AccueilLa UNEY a-t-il lieu de trop s’inquiéter pour la Tunisie ?

Y a-t-il lieu de trop s’inquiéter pour la Tunisie ?

La tentation se fait de plus en plus forte chez les Tunisiens, ou du moins une large part d’entre eux, de broyer du noir, de brosser un sombre tableau de leur pays, et surtout de penser que ce sera  le cas pour longtemps encore. Il est vrai que la décennie qui a défilé avec son cortège de tourments, d’échecs et de déconfitures a accentué ce sentiment de frustration  adossé à tempérament général maussade.  Mais vue de l’extérieur, la situation  ne s’analyse pas sous cet angle ni sous ce rapport.

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Une opinion publiée par l’influent site « Bloomberg », sous la signature de l’écrivain Amr Adly, auteur  de « La réforme de l’Etat et le développement au Moyen-Orient »,  soutient que si l »’ordre démocratique tunisien est faible, il est résistant. Certes, l semble incapable de s’attaquer aux nombreuses racines socio-économiques de la révolution de 2011, comme la pauvreté et le chômage élevé et les grandes disparités entre les zones intérieures et côtières.  Toutefois, la prolifération des mouvements socio-économiques et la fréquence des protestations de masse montrent que la sphère publique saisie il y a dix ans continue de s’étendre ».

À l’instar des nombreux cas de démocratisation en Amérique latine qui ont débuté dans les années 1980,  rappelle-t-il, la liberté en Tunisie a signifié un plus grand espace pour la contestation politique et les conflits de classe. Dans l’ensemble  la transition vers un système démocratique permet un conflit social plus libre et plus ouvert. Les travailleurs, les jeunes chômeurs, les femmes, les habitants des quartiers pauvres, des bidonvilles et des communautés rurales ont tous plus de possibilités de s’organiser et d’agir dans la nouvelle sphère publique qu’ils n’en avaient sous un régime autoritaire.

En Tunisie, rappelle encore l’auteur, le régime autoritaire de Ben Ali s’est traduit par une exclusion socio-économique combinée à une intense répression sécuritaire et politique. Il n’est pas concevable que les Tunisiens ordinaires veuillent le récupérer. C’est un témoignage de la résilience du système démocratique en évolution qui, malgré toutes ses faiblesses, aucun des principaux acteurs – l’armée, les élites politiques ou les groupes qui prennent d’assaut la place publique – ne semble vouloir ou pouvoir rétablir un régime autoritaire, se félicite-t-il .

Et de poursuivre : « Les défis actuels de la démocratie tunisienne montrent les limites du changement politique sans perspective de changement économique. L’économie du pays est toujours dominée par les anciens réseaux d’élite. Les promesses de redistribution des revenus, d’amélioration des services publics ou de suppression des obstacles structurels à la création d’emplois et à la croissance n’ont pas été tenues. Il n’existe pas de solutions à court terme à ces problèmes structurels. Mais il est possible de procéder à des réformes rapides dans les domaines de la fiscalité et du soutien de l’État aux grandes entreprises, en rendant les premières plus progressives tout en supprimant les anciens privilèges ».

Une expression institutionnelle pour les conflits sociaux !

Avec le temps, les conflits sociaux devraient trouver leur expression dans les canaux institutionnels tels que les élections, les partis politiques, les organisations de la société civile et les syndicats, ainsi que dans les canaux extra-institutionnels comme les protestations, les campagnes et les organisations de base, ce qui rendrait le nouveau système plus réactif et plus responsable. Toutefois, étant donné le niveau de développement de la Tunisie, le conflit social continuera de s’imposer sur la scène politique.

Dans certaines régions d’Amérique latine,  les conflits sociaux ont trouvé leur place dans la politique formelle et informelle, caractérisée par de fortes oscillations entre la droite et la gauche, la montée des populistes des deux extrêmes et la présence constante de protestations, alimentées par des demandes de redistribution des revenus et des richesses. La Tunisie est peut-être sur la même voie. Les revendications pour l’accès aux opportunités économiques et la redistribution des revenus et des richesses se font plus fortes depuis 2011. Elles resteront la base de la contestation dans un avenir prévisible, conclut Amr Adly.

De l’espoir à l’horizon !

Sous le titre « Il y a encore de l’espoir pour la Tunisie », l’écrivain et éditorialiste Khairallah Kaitrallah, basé à Londres, s’interroge, sans trop y croire, si « la Tunisie est en passe de devenir un État en faillite comme la Libye, le Yémen et la Syrie ».Pour répondre aussitôt que la  question se poserait  si la présence de défenses tunisiennes n’avait pas pu empêcher la chute de l’Etat, contrairement à ce qui s’est passé dans les trois autres pays.

« Ces défenses sont représentées par l’héritage tunisien des institutions étatiques que Bourguiba a mises en place et que Ben Ali a cherché à développer, mais dans le cadre d’un concept qui lui est propre », affirme-t-il  dans une analyse publiée par le site « Arab Weekly » .

On ne peut ignorer l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ni le rôle des femmes tunisiennes qui sont prêtes à défendre leurs grandes réalisations… et ce qui reste de la classe moyenne qui est obligée de défendre son statut, ajoute Kairallah Kairallah. « De ce point de vue, il reste l’espoir d’éviter un effondrement total en Tunisie, où une classe politique ne sait rien de l’importance de l’économie, et où un parti islamiste, comme tout autre parti du même genre, ne cache pas sa soif illimitée de pouvoir », estime-t-il quand même.

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