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vendredi 18 septembre 2020
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Vote de défiance, non de confiance pour un rescapé de la dernière heure

Tout le monde en parlait  depuis hier. Le chef de l’Etat a tenté, lundi, de pousser certains partis à ne pas donner leur confiance au gouvernement de Hichem Mechichi, en les tranquillisant quant à leurs craintes de voir l’ARP dissoute en cas de vote négatif.

Selon des sources parlementaires, Kais Saïed aurait promis, en contrepartie de ce vote négatif, de confier l’intérim d’Elyes Fakhfakh à un des ministres du gouvernement sortant, et de veiller, entre-temps, à accélérer la mise en place du tribunal constitutionnel et la révision du code électoral. Il sera déçu par eux, comme il l’a été par la « traîtrise » de Mechichi, et en deviendrait presqu’un boulet pour une Tunisie qu’il voulait sauver.

Un vote boomerang, en pleine figure, contre le chef de l’Etat

Les partis présents, lundi à Carthage avec Saïed, ne marcheront cependant pas  dans la combine, et ont décidé, depuis hier soir, de voter la confiance au gouvernement qui n’a pas plu au chef de l’Etat. Le député Hichem Elloumi a d’ailleurs posé mardi 1er septembre 2020 la question à Mechichi à propos de tout ce qui s’était passé lundi avec un chef d’Etat qui n’a jamais caché son refus du régime parlementaire et son total rejet d’un système politique basé sur les partis. Abir Moussi lui rappelle, de son côté, l’incident du ministre de la Culture, renvoyé et réintégré, et appelle Kais Saïed le  président des listes annulées.

Comble de l’acceptation de ce gouvernement, le député Fayçal Tebbini, d’habitude critique acerbe de tout et de rien, et qui inonde cette fois Hichem Mechichi de compliments. Pour le reste, c‘étaient les traditionnelles railleries et pitreries du bloc El Karama notamment, et les éternelles complaintes sur leurs régions.

Incontestablement donc, le vote pour Mechichi a été un vote de défiance envers  le chef de l’Etat, et non celui d’une confiance à un gouvernement qui n’a jamais ressemblé à ce que les députés, toutes tendances politiques confondues, appelaient de leurs vœux : un gouvernement politique où les portefeuilles ministériels seront distribués au prorata des sièges de l’ARP suivant le résultat des dernières législatives de 2019.

Sans le vouloir, Kais Saïed qui tentait de reprendre la main dans la constitution du gouvernement après avoir failli à mettre son candidat Mechichi au pas, a fini par redonner la main, totale à Ennahdha, dans la constitution du gouvernement.
Ce dernier était prévu être indépendant. Il est désormais très probable que son sort soit entre les mains des partis qui ont permis à Mechichi de passer malgré les tentatives du chef de l’Etat de le faire avorter. Indéniablement donc, le vote de confiance à Mechichi est une victoire pour le parti islamiste Ennahdha. Et il ne serait pas impossible qu’Ennahdha signe, d’une manière ou d’une autre, son retour à la Kasbah. Ennahdha, comme l’a dit le député islamiste Samir Dilou, a donné ses voix à Mechichi, pas sa confiance !

Les promesses, sans détails, n’engagent à rien

Sinon, force est de constater que le programme du prochain chef de gouvernement tel que présenté devant l’ARP, a certes été presque purement économique, mais sur les grands principes.  Aucune trace de toute annonce économique majeure et retentissante, qui donnerait le ton de ce qu’il voudrait à toutes les grandes réformes attendues et redresserait les ratios des finances publiques. Et il est juste de remarquer que l’intervention d’Abir Moussi a été plus qu’intéressante, bien qu’entachées par les quelques remarques désobligeantes pour Mechichi. De grosses annonces, comme celles de baisser la pression fiscale pour libérer l’investissement privé. Des annonces, comme de réguler le droit de grève pour tranquilliser les investisseurs étrangers notamment dans le secteur pétrolier. Des annonces, comme d’un ou deux grands projets qui démarreraient sur les chapeaux de roue, pour diminuer la pression croissante du chômage. Des annonces, comme celle d’une rationalisation, pour ne pas dire du gel, de la masse salariale, l’annonce d’un dialogue sérieux et responsable avec l’UGTT pour une année ou plus d’une paix sociale. Des promesses encore, comme celle d’une restructuration de ce qui reste du budget 2020 et de celui de 2021, pour beaucoup plus de dépenses dans l’investissement et moins dans la gestion, et d’arrêter au moins pour une année de profiler le budget sur une base sociale et non purement économique. Des promesses enfin, capables de redonner espoir, aussi bien à ceux qui attendent les grands projets et ceux qui attendent de les terminer et d’en lancer d’autres, comme celles de payer in-situ  la moitié des 8 Milliards DT que l’Etat doit aux entrepreneurs privés qui travaillent pour son compte.

De tout cela, on n’a rien entendu. Les experts de Mechichi ont peut-être bien travaillé, mais sans aucun détail, dans une conjoncture d’une urgence extrême. Urgence économique, micro et macro, et urgence plus urgente dans les finances de l’Etat. Devant une ARP, en majorité consentante mais pas convaincue, Mechichi a martelé que son gouvernement sera celui de l’action. On ne le dirait pas !

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