Les caisses sociales, c’est par excellence le dossier qui a été le plus longtemps gardé en l’état. Chantier compliqué aux conséquences qui le sont encore plus, il fait office de patate chaude que l’on se refile au fil des gouvernements. Mais, fatalement, le moment est arrivé pour que le nœud gordien soit tranché, car tout le monde est dos au mur, les autorités, les pensionnés, les syndicats et les entreprises. Il va sans dire que l’addition sera salée pour les uns comme pour les autres, tant les sacrifices sont douloureux et les retards coûteux.
Le constat avait été fait il y a au mois deux lustres, alors que le signes avant-coureurs des difficultés commençaient à apparaître sans que lui fût attachée l’attention requise. C’est tout juste si des réflexions éparses étaient engagées dont les conclusions finissaient, moisies, dans les placards ministériels. Dans l’entretemps, la CNRPS et la CNSS, allaient à rebours du statut de bailleurs de fonds à l’Etat à celui où elles tendent la sébile pour pouvoir payer les pensions de leurs retraités.
Le funeste sur ce registre est que les choses allant s’envenimant, les deux caisses, et très probablement, toutes les autres, vont devoir finir sur la paille, si rien n’était fait, plus est, de toute urgence. Ceci alors que les thérapies préconisées ne sont jamais appliquées ou rarement appliquées, faute d’argent mais aussi de consensus, l’UGTT ayant sa propre recette et rechigne à accepter celles du gouvernement, singulièrement le relèvement de l’âge de départ à la retraite.
A vrai dire, qu’il s’agisse d’âge de la retraite, d’augmentation de cotisations ou de réduction des pensions, les remèdes sont regardés comme de dérisoires effets, et ne peuvent servir que de sédatifs pour de brèves périodes, qui seront suivies d’autres plus nocives encore. Le problème requiert bien plus que cela, une refonte totale et douloureuse de tout le dispositif de sécurité sociale en Tunisie, rangé dans la catégorie des systèmes dits « bismarckiens », du nom du Chancelier Bismarck qui a créé le système allemand d’assurance vieillesse en 1889 : les salariés cotisent toute leur vie dans le cadre de leur entreprise et perçoivent à la retraite une pension proportionnelle à leurs cotisations. L’avantage de ce mécanisme est que chacun perçoit en fonction de ce qu’il a cotisé.
C’est ce qu’on appelle le système de retraite par répartition où les cotisations, versées par les actifs au titre de l’assurance vieillesse, sont immédiatement utilisées pour payer les pensions des retraités. Ce système repose donc sur une forte solidarité entre générations. Son équilibre financier dépend du rapport entre le nombre de cotisants et celui des retraités. Les taux de croissance des revenus et de la population active occupée constituent dès lors les deux principaux facteurs d’évolution.
Maintes voix s’élèvent en Tunisie pour demander le remplacement de ce système par le régime de retraite par capitalisation où les actifs d’aujourd’hui épargnent en vue de leur propre retraite. Les cotisations font l’objet de placements financiers ou immobiliers, dont le rendement dépend essentiellement de l’évolution des taux d’intérêt. Cette capitalisation peut être effectuée dans un cadre individuel ou collectif (ex : accords d’entreprise), ce qui peut permettre de réintroduire une dose de solidarité.
Or, pareil choix dicte la présence d’un marché financier conséquent autant qu’une culture de l’épargne qui n’a pas encore droit de cité dans le pays. De surcroît, la mise en œuvre de semblable régime de retraite par capitalisation demande beaucoup de temps, sans doute une dizaine d’années, avant de produire ses premiers résultats tangibles. Dans les faits, l’adoption de ce système n’est pas envisageable pour l’instant. Le régime de retraite par répartition devrait demeurer, en permettant, cependant, aux futurs retraités de compléter leurs retraites en répartition par des formules d’épargne retraite.
La troisième voie !
Une troisième voie, il en existe une, est celle proposée par le BIT (Bureau international du travail) qui suggère le maintien du système de répartition, qui est le socle de la solidarité entre les générations. D’autant plus que les régimes par capitalisation sont sensibles aux fluctuations des marchés financiers, ce qui est incompatible avec le rôle protecteur et la garantie que doit représenter la retraite.
Le BIT estime cependant qu’il sera nécessaire de réviser à la hausse les cotisations des employés et des employeurs et de réviser le système de calcul des pensions. Une proposition rejetée par la centrale syndicale qui plaide pour l’institution d’une TVA exceptionnelle finançant les caisses sociales.








