Tunisie : Les délétères commisérations de Kadhafi !

Tunisie : Les délétères commisérations de Kadhafi !

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Au rebours de ce qui est communément admis et de ce qui a été le plus souvent enseigné par le sens de l’Histoire s’agissant des révoltes portées par les peuples, celle du jasmin ne semble pas trouver grâce aux yeux de notre voisin du Sud, la Jamahirya, et pour être précis, du chef de sa révolution.

 Sans doute faudrait-il au premier abord mettre cette sortie au compte de ce dont le dirigeant libyen est coutumier et qui lui a valu bien des vicissitudes de la part de ses voisins , proches et lointains, mais l’argumentation échafaudée pour justifier pareille prise de position et les appels qui y ont été attachés constituent , au regards de toutes les normes et les usages politiques et diplomatiques, une ingérence caractérisée et inqualifiable. Et on n’irait pas jusqu’à invoquer les « liens de fraternité et ceux tissés par l’histoire et la proximité géographique » pour se convaincre que semblable analyse, par- delà la harangue politique, puisque le discours du dirigeant libyen est « adressé au peuple tunisien », pourrait fournir un avant-goût de ce qu’il nous prépare en termes d’esprit de suite.

 De l’avis quasi unanime, la flamme sacrée de la révolution étant ce qu’elle est et l’attachement des Tunisiens à leur appartenance à une même nation étant si fort et aux valeurs de liberté et de démocratie si puissant, rien ne pourrait fonder des parties extérieures à, à tout le moins songer s’impliquer dans des menées pour sinon désactiver du moins ralentir cet élan dans lequel se reconnaît le peuple tunisien en son entier.

 Pour celui-ci, l’essentiel semble être de s’affranchir une fois pour toutes et sans espoir de retour du joug sous lequel il a ployé 23 ans durant. Tout le reste, jusques et y compris ce qu’en pensent les autres, est subalterne. Certes, le rituel de l’après révolte peut, en l’occurrence, dérouler ses paradoxes, fragilités et bavures, mais tout porte rigoureusement à croire que le risque est maitrisable de voir survenir des dérives, soient-elles inspirées et téléguidées de l’étranger.

 Car, ce qui doit être indéniable, c’est que la Tunisie est entrée dans un nouvel âge politique s’adossant à une grille de références tout aussi nouvelles et, par bien des côtés, inédites, à l’enseigne desquelles les Tunisiens sauront s’entendre sur ce qu’ils tiennent pour leur intérêt commun et le fil conducteur de leur futur.

 Il conviendrait de s’accommoder de cette nouvelle réalité, et à défaut, en prendre acte, tant et si bien qu’il va être important de se mettre en devoir de l’analyser suivant des paramètres autres que ceux en vigueur jusqu’ici. Et il ne pouvait échapper à personne même aux moins sentencieux des observateurs que ce qui vient de se passer en Tunisie, parce qu’il prend racine dans les ressorts le plus profonds de la dignité du peuple , a vocation a prendre figure parmi les futures constantes des convictions du pays et sa culture politique.

 Dans pareille architecture, ce serait infliger un affront à la multitude et à l’intelligence du peuple que de dire que celui-ci aurait dû attendre encore trois ans pour décider du sort de son président et que « cette agitation se justifierait uniquement si elle débouchait sur l’instauration en Tunisie du modèle politique en place en Libye, la “troisième théorie universelle”, qui constitue l’horizon indépassable de la quête démocratique des peuples. S’il s’agit du but poursuivi à travers les événements en Tunisie, il faut que cela soit clairement affirmé ».

 Autant dire que du mauvais naîtra le pire, ce qui, en première et dernière analyse, est à des années-lumière de ce qui habitait ces dizaines de jeunes martyrs et de bien d’autres qui n’avaient nul autre dessein, au demeurant, noble suprême et mobilisateur, que de vivre libres et dignes.

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