans la prochaine ARP. On notera qu’Emrhod et Sigma semblent donner des taux légèrement différents pour l’un et l’autre des gagnants. Et s’ils s’accordent sur le nombre de sièges qui seraient attribués à Ennahdha et seraient au nombre de 40, ils divergent sur le nombre de sièges qui reviendraient à Qalb Tounes, 35 selon Emrhod et 33 selon Sigma.

Ce résultat, qui n’est pas définitif et ne sera revêtu du caractère officiel que lorsque l’ISIE l’annoncera, met en tout cas fin à l’ère des deux grands puissances parlementaires, comme c’était le cas en 2014, entre Nidaa Tounes et Ennahdha. Ce résultat annonce aussi la mort clinique de Nidaa Tounes, qui n’aurait remporté, selon Emrhod, que 2,57 % des voix. Mais il marque aussi une importante baisse de popularité d’Ennahdha qui aura ainsi perdu beaucoup d’électeurs. Toutefois, la défaite la plus lourde et la plus cuisante est essuyée par Nidaa Tounès, dont les électeurs auront durement sanctionné ses 6 années au pouvoir et son incapacité à sortir le pays du «goulot de la bouteille» et à tenir les promesses de son ancien président, le défunt Béji Caïd Essebssi.

Dans un mouchoir de poche de 6 % et quelques petites décimales de pourcentage derrière les deux vainqueurs, d’abord le parti à la bicyclette de Mohamed Abbou qui aurait remporté 6,37 % des voix, suivi par la coalition Al Karama de Makhlouf qui aurait remporté 6,23 %. Les deux pourraient faire la paire, n’étant pas très loin l’un de l’autre dans les orientations extrémistes.

Derrière les deux, le parti destourien libre d’Abid Moussi, qui n’aurait remporté que 6,14 des voix et aurait, ce faisant, droit à 14 sièges dans un probable bloc centriste qui pourrait se constituer au gré des prochaines consultations pour de possibles rapprochements. Les Destouriens ne font cependant pas mieux que la gauche de «Harakat Achaab» qui remporte 15 sièges.

Derrière tout ce beau monde d’une ARP qui s’annonce extrêmement fragmentée (75 sièges sur 267 pour Ennahdha et Qalb Tounes), Tahya Tounes de Youssef Chahed aura essuyé la même débandade que son président aux présidentielles, ne réalisant qu’un petit 5,24 % des voix.

Ce pourcentage est en tout cas un résultat assez probant pour une première participation. Certains lui attribuent même, avec les sièges qui seraient les siens à l’ARP, la possibilité d’être un parti quelque part déterminant dans la prochaine carte politique de la prochaine Assemblée, et même d’avoir son mot à dire dans la composition du prochain gouvernement.

Il est important de noter les 11,74 % des voix attribuées à un ensemble de partis politiques, dits indépendants et qui pèsent 19 sièges. Un conglomérat de partis politiques qui pourraient cultiver des orientations différentes, et seraient donc de peu de poids dans la prochaine carte politique à l’ARP. On rappelle, cependant, qu’Ennahdha avait déjà adoubé certaines de ces listes indépendantes, qui pourraient finalement rallier ses rangs dans les votes.

La dispersion au sein de l’ARP et des suffrages électoraux, était de toutes les façons, consacrée par les 12 sièges remportés par un bloc desdits «autres partis » et dont on ne sait pas, non plus, les orientations politiques et la volonté de coaliser pour constituer un vrai bloc parlementaire.

C’est, en dernière analyse, dans cette nouvelle carte politique parlementaire que devra se faire le choix du prochain chef de gouvernement et du gouvernement dans sa totalité, même s’il est constitutionnellement sûr qu’il reviendra à Ennahdha le privilège de proposer son candidat à Carthage. Les deux premiers du peloton ont, l’un et l’autre, exclu de se rapprocher d’une façon ou d’une autre. Tous devront attendre le résultat du deuxième tour de la Présidentielle. Le choix n’en sera pas moins polémique et problématique et il n’est pas impossible, si le refus de rapprochement demeure après l’annonce du prochain président de la République, que cela prenne des semaines, sinon des mois.

Le tout alors que la prochaine ARP devra trancher les choix financiers et sociaux du prochain budget de l’Etat et sa loi de finances. Le tout aussi, alors le FMI est déjà en Tunisie, pour se faire une idée sur ce qu’il pourrait faire avec le pays et décider de la continuité ou non de son plan d’aide financière. Un pays qui ne pourra pas, dans tous les cas, éviter les réformes douloureuses, comme celles de la compensation, des caisses sociales et du poids de la masse salariale.

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