AccueilLa UNETransition énergétique : Le trop-plein de paperasse !

Transition énergétique : Le trop-plein de paperasse !

Alors que la Tunisie paye un lourd tribut  à son déficit énergétique,  il est  aussi étrange qu’aberrant qu’elle hésite encore à franchir le Rubicon en prenant fermement et irréversiblement la parti des énergies renouvelables en leur  accordant les facilités d’implantation et de production qui allègent la facture énergétique.

Après des années de croissance atone de la filière ER, les autorités commencent cependant à saisir  l’enjeu qu’implique les énergies renouvelables en décidant bon an mal an de simplifier les procédures pour accélérer le rythme d’une transition énergétique. Cette mesure destinée à rattraper le retard pris dans ce domaine suscite pour le moment peu d’enthousiasme auprès des entrepreneurs du secteur.

Le 1er avril 2022, le ministère de l’Industrie, de l’Energie et des Mines a décidé, de supprimer le système des autorisations pour la production de l’électricité à partir des ER. «Nous allons supprimer le système des autorisations pour la production de moins d’un mégawatt. Le producteur n’a qu’à se rendre à la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) et à procéder à une simple déclaration », a annoncé à cette date, la ministre de l’Industrie, de l’Energie et des Mines, Neila Gonji, lors d’une conférence consacrée aux mesures urgentes pour la relance de l’économie nationale.

D’ici le mois de juin 2022, la Tunisie envisage de lancer des appels d’offres pour la production de 1.500 mégawatts d’énergie renouvelable, a encore annoncé la ministre, reconnaissant le retard pris par le pays en matière de transition énergétique.

A noter que 100 mégawatts pourraient alimenter 100.000 foyers tunisiens

46 projets de production d’ER dans le pipe

En effet, les projets de production des ER d’autoconsommation, haute et moyenne tensions, sont assujettis à une autorisation préalable comme c’est le cas d’ailleurs pour l’achèvement de la réalisation de l’unité de production de l’électricité à partir des énergies renouvelables et son raccordement au réseau électrique national .

Aussi l’espoir largement partagé est  que l’annulation du système d’autorisation va alléger les procédures et mettra fin à une bureaucratie qui ralentit le rythme de la transition énergétique dans un pays ou la sécurité énergétique risque d’être encore plus fragilisée au cours des prochaines années, selon une récente étude de l’ITES (Institut Tunisien des Etudes Stratégiques), intitulée  »la sécurité énergétique de la Tunisie à l’horizon 2030 ».

La Tunisie pourrait ainsi, aller au-delà d’une production de seulement 500 mégawatts, sachant que 46 projets de production d’énergie renouvelable sont actuellement en cours.

Selon la ministre de l’Industrie la suppression des autorisations pourrait encourager l’investissement et la production des énergies face à la hausse des prix et à l’impact du conflit russo-ukrainien sur ce secteur.

« Nous comptons créer une instance de régulation de l’énergie verte… Nous allons soumettre cette proposition à une consultation publique d’ici le troisième trimestre », a-t-elle annoncé encore aux médias.

Le scénario du secteur de l’énergie dans le cadre du plan climat de la Tunisie est basé sur la mise en œuvre de programmes ambitieux de développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Il  prévoit de réduire les émissions du secteur de l’énergie de 9% à l’horizon 2030, par rapport aux émissions de 2010. Les émissions évitées sont estimées à 63 MteCO2 cumulées sur la période 2021-2030.

Grâce à de tels résultats d’atténuation des GES (gaz à effet de serre) induits par la politique de transition énergétique, le secteur de l’énergie réduirait son intensité carbone en 2030 de 44%, par rapport à l’année 2010, soit une baisse annuelle moyenne de 4,7%.

Dans le cadre de son Plan solaire tunisien (PST), La Tunisie ambitionne de produire 3 815 mégawatts (MW) d’électricité, à partir des énergies renouvelles et partant d’augmenter la part de ces énergies dans la production globale à 30% en 2030. A moins de 10 ans de cette échéance, le pays n’a installé qu’une capacité de 400 à 500 MW, soit l’équivalent de 3 % d’ER dans le mix énergétique, un retard très critiqué par les experts et les entrepreneurs de la filière.

Interrogé par TAP sur l’impact de cette annulation du système d’autorisation sur la promotion des ER en Tunisie,  le président de Groupement professionnel des énergies renouvelables à la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT) Ahmed Abid, n’a pas été très enthousiaste.

Pour lui, il n’ya pas meilleure incitation à la promotion des énergies renouvelables en Tunisie que de «laisser les 450 entreprises du secteur privé travailler dans un cadre clair et équitable, sans chercher constamment, à calquer des modèles de grands projets qui ne sont pas adaptés à la réalité tunisienne».

Selon Abid, ces grands projets faits sur mesure ne profitent pas à l’ensemble de la filière et ne servent que les intérêts des grands entrepreneurs de la filière, proche des cercles de décision.

Les sociétés installatrices qui déploient des systèmes d’ER de basse tension, au profit des foyers et des commerces sont aujourd’hui, menacées de faillite et elles ont perdu environ 80% de leur chiffre d’affaires, a fait remarquer le responsable.

«Si les autorités ont réellement soutenu la filière et n’ont pas procédé à des changements brusques, dont la suppression des subventions, on aurait pu atteindre aujourd’hui 20% énergie renouvelable ».

La profession pas trop convaincue

La solution pour accélérer le rythme de la transition énergétique réside, d’après le responsable patronal, dans la mise en place d’un système décentralisé de production d’énergie renouvelable et de faire profiter les 3 millions de foyers en Tunisie de panneaux solaires gratuitement « un panneau à chaque foyer ». «Le panneau solaire doit se vendre comme se vendaient les paraboles, c’est la seule condition de réussir la transition énergétique. Il faut subvenir aux besoins basiques des citoyens en énergie et le reste, soit « l’énergie de confort », doit être payée à sa juste valeur par ces citoyens », estime le responsable. Et de conclure » sans les industriels tunisiens et sans un modèle purement tunisien, la transition énergétique n’aura pas lieu ».

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1 COMMENTAIRE

  1. Je suis d’accord avec le représentant des patrons pour la distribution des capteurs solaires au plus grand nombre de Tunisiens, mais à des conditions avantageuses et avec des crédits à faibles taux d’intérêts.
    Cependant, le ministère doit encourager davantage les efforts déjà engagés par ses services compétents dans les secteurs de l’efficacité énergétiques.
    Nos plans d’aménagements urbains et leurs règlements d’urbanismes, les cahiers des charges de nos lotissements, les conceptions architecturales de nos constructions, les choix des matériaux de constructions, et ceux des équipements techniques doivent être soigneusement établis pour une meilleure efficacité énergétique.
    En effet, les spécialistes savent bien chercher les gisements énergétiques dans ces disciplines. Une consommation énergétique évitée, entraine automatiquement une réduction dans les surfaces des capteurs solaires à acheter, y compris tous les accessoires et composantes et les équipements à importer de l’étranger.
    Les efforts déployés par l’administration publique date des dernières années du vingtième siècle. Cependant, une meilleure coordination et une réduction des procédures peuvent être envisagées en vue de réduire le gaspillage du temps qui représente une composante importante de l’énergie humaine. Malheureusement cette énergie est partout dilapidée sans conscience de la part de ceux qui gèrent les affaires publiques aux services des contribuables.

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