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Tunisie : Marzouki creuse la tombe de Jbali.

Un gros coup de Pub pour un personnage public depuis longtemps en campagne électorale, cette émission d’Hannibal TV sur le président provisoire tunisien Moncef Marzouki. Déjà au pinacle des sondages d’opinion qui le donnent meilleur détenteur de la confiance des Tunisiens, Moncef Marzouki se voit gratifier de plus d’une heure où on ne parle que de lui, où on ne montre que lui et où on ne fait l’apologie, que de ce qu’il fait, ce qu’il pense, de sa vision du présent et de l’avenir, encore fragile, sous valium nahdhaoui et pas encore sous perfusion économique. Une Tunisie, fortement influençable !

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Cette longue interview, non conventionnelle de Marzouki, appelle plus d’une remarque, sur les messages, parfois même subliminaux qu’elle transmet ou qu’elle dégage. Loin d’être une émission aux questions improvisées et aux réponses spontanées, comme tient pourtant à le faire remarquer l’animateur, l’émission était bien compartimentée entre messages politiques, économiques, sociaux et de relations internationales. Voici, en désordre, les principales remarques qu’on pourrait faire et qui démontrent que cette communication dégage un fort relent électoraliste.

 

– Un Président dynamique, en face d’un Chef de gouvernement malade à réplétion.

Dès les premières minutes de l’émission, on voit débouler un président, marchant à pas rapides et décidés, qui respire le dynamisme, laissant loin derrière lui le groupe de son équipe qui le poursuivait avec peine. Un président, en campagne, qui rejoint d’un pas ferme son bureau où l’attendent les dossiers qu’il commence par lire et se met au travail de bonne heure.

Cette image est à mettre en opposition avec celles où il parle de Hammadi Jbali, comme d’un homme fatigué, diabétique, hypertendu (souffre de l’hypertension artérielle) et qui risquerait un jour de «nous mourir entre les bras». Presqu’à chaque fois où il parle de Jbali, comme au Qatar, il évoque un Jbali fatigué et malade. C’est même lui qui révèlera en premier, sa maladie et ses séjours en hôpital.

Lorsqu’on met face à face ces deux images, l’une vue et l’autre suggérée, dans le cadre d’une campagne électorale avant terme, on comprend bien que le seul choix, subliminal, laissé aux Tunisiens, prochains électeurs, est entre un homme qui respire la bonne forme, en face d’un homme toujours malade, les pieds presque dans la tombe !

– Tout va très bien Madame la Marquise !

Tout au long des plus de 90 minutes que durent les images des interviews de Moncef Marzouki, le président provisoire qui s’accroche à sa chaise, refuse de démissionner comme il l’avait promis et se moque de ceux qui l’appellent provisoire et souhaiteraient qu’il «foute le camp » [selon sa propre expression dans le programme TV], n’a cessé de dire aux Tunisiens moyens que «tout est pour le mieux », même si ce n’est pas dans le meilleur des mondes.

C’est ainsi que lui va bien, que le gouvernement va bien, que la troïka va bien, que la situation politique va bien, que l’économie s’améliore. «Les investisseurs font la queue à nos portes et la situation économique s’améliore, les IDE vont de mieux en mieux. Le problème est du côté des Médias. J’ai une image très claire de ce qui se passe et je sais ce que les médias ne savent pas», dit Marzouki aux désespérés prêts à s’accrocher au moindre fil d’araignée. Marzouki nous lit aussi, très sommairement ce qu’il dit être des rapports sur l’état sécuritaire des régions. A l’entendre, tout va bien dans toutes les régions où la presse rapporte des grève, des Sit-in, de la casse, des accrochages. Il n’y a rien de tout cela, selon Marzouki et le pays est calme, finissant par lancer comme un slogan publicitaire bas de gamme : «Le palais de Carthage, l’endroit où se créé l’espoir et où on ne donne pas d’ordres» ! Marzouki en profite même pour répondre indirectement à Maya Jribi, que «tout ceux qui disent qu’ils peuvent changer les choses en 6 mois, sont des menteurs qui trompent les citoyens».

