AccueilLa UNELa Tunisie et la Chine, en chœur, contre «l'unilatéralisme rampant»

La Tunisie et la Chine, en chœur, contre «l’unilatéralisme rampant»

A bien des égards, la visite que le  ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, effectue en Tunisie, est perçue comme un plaidoyer contre l’unilatéralisme qui domine actuellement l’échiquier mondial.

Egalement membre du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois, a déclaré que la pensée de Xi Jinping sur le socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère fournit les orientations fondamentales pour faire de la Chine un grand pays et pour la grande cause du rajeunissement national par le biais de la modernisation chinoise.

Reçu par le président tunisien Kais Saied, le chef de la diplomatie chinoise a joint sa voix à celle du chef de l’Etat tunisien pour dire non à l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous le prétexte des droits de l’homme et de la démocratie.

« Le monde d’aujourd’hui est affligé par l’incertitude et l’instabilité ainsi que par l’unilatéralisme rampant, la politique de puissance et l’hégémonie », a-t-il dit, assurant que son pays  s’oppose à l’imposition de ses propres valeurs, et à la transformation d’autres pays selon ses propres normes.

« Le  monde ne peut revenir à une hégémonie unipolaire. La Tunisie s’oppose aux doubles standards et à l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres pays sous la bannière de la démocratie et des droits de l’homme », a dit, comme  en écho,  le président tunisien.

Pareilles approches sont suivies de près outre-Méditerranée, singulièrement en Italie où , par exemple,  Michela Mercuri professeur de géopolitique du Moyen-Orient à l’Université Niccolò Cusano , fait remarquer que la visite de Wang Yi s’inscrit dans une tournée extrêmement large et importante qui « touche les pays qui sont en train de rompre avec l’Occident ».

Dans une interview à « Agenzia Nova », elle a rappelé que l’Union européenne a conclu un mémorandum avec  la Tunisie,  le 16 juillet dernier, lui garantissant un soutien en termes de financements, de partenariats et de programmes de formation conjoints visant à relancer son économie. « Bien que la Tunisie soit un pays en risque de défaut de paiement, avec un pied vers l’abîme, l’aide promise par Bruxelles n’est pas arrivée », a-t-elle relevé, concluant que « l’UE semble avoir à nouveau abandonné le pays nord-africain, à l’exception de l’Italie qui a déjà fourni une tranche d’aide d’environ 100 millions d’euros ».

La Tunisie « extrêmement courtisée » par la Chine et la Russie

Mercuri note  que « la Tunisie est un pays extrêmement courtisé par de nombreux acteurs, dont la Chine et la Russie. La visite de Wang Yi fait suite à celle du ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov en décembre dernier, au cours de laquelle la Russie a promis à Carthage un plus grand approvisionnement en céréales, dont l’absence dans le passé a déclenché de nombreuses protestations parmi la population, rendant encore plus aiguë la crise économique vécue par le pays nord-africain ».

Faisant référence au conflit actuel entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas dans la bande de Gaza, la chercheuse poursuit : « Il ne faut pas oublier l’Algérie, de plus en plus proche de Tunis, qui s’est ouvertement rangée du côté du Hamas et accueille sur son territoire des dirigeants de l’organisation palestinienne. L’Algérie a resserré ses liens avec Tunis en offrant 500 millions d’euros qui, j’en suis sûr, arriveront, contrairement à ce qui s’est passé avec l’Union européenne. L’Arabie Saoudite a également garanti au pays une somme similaire.

« Nous risquons de perdre la Tunisie » !

Selon Mercuri, « si l’Italie n’est pas capable de structurer un agenda politique pour la Tunisie, nous risquons de la perdre. Je parle de l’Italie parce qu’en ce moment, vu le laxisme européen après le 16 juillet, remettre en cause l’UE me semble anachronique. En tout cas, j’espère que Bruxelles se souviendra de l’importance de la Tunisie, non seulement pour l’Italie, dans la gestion des flux migratoires, mais aussi sur le plan énergétique, ainsi que de son importance dans le contexte régional plus large, compte tenu de la situation fragile dans la Libye voisine, où un conflit persiste entre les milices pour le partage des ressources, et de la récente posture de l’Algérie ».

Sur la possibilité que le ministre Wang et son homologue tunisien, Nabil Ammar, concluent des accords au cours de ces trois jours, Mercuri a déclaré : « Je crois que la Chine ne repartira pas les mains vides, il est plausible que des protocoles soient signés dans les domaines économique, commercial et d’appui à la Tunisie. Ce qu’il faut noter, c’est que la Russie, la Chine et l’Arabie Saoudite offrent une aide à la Tunisie sans conditionnalité, contrairement à l’UE. Et c’est là, à mon avis, le grand avantage de ces pays qui, contrairement à nous Européens, n’imposent pas de conditions au-delà d’une simple alliance ».

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