AccueilLa UNEPétrole: Les «majors» en instance de départ, les autres y pensent!

Pétrole: Les «majors» en instance de départ, les autres y pensent!

Les écueils ne se font pas rares pour inciter les entreprises pétrolières internationales à quitter une à une la Tunisie, sous l’effet d’une conjonction d’obstacles de divers ordres et pas uniquement géophysiques. On en citera les freins législatifs à l’investissement, les grèves et sit-in, le climat social en général.

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Dans une interview à TAP,  l’ingénieur-expert en exploration & production pétrolière, Hamed El Materi a expliqué  pourquoi les investisseurs plient bagages  et fait part de ses anticipations sur le devenir du secteur pétrolier en Tunisie. Il rappelle qu’ENI et Shell, les deux seuls « Majors » opérant en Tunisie, cherchent acquéreur pour leurs intérêts dans le pays. OMV avait déjà entamé un « Divestment plan » depuis 2017, avec la cession de ses parts dans les joint-ventures (Serept & TPS), pour limiter ses activités au champ de Nawara et ses environs. Même les ‘’petites’’ sociétés semblent perdre patience et espoir et envisagent de partir.

Ce désenchantement, il l’explique par trois raisons essentielles. Primo, les problèmes financiers, avec d’un côté , les chutes successives des cours du pétrole ces dernières années, contre des coûts de fonctionnement relativement élevés en Tunisie et d’un autre côté des retards devenus répétitifs de paiements de la partie tunisienne (aussi bien pour les engagements de l’ETAP, que les factures de la STEG). Ensuit, il y a les difficultés à traiter avec les instances nationales, une certaine raideur des officiels et l’absence de vision stratégique pour le secteur, auxquelles s’ajoutent les problèmes amplifiés par l’instabilité politique (plus de dix ministres depuis 2011, et a deux reprises le ministère de l’Energie fut créé, dissout et recréé !). Enfin,  les problèmes sociaux et sécuritaires outre les grèves récurrentes, les blocages de routes et les troubles sociaux sont devenus des menaces même pour l’intégrité des employés, activités et installations, devant une incapacité de l’Etat à imposer l’ordre et le droit. Le sit-in et le blocage d’El Kamour n’était en réalité qu’un énième épisode d’une longue série d’évènements semblables.

Les investisseurs en ont vu de toutes les couleurs !

Il n’en faudra pas davantage pour que « des sociétés craignent pour leurs intérêts, et préfèrent aller investir ailleurs », a-t-il asséné, précisant que les investisseurs du secteur ont pratiquement tout vu  (problèmes sociaux, politiques, problèmes liés à la gestion des terres, grèves, blocages, conflits contractuels, pressions et influences politiques). « C’est la recette parfaite pour transformer tout projet prometteur, en une perte sèche. Personne ne voudrait s’engager dans un investissement s’il n’est pas sûr d’être en mesure de le rentabiliser, voire même le compléter », a-t-il dit.

Interrogé s’il y voit le début de la fin pour le secteur de l’exploration pétrolière en Tunisie, il a souligné que  l’appauvrissement des ressources n’a pas grand-chose à voir avec ce constat. Les champs en place sont en train de s’épuiser, certes, mais c’est au niveau du renouvellement des réserves, qu’il y a un blocage.

La Tunisie, a-t-il assuré,  reste bien prometteuse au niveau de son potentiel au sud, dans le golfe de Gabes, au niveau de l’Offshore du nord, ce ne sont pas les ressources à développer qui manquent, mais il faut les explorer et les découvrir avant. Je suis personnellement, persuadé que l’on dispose d’un potentiel capable d’inverser complètement la tendance, et même le solde de la balance énergétique, au bout de quelques années. Mais, pour cela, il faut que la roue de la recherche soit remise en marche, que l’on réunisse les conditions nécessaires pour que des opérateurs solides viennent explorer, mais nous sommes malheureusement, loin de tout cela.

La Révolution serait-elle passée par là ?

L’expert  a estimé que les contraintes subies par le secteur sont plus anciennes que la révolution, et dépassent le cadre étroit de l’Article 13 de la nouvelle constitution. Les courbes sont claires, le ralentissement -aussi bien de l’exploration, que de la production-remonte à plus loin.

Le secteur présente des problèmes de gouvernance clairs. Il s’agit essentiellement, de problèmes au niveau de la répartition, voire l’emmêlement des rôles entre l’ETAP et le ministère de tutelle. Le code des hydrocarbures avait fini par montrer ses limites aussi. L’opacité et la lourdeur des procédures, ainsi que les cadres structurels et réglementaires manquant de souplesse, sont aujourd’hui, en train de peser lourd, sur l’attractivité du secteur envers les investisseurs.

Les facteurs post-révolution, l’Article 13, mais aussi les problèmes sociaux et toutes les campagnes publiques contre le secteur, n’ont fait que compliquer davantage une situation déjà assez difficile.

Evoquant l’impact de ce retrait sur le secteur et sur l’image du pays, Hamed El Materi : Nous avons parfois tendance, à oublier que les investissements étrangers dans le secteur des hydrocarbures sont de loin les plus importants en chiffres. Toutefois, Nawara par exemple, est le seul projet de l’ordre d’un milliard de dollars réalisé en Tunisie depuis 2011. Et lorsque des multinationales, expérimentées et bien informées, appuyées par leurs ambassades et ayant l’écoute des premiers responsables du gouvernement, perdent confiance en le pays, il est bien plus difficile de convaincre les plus petits de venir investir. Il a cité les images d’El Kamour qui,  par exemple, furent reprises dans les quatre coins du monde (heureusement qu’il n’y a pas eu d’affrontements ou de violence), et ont donné l’image d’un pays incapable de préserver les droits des investisseurs, ni même de préserver ses propres intérêts stratégiques.

Toutefois, il a affirmé continuer à croire que « tous les paramètres et tendances peuvent être inversés en l’espace de quelques années, si les bonnes mesures sont prises, si les structures sont réformées, et si les cadres législatifs, deviennent plus attractifs pour les investisseurs ».

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