AccueilLa UNEPourquoi parle-t-on d’une « Tunisian connection » ?

Pourquoi parle-t-on d’une « Tunisian connection » ?

Au cours des cinq dernières années, la ville française de Nice a été ciblée à deux reprises par le terrorisme djihadiste. Dans l’une comme dans l’autre opération,  les auteurs étaient de jeunes hommes originaires de Tunisie.

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Pourquoi la Tunisie, un pays de seulement 12 millions d’habitants et qui avait été si profondément sécularisé sous le président Habib Ben Ali Bourguiba (1955-1987), est-elle devenue une source aussi importante de djihadistes, se demande le think tank  « indépendant et non partisan »  The Interpreter, basé à Sidney ? La Tunisie est connue pour avoir été le berceau du « Printemps arabe » en 2010-2011, mais depuis lors, elle a le taux par habitant le plus élevé au monde de personnes qui rejoignent l’État islamique pour combattre à l’extérieur de leur pays (en termes relatifs et absolus), constate-t-il d’emblée, pour ensuite souligner que la  réponse réside dans l’échec des attentes suscitées. En effet, on avait espéré que le Printemps arabe porterait au pouvoir des partis islamistes modérés qui acceptent la démocratie et seraient en mesure de participer de manière pragmatique dans les cadres constitutionnels et politiques existants. Par exemple, le Premier ministre du Qatar, Hamad bin Jassim bin Jabr al-Thani, avait  déclaré au Financial Times en 2011 que les islamistes modérés pouvaient contribuer à la lutte contre l’idéologie extrémiste. « Nous ne devrions pas les craindre, coopérons avec eux … Nous ne devrions pas avoir de problème avec quiconque opère dans le respect des normes du droit international, arrive au pouvoir et lutte contre le terrorisme », avait-il clamé.

On a supposé que ces développements finiraient par abîmer les dictatures, éliminer le terrorisme et renforcer les droits de l’homme. Malheureusement, l’islamisme modéré, représenté principalement par les Frères musulmans, a échoué dans ces aspirations, même en Tunisie, le seul pays arabe du printemps qui a achevé une transition vers la démocratie dans laquelle les islamistes ont joué un rôle de premier plan.

Deux défis majeurs

La nouvelle Tunisie qui prend forme au lendemain de la révolution de 2011 a vu les islamistes prendre le pouvoir et être confrontés à deux défis majeurs, le chômage et le terrorisme.

Le parti islamiste Ennahdha, fondé à la fin des années 1970 par Rached Ghannouchi (membre des Frères musulmans) et contraint à la clandestinité pendant les 24 années de règne de Ben Ali, qui ont pris fin en 2011, s’est imposé comme une force politique majeure à la suite de la révolution. Après avoir dirigé une coalition gouvernementale de 2011 à 2014, Ennahdha a perdu sa majorité au Parlement lors des élections de 2014 et 2019, mais est resté le principal groupe parlementaire avec un rôle omniprésent dans les cercles du pouvoir.

Au cours de cette période, l’accent a été mis sur les questions liées à la transition vers la démocratie, mais à la suite d’interminables querelles politiques, la situation économique a été laissée à l’abandon. Si la transition démocratique a conduit à diverses libertés, notamment la liberté d’expression, cela n’a pas favorisé efficacement une démocratie fonctionnelle. Au lieu de cela, le pays a été pris dans une impasse en raison d’un système politique dysfonctionnel – un système parlementaire dans lequel l’exécutif a deux dirigeants, ce qui conduit souvent à un parlement très divisé qui ne parvient pas à se mettre d’accord sur un gouvernement.

Un pays « marqué par la crise »

Pendant ce temps, une crise économique aiguë s’est développée. Les différentes réponses, principalement pendant la période où Ennahdha était au pouvoir, ont échoué. De grands secteurs de l’économie ont connu des difficultés, tels que le tourisme, la production textile et l’extraction de phosphates. Le taux de chômage, qui touche principalement les jeunes Tunisiens, dont une grande partie des diplômés universitaires, a atteint 18 % au deuxième trimestre 2020, alors qu’il était d’environ 13 % en 2010 avant la révolution. La crise a entraîné une augmentation significative de la tendance à l’immigration clandestine en Europe via l’Italie, gonflant les opérations des réseaux de contrebande aux frontières libyennes et algériennes.

Dans le même temps, le défi sécuritaire de la Tunisie a continué à s’accroître. Le pays a subi des attaques en 2015 visant une station touristique et le musée national, tandis que des  flux constants de djihadistes sont partis se battre dans des conflits étrangers. De plus, l’idéologie salafiste a trouvé un soutien dans les mosquées, les associations, les médias et même le parlement. Aujourd’hui, le parlement tunisien compte des personnes accusées d’implication dans des faits criminels et même des partisans du terrorisme, comme les membres de la coalition al-Karama, un groupe parlementaire à tendance salafiste.

Suite au récent attentat de Nice, un député indépendant allié à la coalition al-Karama a fait l’objet d’une enquête à propos d’un post sur Facebook qui affirmait que « l’insulte du prophète de Dieu est le plus grand des crimes et que quiconque le commet, qu’il s’agisse d’un État, d’un groupe ou d’un individu, doit en accepter les conséquences ».

Les attentes non satisfaites du Printemps arabe ont fait de la Tunisie un pays marqué par la crise. Malgré une décennie au cours de laquelle les islamistes modérés ont joué un rôle de premier plan tant au gouvernement qu’au parlement, le djihadisme continue de proliférer. Le coût n’est pas seulement pour la Tunisie, mais se fait sentir dans les rues de la ville française de Nice, conclut The Interpreter.

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