AccueilLa UNETunis : Hamadi Jebali démissionne et se repositionne sur l’échiquier politique

Tunis : Hamadi Jebali démissionne et se repositionne sur l’échiquier politique

A l’issue de son entretien avec le Président de République Moncef Marzouki , Hamadi Jebali a annoncé sa démission , conformément à sa promesse au moment du lancement de son initiative .

Jebali a inscrit son geste dans l’optique de permettre à la classe politique de recouvrer respectabilité et confiance du peuple.

Il a insisté sur le fait que démissionner du Gouvernement ne signifie pas manquer au devoir. Idée qu’il a développée par la suite en évoquant la consigne donnée aux ministres, mardi matin , de continuer d’expédier les affaires de l’Etat , et de servir les citoyens .

Pour ce qui est de son avenir politique , il renouvelé son engagement de ne pas se représenter aux prochaines élections , mais il a tenu à se positionner sur l’échiquier politique de manière très pertinente en reprenant les doléances de l’opinion publique , et surtout de l’opposition :agenda électoral « préalable » , dialogue national « sans exclusive », plateforme politique en mesure de réunir l’ensemble du peuple , gouvernement apolitique , qui se démarque de tout esprit partisan , et des tiraillements politiques .

De ce fait, il semble bouder Ennahdha dont les ténors ont tenu à le marginaliser même au sein des structures du parti , mais, à y regarder de plus près, il ne désespère pas de son parti et mise apparemment sur un sursaut qui le remettrait sur le droit chemin .

Le rideau est donc tombé sur l’épisode le plus long et le plus mal géré de la vie politique en Tunisie , depuis la Révolution du 14 janvier 2011, dilapidant d’énormes énergies et un temps précieux qui auraient dû être dépensés à d’autres desseins  bénéficiant à un pays économiquement exsangue, socialement troublé et politique en panne. Les chantiers du redressement se sont retrouvés d’autant sinon paralysés, du moins grandement retardés.

Manifestement, l’initiative de Hamadi Jebali de formation d’un gouvernement de technocrates a volé en éclats sous les coups de boutoir des principaux partis politiques représentés à l’assemblée nationale constituante, et notamment du premier d’entre eux, le parti du chef du gouvernement, Ennahdha. Le soutien recherché et constamment sollicité par Hamadi Jebali , qui a trouvé des échos favorables auprès de certains partis tels que Nida Tounès , s’est progressivement effrité pour finalement vider son initiative  e toute subsistance et de tout contenu.

En s’engageant dans la voie où il s’est trouvé contraint de transiger , Hamadi Jebali a ouvert la porte à toutes les manoeuvres et enchères qui n’ont fait que l’affaiblir en le mettant dans la posture d’otage de son propre parti, et par voie de conséquence, de ses partenaires de la troïka, principalement le CPR dont l’intransigeance a été au moins aussi forte que celle du parti de Rached Ghannouchi.

D’ailleurs, les pressions qui se sont exercées sur le chef du gouvernement ont été si puissantes et permanentes que celui-ci s’est trouvé au pied du mur, même s’il s’obstinait à agiter la menace de démissionner et de jeter l’éponge si son initiative venait à échouer. A l’évidence, il était inimaginable que Hamadi Jebali continuât sur sa lancée, alors qu’il était sommé de passer par l’assemblée nationale constituante où les partis de la troïka disposent de la majorité déterminante pour pulvériser son initiative.

En tout cas, en présentant sa démission comme il l’avait promis, dès le départ, Hamadi Jebali s’affiche comme un homme d’Etat qui a de la suite dans les idées. Il a dit qu’il démissionnerait et il l’a fait. Il n’en demeure pas moins qu’il n’a pas fermé totalement la porte, en soulignant qu’il demeure au service du peuple, assortissant cette déclaration de conditions, dont la plus importante est de fixer une date claire et irréversible pour l’organisation, dans les plus brefs délais, des prochaines élections et la mise en place des institutions y afférentes.

La question qui se pose désormais est de savoir si le pays va entrer dans une nouvelle zone de turbulences, alors que les politiques suivies par les « vainqueurs » du moment ont lamentablement échoué, ajoutant grandement à la tension ambiante dans le pays, et bouchant tous les horizons qu’ils soient d’essence politique, économique ou sociale.

Il est tout aussi essentiel de s’interroger sur les approches que les partis de la troïka vont mettre en œuvre pour sauver les meubles pour autant qu’ils souscrivent à une nouvelle politique qui jure avec ce qu’ils ont eu toujours l’habitude de faire.

Ce qui semble pour l’instant rassurant, c’est qu’il n’y a pas  lieu de craindre un vide politique plongeant le pays dans un surcroît de tensions. C’est apparemment l’engagement pris par Hamadi Jebali et par le gouvernement en son entier.

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