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«Retraçage» ou redressement, la santé du DT s’est améliorée. Mais jusqu’à quand ?

Précisons, d’abord, que l’on parle ici d’un taux de change interbancaire, celui par lequel les banques, dont la BCT, vendent et achètent les devises entre elles. Dans le jargon bancaire, «les taux interbancaires correspondent aux taux des prêts à court terme entre les banques. Ce fameux taux interbancaire représente le taux du marché. Il s’agit au bout du compte d’une référence utilisée dans le calcul des taux de change proposés à la clientèle privée et les entreprises».

Le marché interbancaire est donc un marché réservé exclusivement aux intermédiaires agréés. Pour les particuliers, il y a deux cotations. Celle des grands opérateurs, comme la Stir ou la Steg, qui interviennent par appel d’offres auprès des banques. Il y a ensuite celle des particuliers, que ce soit en compte ou à travers les billets de banque. Et après, chaque banque cote les particuliers selon sa perception du marché et sa politique commerciale, en tenant compte de sa politique de marge. C’est pourquoi il est conseillé de consulter deux ou trois banques pour mieux négocier ces taux.

  • La lente, mais qui se confirme, sortie de l’enfer de la dépréciation du Dinar

Une lecture de l’historique de la courbe de change du Dinar Tunisien (DT) par rapport à l’Euro (€), toujours en interbancaire, montre qu’au 1er février 2018, l’Euro coûtait 2,9552 DT. Il en sera plus ou moins ainsi jusqu’au 27 avril de la même année. L’inflexion vers le 1 € = 3,0012 DT commencera à cette date précisément.

Le pic de 1€ = 3,4647 DT, a été atteint le 21 mars 2019. Et c’est à partir de cette date que le taux de change DT/€ amorcera une baisse au pas de fourmi, et au rythme de quelques millimes chaque jour. Ce n’est que le 9 août 2019 que la 1ère décimale changera, retraçant la courbe vers le bas. Le 8 août dernier, sur l’interbancaire, l’Euro valait 3,2018 DT. Le lendemain, il n’était qu’à 3,198 DT. D’août au 14 novembre 2019, l’Euro s’échangeait à 3,1481 DT et se maintenait dans la courbe descendante pour le 3ème mois consécutif. Une courbe descendante qui a beaucoup atténué les anticipations des opérateurs économiques, dont certains et même les entreprises offshore avaient cumulé les achats de peur d’une hausse qui pourrait continuer crescendo, comme l’avaient prédit certains experts. On remarquera, d’ailleurs, dans le graphique ci-dessous, que la courbe s’est inversée depuis le 26 février et n’était pas remontée depuis.

Derrière cette embellie, même si encore fragile et étalée sur plusieurs mois, la BCT faisait état dans sa dernière note de conjoncture, de «la bonne tenue de la balance des services, des revenus des facteurs et des transferts courants, qui a permis d’atténuer l’impact du creusement du déficit commercial sur les paiements courants. Les réserves en devises se sont élevées, au 29 août 2019, à 6.092 millions de dollars américains, ou 98 jours d’importations contre 4.667 millions de dollars américains et 84 jours à fin 2018 enregistrant ainsi une hausse de 30,5%». Des raisons qui ont rendu cette embellie possible. De fait, toujours selon la BCT, «après une période de dépréciation relativement prolongée, le dinar semble se revigorer à la faveur, notamment, de la consolidation des réserves de change. Comparativement à son niveau atteint au terme de la fin de l’année 2018, le taux de change du dinar, au 29 août 2019, s’est apprécié de 8,1% et de 4,5% vis-à-vis de l’euro et du dollar, respectivement», note encore la BCT pour expliquer une embellie réelle quoique mise en doute par des experts Cassandre. Job done par la BCT, comme en ont d’ailleurs témoigné dernièrement plusieurs experts de renom.

L’entrée en fonction de l’accord pour une ligne d’achat de pétrole Steg/Aramco de 600 MDT, pour le financement des achats de la Steg, directement par l’Arabie Saoudite et qui desserrera la pression sur les demandes en devises de la Steg, auront fini par remonter à 106 jours les avoirs nets en devises. Mais aussi, l’encaissement des 150 MDT d’appui budgétaire de l’Union Européenne pour la Tunisie. Au 18 novembre courant, en effet, elles étaient de l’équivalent de 18,835 milliards DT, représentant 106 jours d’importation.

Le stock de devises s’est par ailleurs amélioré, malgré les dépenses courantes, grâce encore aux bureaux de change privés qui avaient pu récupérer quelque 200 millions d’euros du marché parallèle, mais aussi le stock en devises des hommes d’affaires à travers les comptes professionnels en devises. Voyant que le Dinar se stabilise plus ou moins et entame même une appréciation, certes lente mais sûre, les hommes d’affaires ont commencé à échanger au moins partie de leurs devises en Dinar. Et c’est tout cela qui a contribué à l’appréciation, depuis août dernier, du Dinar.

  • Jusqu’à quand la courbe tiendra-t-elle la remontée ?

Force est ainsi de remarquer que cette remontée n’est pas artificielle, encore moins le fait d’une intervention monétaire de la BCT sur le marché des devises. Elle est, comme démontrée plus haut, le fruit d’une amélioration de certains ratios macroéconomiques, certes sous l’effet d’une politique monétaire restrictive.

Reste à savoir avec le changement de chef d’Etat et de gouvernement, si le prochain gouvernement tiendra les promesses faites aux bailleurs de fonds. Mais aussi, s’il décidera ou non de changer vers une politique monétaire plus expansive qui pourrait faire retomber certains ratios économiques, comme les déficits jumeaux. Mais surtout, continuer ou non les réformes entamées par le gouvernement de Youssef Chahed.

Intervenant lors du dernier Forex Club en Tunisie, Mongi Safra a estimé que «l’on pourrait tenir cette valeur de Dinar, si on maintient un resserrement monétaire et assurer un bon stock de devises, pour stabiliser les anticipations. Pour éviter ce resserrement, il faut des réformes structurelles, comme la relance des exportations, l’accroissement de la production locale de substitution aux exportations par une politique sectorielle, réformer le code de change et financer les PME par les bonifications de taux d’intérêt». Baissera encore, ou se dépréciera plus, l’avenir du Dinar tunisien est désormais entre les seules mains du prochain gouvernement !

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