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Taboubi et le précédent anglais

A entendre  le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi,  poser ses  « conditions » pour accepter l’accord de prêt du gouvernement tunisien avec le FMI, on croirait que c’est ce dernier qui emprunte au syndicat. Une allégorie utilisée par le site Arab Weekly (AW) pour signifier que l’Organisation ouvrière tunisienne s’emploie à faire la fine bouche alors que « la dernière chose qui viendrait à l’esprit serait que les négociations en cours entre le gouvernement Bouden et le FMI portent sur un plan de sauvetage financier visant à empêcher la Tunisie de devenir un autre Liban ou un autre Sri Lanka ».

La situation financière de la Tunisie, comme chacun sait, est au bord du précipice, selon AW qui explique que le  problème tient au  montant que le gouvernement alloue  aux salaires et aux subventions sur les prix des produits de base.

Le FMI, qui a vocation à fournir l’argent de ses coffres, ne veut pas accorder de prêts ou de facilités pour financer uniquement les salaires, sans aucun changement ou réforme introduite dans les politiques de dépenses du gouvernement. Des prêts sans réformes économiques signifient simplement des demandes ultérieures du gouvernement tunisien au FMI pour plus de prêts. D’ailleurs, qui a dit que la mission du FMI est de payer les salaires des fonctionnaires tunisiens ou de subventionner le coût du carburant dans un pays où la capitale regorge de voitures, alors que le site  n’est pas connu pour être un pôle de grands projets économiques ni le siège de sociétés de services locales ou internationales ? se demande Arab Weekly.

La logique inversée de Taboubi démontre que l’UGTT ne semble pas vivre dans ce monde, note-t-il. Exiger une augmentation de salaire de 10% en ce moment, qu’elle soit justifiée ou non, est tout à fait irréaliste. Le monde entier croule sous l’austérité. Les augmentations de salaires d’aujourd’hui, même si on met de côté l’impact de l’inflation, signifient une augmentation de la masse des dépenses gouvernementales, le tout à partir de fonds qui ne sont même pas disponibles. Un coup d’œil rapide sur l’état des principales économies mondiales et les défis auxquels elles sont confrontées, pourrait aider les syndicats tunisiens à comprendre les changements profonds que le monde traverse.

Margaret Thatcher vs Arthur Scargill

Le site exhume un épisode qui a été crucial dans les rapports entre les syndicats et le gouvernement britannique  présidée dans les années 70 et 80 par Margaret Thatcher  qui n’avait répondu alors à aucune demande du syndicat des mineurs, présidé par Arthur Scargill. Le syndicat des mineurs était si fort qu’il a réussi à faire tomber le gouvernement conservateur du Premier ministre Edward Heath dans les années 1970. De la crise est né un nouveau mode de pensée conservateur dirigé par Thatcher qui est arrivée au pouvoir alors que la situation économique de la Grande-Bretagne s’était détériorée à un point tel que tout était menacé, y compris la paix sociale.

Scargill a commencé à inciter à la désobéissance civile et la police s’est méfiée de ses mouvements. Les travailleurs qui l’entourent finissent par abandonner la grève et les choses reviennent à la normale. Thatcher est aujourd’hui un symbole de changement et une illustration de la compréhension précoce des bouleversements économiques et politiques du monde. Scargill est aujourd’hui une figure politique oubliée de l’histoire moderne de la Grande-Bretagne. Avec son erreur de calcul, la cause des mineurs de charbon était perdue. Il n’y a plus une seule mine aujourd’hui en Grande-Bretagne.

Il n’y a pas de mines de charbon en Tunisie. En revanche, souligne AW,  il existe des secteurs largement productifs, notamment des bassins d’exploitation de phosphates. On entend beaucoup parler d’usines improductives. Il y a de grands secteurs de services publics. Dans cet environnement social dépendant des salaires de l’État, qui ont beaucoup augmenté tant en nombre qu’en niveau de rémunération depuis la révolution de 2011, le syndicat fonctionne et  en tire sa force. Il est facile de réclamer une augmentation de salaire. Mais l’État a-t-il assez d’argent pour payer les salaires actuels, et encore moins pour les augmenter ? C’est une question que Taboubi doit se poser avant de lancer le syndicat dans une confrontation avec un gouvernement qui peut à peine compenser l’impact de dix ans d’arrêts de travail de salariés improductifs. Ce dont la Tunisie a besoin aujourd’hui, c’est d’encourager le travail et non de l’entraver, affirme Arab Weekly.

Peut-on vivre sans Etat ?

Les pays peuvent vivre sans fédérations de travailleurs et sans syndicats. Mais ils ne peuvent pas vivre sans État. Cela signifie que l’État tunisien sera là, indépendamment de ce que représente le mouvement de protestation représenté par la fédération du travail. Il est nécessaire que cette dernière apprécie le fait que 2022 n’est pas la même chose que 2013-2014. Le monde a changé et ne se précipite plus pour acheter la paix civile avec des prêts fournis par le FMI.

Les crises sont partout et une explosion sociale dans un pays ici ou là ne sera pas aussi grave que la crise alimentaire mondiale croissante, les fluctuations du marché de l’énergie ou la guerre en Ukraine. Ce que l’on dit de la relation de la Tunisie avec le monde, on peut le dire de la situation en Tunisie même.

Les Tunisiens cherchent des solutions. Les grèves ne font pas partie de ces solutions. Pas plus que l’illusion que l’obstination peut déterminer les décisions du FMI.

Deux options s’offrent aujourd’hui à la Tunisie, souligne AW. Soit le président Kais Saied lit l’expérience de Margaret Thatcher dans sa confrontation avec les syndicats et ignore complètement le syndicat du travail. Soit c’est Noureddine Taboubi qui apprend, ou peut-être pas, qu’Arthur Scargill a effectivement tout perdu. Les deux options pourraient se croiser à un moment donné, conclut Arab Weekly.

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1 COMMENTAIRE

  1. selon la guerre entre Margaret Thatcher prime minister de sa majesté et le chef syndicat des mineurs britanniques Arthur Scargill la victoire du prime minister de sa majesté est totale ainsi la guerre que mène le charcutier et sa bande depuis 8 ans contre les chefs de gouvernements successifs sera enfin victorieuse pour l’équipe Saied et Bouden car le pays ne peut plus sortir de cette crise économique et financière et ses déficits publics chroniques que par l’application des conditions sévères imposées par les bailleurs internationaux de fonds pour accorder des nouveaux crédits qui seront utilisées pour la création de la richesse et de l’emploi productif plutôt que de payer les salaires de la fonction publique dont l’effectif est pléthorique et les subventions accordées aux sociétés publiques trop déficitaires et mal gérées .

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