Toujours dans sa logique électorale, Marzouki oublie de dire, lorsqu’il affirme que «tout va très bien Madame la Marquise», que c’est grâce au travail du gouvernement. Là, c’est uniquement lui et la Présidence qu’il met en valeur, non Jbali ou Ben Jaafar qu’il ne citera pas une seule fois durant plus d’une heure.

 

– Somnifère pour la concurrence.

D’abord, cette interview ne cible, ni la classe politique, ni l’opposition et encore moins le reste de l’intelligencia tunisienne. Son contenu et ses messages sont exclusivement orientées vers la grande masse de la population tunisienne, celle qui s’émeut à regarder «Al Moussamah Karim» et les émissions populeusement similaires de Hannibal, celle qui adore se regarder déballer étaler son linge sale en public et se reconnaitre dans ceux qui le font. Sachant très bien que les gouvernants regardaient aussi l’émission et pourraient en retirer les mêmes conclusions que tous les intelligents de la Tunisie, Moncef Marzouki leur sert le somnifère de l’obédience pour la politique du gouvernement dès la 25ème minute de l’émission. «Je soutiens le gouvernement et le Chef du gouvernement » dira-t-il une première fois, avant d’y revenir et de répéter pratiquement, comme une excuse publique, la même phrase mot par mot. Il n’oubliera pas au passage, de désavouer ses conseillers en traitant même leurs déclarations de «adolescence politique».

Il double la dose, de somnifère politique, en défendant que « on ne peut pas faire le bilan d’un gouvernement qui n’a que 5 mois » et que «ceux qui demandent la chose et son contraire, les mesures urgentes et les réformes structurelles, font un faux raisonnement». Tout cela, on s’en doute bien, est orienté vers le gouvernement pour le tranquilliser sur son obédience totale et pour qu’il puisse continuer, calmement et sans mettre le reste de ses confrères à la troïka, en colère, avec le risque même de voter une motion de censure contre lui pour dépassement de ses prérogatives ou pour avoir enfreint les accords de coalition, comme lorsqu’il parle de manière complètement discordante, même avec la voix ou la plume de ses Conseillers. L’avenir politique de Marzouki est en danger, du fait même de la situation d’un Palais sans pouvoirs. S’il l’accepte, il sera, à terme, politiquement enterré. S’il bouge trop, il devra marcher sur une corde raide et faire attention à se mettre en évidence, sans trop éveiller la méfiance !

– Massage au Salafistes : Cool… Nous agirons «en toute justice, pas en toute fermeté».

Toujours en campagne électorale, en perspective des prochaines présidentielles, Marzouki a aussi tenu, à travers «Essaraha Raha» un important message au Salafiste, seule menace réelle pour la Tunisie. Il évite ainsi de les diaboliser, pour qu’il puisse rester en odeur de sainteté avec eux et qu’ils n’en fassent pas un ennemi à abattre. «C’est juste des perturbateurs qui ne représentent aucun danger», dit-il d’eux. Et d’ajouter, en guise de demande de trêve, tout en paraphrasant la célèbre phrase de l’ancien Président tunisien, que «nous agirons en toute justice, pas en toute fermeté». Et lorsqu’on sait que les salafistes de l’affaire Soliman ont été libérés, que les Salafistes de Bir Ali Ben Khalifa font l’objet d’un Sit-in de leurs camarades à Sfax et que beaucoup d’autres, arrêtés dans le cadre d’évènements survenus en Tunisie, ont été libérés avant même de passer en justice, on comprend bien l’avenir que leur réservera la justice de Moncef Marzouki.

– Il noue sa propre toile, autour de l’UGTT.

Il ne fait aucun doute que l’image de Moncef Marzouki, dont les services de communication ont certainement visionné toute l’émission avant diffusion et peut-être même participé au montage, rencontrant de façon «fortuite», un membre influent de la centrale syndicale UGTT, est l’un des moments forts de l’émission.

Adnane Hajji est incontestablement, l’homme fort de tout le bassin minier tunisien. Tout passe par cet homme, les grèves comme les trêves, la «guerre» comme la paix dans cette région qui a été une des plus importantes articulations de la Révolution et qui restera un coefficient important dans l’avenir de la Révolution et partant de la Tunisie de l’après Révolution.

Marzouki ne l’a pas reçu à Carthage. Il ne l’a pas reçu dans sa maison. Il l’a reçu chez des amis, loin des regards officiels. Il nous semble aussi, très improbable que les hôtes de Marzouki à Kssibet Medyouni, ne l’aient pas avertit de cette visite. On ne connait pas l’objet de cette visite, loin des quartiers généraux de l’un et de l’autre, mais nous croyons que la diffusion de cette image recèle un important message. D’abord celui de Hajji à ses ennemis, ensuite celui de Marzouki à ses concurrents politiques. Pour Marzouki, nous croyons que cela cadre aussi, dans sa campagne électorale, d’autant qu’il annonce même une prochaine visite dans le fief de Hajji.

– Immanquablement, Moncef Marzouki a réussi là où Ennahdha a lamentablement échoué. Excentrique, imprudent, un sens aigu du bagou et de la réplique, ne prenant jamais au sérieux le vide de ses prérogatives, présent sur les lieux où ses concurrents sont absents et tirant profit des bévues de la concurrence, Moncef Marzouki a fini par attirer sur lui les lumières et à atterrir même sous les feux de la rampe, comme celles de Julian Assange de Wikileaks.

 

Mieux, il soigne sa communication, choisit ses interlocuteurs journalistes et peaufine son image de président accessible [Il ouvre grandes ouvertes les portes, comme le dit uniquement peut-être, d’un palais qui avait l’image d’un très luxueux bunker et celles de son refuge à Sousse, au milieu d’un quartier somme toute populaire et avec des meubles de Monsieur-tout-le monde], non conformiste [Des costumes à 200 DT comme le dit, qui parle de sa mère, montre ses amis et son neveu, refuse d’exposer sa famille et déjeune chez ses modestes amis], alerte et dynamique [Faisant de la marche à pas rapide avec un commentateur qui le met en exergue et qui se déplace beaucoup dans les régions], la tenue décontractée, un brin délaissé même [Sans cravate et des chaussettes bleus qui attirent l’attention, bien qu’elles soient de mauvais goût à en croire les commentaires sur les réseaux sociaux].

Mais aussi un président qui contrôle tout et donc qui a de l’autorité [Faites un Zoom sur son geste lorsqu’il arrête l’interview ou lorsqu’il ne fait entrer le journaliste qu’au moment où s’allume le voyant vert sur la porte de son bureau], qui ne se préoccupe pas de l’argent [la Tunisie s’en rendra compte lorsque je ferais déclaration de mes biens dit-il en refusant pudiquement de parler de son salaire de Chef d’état] et qui se préoccupe tellement de son peuple qu’il ne dort que très peu [Je dormais mieux en prison disait-il], évitant de blasphémer le symbole bourguibien, mis en évidence depuis la Révolution pour suicider l’image de Ben Ali [Il habite dans une autre aile du palais et refuse de dormir dans le lit de Bourguiba ou de prendre son bureau]. Tout cela, était loin d’être fortuit, mais bien étudié et monté.

Hannibal TV, chaîne populiste avec certains de ses programmes connus et suivis, avait même pris soin de faire un teasing sur les colonnes de certains journaux. Résultat, un audimat de 56.7% des tunisiens, contre 13.3% pour la Watanya 1, éclipsant royalement Rached Ghannouchi.

L’interview de Marzouki, s’inscrit ainsi, sans aucun doute, dans le cadre, illégal, d’une campagne électorale prématurée. Elle vise en premier lieu, son dauphin dans tous les sondages d’opinion sur la confiance de la population dans ses dirigeants, qu’est Hammadi Jbali dont il creuse, calmement, par à-coup, tantôt en le défiant et tantôt en essayant d’endormir sa méfiance, la tombe politique.

A suivre donc !

Khaled Boumiza

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