AccueilLa UNETunis : La ruée vers les bas de laine !

Tunis : La ruée vers les bas de laine !

« Le nouveau gouvernement a le mérite de rompre avec la langue de bois et de parler le langage de la vérité. Le Tunisien est assoiffé d’un bilan crédible de son économie », c’est ce qu’a indiqué Moez Labidi, universitaire et conseiller économique auprès de l’intermédiaire en bourse MAC SA qui a publié cette étude.

Dans cette étude, Moez Labidi a souligné qu’avec l’hésitation et le retard pris dans les réformes, ainsi que dans la démarche pour traiter les grands dossiers, le gouvernement de Mehdi Jomaâ a montré une grande méconnaissance des causes profondes des dysfonctionnements économiques et financiers, ramenant les problèmes de la Tunisie aux seuls déséquilibres financiers, reléguant en second plan les autres questions (fiscalité, code d’investissement, secteur informel, productivité, ….).

Il a ajouté dans le même ordre d’idées que faute d’avoir pu démarrer rapidement des réformes en profondeur, le nouveau gouvernement a préféré tirer la sonnette d’alarme, en présentant un bilan effrayant de l’économie tunisienne.

L’universitaire a souligné que personne ne doute de la détérioration des grands équilibres macro-économiques et de la responsabilité de la Troïka dans cette situation, soulignant cependant qu’au lieu de présenter son plan d’action pour sortir la Tunisie du marasme économique, le nouveau gouvernement s’est accaparé la symphonie de la « faillite de l’Etat », renforçant, du coup, l’attentisme des investisseurs et une ruée vers les bas de laine chez les Tunisiens les plus fortunés. « Un comportement fort pénalisant pour les placements financiers (bancaire et boursier) », a-t-il dit.

Il s’agit, selon lui, d’une démarche très maladroite, car à force d’avancer la thèse de la faillite, le gouvernement risque de la précipiter. « C’est la dynamique des anticipations auto-réalisatrices qui aura le dernier mot sur la question », a-t-il estimé, soulignant que les ménages seront plutôt amenés à reconstituer une épargne de précaution au lieu de consommer. « Du coup, les recettes de TVA seront forcément révisées à la baisse. Du côté des entrepreneurs, le mot d’ordre reste le wait & see. Ils seront plutôt amenés à retarder leurs décisions d’investissement, ce qui provoquera le tarissement de l’impôt sur les sociétés », a-t-il précisé, soulignant qu’en présence d’une économie parallèle qui représente près de 40 % du PIB, le repli des recettes fiscales détériorera davantage la situation des finances publiques, et pourrait facilement précipiter le scénario de la faillite.

Il a fait remarquer, en outre, que dans un contexte peu porteur, une démarche exagérément alarmiste pourrait devenir contreproductive. « Au lieu de responsabiliser le Tunisien et de l’amener à modérer ses revendications sociales, elle pourrait susciter de réelles craintes chez le consommateur (thésaurisation), chez l’investisseur national (attentisme et fraude fiscale) et étranger (attentisme et délocalisation), et du coup, aggraver davantage les grands déséquilibres macro-économiques », a-t-il expliqué.

Au sujet du projet de réforme du secteur financier présenté par le ministère des Finances, le 16 avril 2014, au siège de la BCT, il reste très en deçà des espérances du secteur, et brille par son caractère généraliste et sa marginalisation du marché financier, selon ses dires.

Et d’ajouter qu’aucune réflexion sérieuse sur les mesures à prendre, pour améliorer la profondeur du marché boursier, pour dynamiser le compartiment secondaire du marché obligataire, ni pour opérer des changements dans les stratégies de placement des institutionnels, qui restent trop méfiants à l’égard des titres corporate.

S’agissant du dialogue économique national, l’expert économique a qualifié cela de démarche maladroite : « Aujourd’hui, les contraintes qui pèsent sur les finances publiques sont très fortes. Car, il est très délicat de réussir une réforme en profondeur touchant le périmètre des administrations et des dépenses publiques, sans un consensus solide », a-t-il dit, avouant qu’il est difficile d’imaginer un plan d’action courageux pour redresser l’économie tunisienne avec un débat dominé par les partis politiques, déjà bien positionnés, dans les starting-blocks de la course électorale.

Kh.T

- Publicité-

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

108,654FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
5,135SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -