AccueilLa UNEUIB 2025 : un bénéfice record sous pression structurelle

UIB 2025 : un bénéfice record sous pression structurelle

L’Union Internationale de Banques publie un bénéfice net de 100,8 millions de dinars, en hausse de 17,6 %. Derrière cette performance historique, l’analyse des états financiers arrêtés au 31 décembre 2025 révèle une banque solide mais confrontée à des vents contraires persistants : compression des marges, fiscalité record et qualité du portefeuille encore perfectible.

L’UIB a franchi pour la première fois la barre des cent millions de dinars de résultat net. Le conseil d’administration a approuvé ce cap symbolique le 17 mars 2026, avant de le soumettre à l’assemblée générale ordinaire du 30 avril. La progression de 17,6 pour cent par rapport à l’exercice précédent est réelle, mais il faut regarder d’où elle vient.

Cette performance est due davantage à une normalisation du coût du risque qu’à une amélioration structurelle de l’activité commerciale. Les dotations nettes aux provisions ont baissé de 34,3 pour cent, passant de 71,2 à 48,7 millions de dinars. Cela signifie que la banque ait moins mis de l’argent de côté pour les prêts qui pourraient ne pas être remboursés, ce qui fait automatiquement augmenter le résultat. Mais cela ne signifie pas que la qualité des prêts s’est améliorée de manière significative.

–          Un produit net bancaire en recul : le symptôme central

Le principal signal d’alerte de cet exercice est la baisse du produit net bancaire, qui est l’indicateur de référence de la performance bancaire. Avec 525,5 millions de dinars, il a baissé de 2 pour cent par rapport à l’année précédente, ce qui n’était pas arrivé depuis plusieurs exercices. Il y a deux raisons à cela.

Les marges sur les prêts se sont réduites à cause de la concurrence et de l’évolution des taux d’intérêt. La différence entre le taux d’intérêt moyen pour les prêts et le taux d’intérêt moyen pour les dépôts a baissé de 87 points de base en un an, pour atteindre 2,87 pour cent. Dans un système bancaire où la marge d’intérêt est la plus grande partie du revenu, cette réduction est préoccupante à long terme.

Un autre facteur est la loi 41-2024, qui a obligé la banque à reverser 27 millions de dinars d’intérêts intercalaires à 26 932 clients. C’est un événement inhabituel qui représente à lui seul presque un quart de l’augmentation du résultat net. Sans cela, la pression sur le produit net bancaire aurait été encore plus forte.

En revanche, la diversification des revenus progresse. Les commissions ont atteint 165,4 millions de dinars, en augmentation de 2,6 pour cent, et représentent désormais 31,5 pour cent du produit net bancaire. Les revenus non liés aux intérêts représentent 47 pour cent du produit net bancaire, ce qui montre que les activités de services et la monétique sont de plus en plus importantes.

–          L’efficacité opérationnelle se dégrade

Le coefficient d’exploitation, qui mesure la part des charges dans le produit net bancaire, a augmenté de 50,3 pour cent à 54 pour cent. Cela signifie que les charges ont augmenté de 5 pour cent, alors que le produit net bancaire a baissé de 2 pour cent. La masse salariale, qui s’élève à 206,6 millions de dinars, représente désormais 39,3 pour cent du produit net bancaire, contre 36,9 pour cent l’année précédente. Il faudra être vigilant sur la maîtrise des charges à l’avenir.

La banque subit également une pression fiscale exceptionnellement élevée. L’impôt sur les sociétés, la contribution sociale de solidarité permanente, la CSS exceptionnelle et la taxe conjoncturelle instituées par la loi de finances 2026 portent le taux effectif à 40,65 pour cent du résultat avant impôt. La charge fiscale totale s’élève à 93,3 millions de dinars, soit 92,5 pour cent du résultat net, ce qui montre la pression que les pouvoirs publics exercent sur la rentabilité du secteur.

–          Qualité des actifs : amélioration réelle, vigilance maintenue

Le taux de créances classées a baissé à 9,09 pour cent des engagements totaux, contre 10,12 pour cent l’année précédente. Cependant, ce niveau reste nettement supérieur aux normes internationales, qui recommandent un seuil inférieur à 5 pour cent. Les actifs classés en catégories B2, B3 et B4 représentent encore 710,5 millions de dinars en engagements bilan.

Le taux de couverture global a baissé de 93,6 pour cent à 89,1 pour cent. Cela est dû à des utilisations de provisions sur créances cédées et radiées. Environ 78 millions de dinars de créances classées ne sont pas couvertes, ce qui est un risque à surveiller.

–          Une structure bilancielle solide

Sur le plan de la solvabilité, l’UIB affiche des indicateurs rassurants. Les capitaux propres ont progressé de 7,1 pour cent à 1,078 milliard de dinars, pour un ratio de capitalisation de 12,4 pour cent du total bilan. Le levier financier, à 8,07 fois les fonds propres, est parfaitement maîtrisé. Les réserves accumulées, qui s’élèvent à 799,9 millions de dinars, soit 4,6 fois le capital social, montrent que la banque a une politique de constitution de coussins prudentiels constante.

La liquidité est fonctionnelle. Le ratio crédits sur dépôts s’établit à 90,2 pour cent en net, ce qui signifie que la banque finance ses prêts principalement par les ressources collectées auprès de sa clientèle. Les dépôts à vue ont augmenté de 12,1 pour cent à 2,1 milliards de dinars, ce qui montre que la base clientèle est fidèle et que les ressources à coût faible sont diversifiées.

–          Des risques contingents non négligeables

Les commissaires aux comptes ont soulevé trois points de vigilance. Tout d’abord, le Conseil de la concurrence a condamné l’UIB à une amende de 9 millions de dinars pour des pratiques anticoncurrentielles liées aux intérêts intercalaires Covid. Aucune provision n’a été constituée, car le recours en appel est suspensif d’exécution. Si ce jugement était confirmé, l’impact représenterait 8,9 pour cent du résultat net 2025.

Ensuite, le contentieux social avec la CNSS, portant sur la période 2019-2021, reste partiellement à risque. La provision constituée, qui s’élève à 4,6 millions de dinars, ne couvre pas intégralement la réclamation de 7,4 millions, et une expertise judiciaire est toujours en cours.

Enfin, les auditeurs ont procédé à une révélation de faits délictueux auprès du procureur de la République le 11 mars 2026, à la suite de la découverte de manipulations sur des comptes d’épargne clients estimées à 557 000 dinars.

–          Consolider sans attendre

L’UIB aborde 2026 avec une base capitalistique solide, mais des marges de progression commerciale contraintes. La priorité devra être donnée à la restauration du spread de taux, dans un contexte de stabilisation progressive des taux directeurs BCT, et à la maîtrise stricte du coefficient d’exploitation. L’objectif, même s’il n’est pas déclaré, est de maintenir le cap des cent millions de dinars de résultat net, mais cette fois-ci en s’appuyant sur une dynamique commerciale propre, et non sur une détente du coût du risque. La publication des résultats semestriels sera le premier test de cette trajectoire.

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