Moez Labidi met en garde contre le risque d’un processus de décentralisation...

Moez Labidi met en garde contre le risque d’un processus de décentralisation bâclée

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La décentralisation, la nouvelle donne qui doit changer l’approche de gestion des affaires locales, pour passer de la mainmise du gouvernement sur les collectivités locales indépendantes ne cessent de faire débat et d’interpeller les experts en la matière. La décentralisation est-elle vraiment une priorité dans un régime démocratique? Pourrait-on faire mieux au niveau local avec l’affaiblissement au niveau central, ? Et pour le cas de la Tunisie ou en est-on actuellement? Ou on peut y aller avec ce processus de décentralisation?

Moez Labidi, professeur d’économie, membre du Conseil d’Analyse Économique, et président de l’Association DREAM (Dynamique de Réflexion Économique à Mahdia) a fait savoir dans une déclaration, ce jeudi 12 juillet 2018 à Africanmanager, que certes, la décentralisation est incontournable pour améliorer la qualité de vie des citoyens, mais cela suppose que la bonne gouvernance locale  cohabite avec une bonne gouvernance politique.

Selon lui, une décentralisation précipitée, mal ficelée, pourrait saper tout espoir de développement régional. “D’une part, elle pourrait alimenter le dégoût à l’égard de la classe politique, et du coup, plus d’abstentions lors des prochaines élections locales et même nationales. Et d’autre part, elle pourrait devenir  l’alibi du pouvoir central pour cacher l’échec de ses politiques économiques sectorielles (santé, éducation, ..)”

Quant à lui, Hedi Larbi, ancien ministre de l’Équipement et Conseiller du vice-président de la Banque Mondiale a indiqué, lors d’une rencontre récemment organisé à Mahdia à l’initiative de l’Association DREAM, que la décentralisation n’en est une que si trois composantes fonctionnent à savoir ; la décentralisation politique, administrative et fiscale. Pour la décentralisation politique, elle est fondamentale et les collectivités locales, à différents niveaux, doivent également avoir l’autonomie nécessaire pour prendre des décisions en matière administrative.: “Il ne faut pas non plus qu’il y ait des contraintes venant du régional ou du central car cela risquerait de limiter leur efficacité”, a-t-il précisé.

Il a en outre souligné la nécessité de la décentralisation fiscale qui est absolument nécessaire. ” Il faut une autonomie au niveau de la fiscalité. Les collectivités locales doivent avoir la possibilité de gérer leurs affaires financières”, a-t-il dit.

“Ni la démocratie, ni la décentralisation n’apporte seules le développement économique et social. Elles le soutiennent, l’aide et le facilite. Le développement économique et social dépend de la qualité des institutions. Il faut des institutions fonctionnelles, compétentes, qui font le nécessaire. De bonnes lois, de bonnes politiques et surtout une capacité de gestion de ces institutions”, a expliqué Larbi, avant de souligner que du côté de la décentralisation, il n’y a pas de recette valable pour toutes les économies étant donné que chaque économie a ses spécificités, a-t-il précisé.

Il a tenu par ailleurs à indiquer qu’avant d’engager le processus de décentralisation, il faut choisir le bon timing, car une réforme bâclée pourrait s’avérer contreproductive et bien former les acteurs de la décentralisation, pour s’assurer de la bonne gestion du quotidien des citoyens. Outre ces deux conditions, il a fait remarquer que le décideur doit être suffisamment crédible pour garantir l’adhésion de la population à ce processus, et suffisamment fort (une forte légitimité) pour réussir à imposer les bonnes pratiques de gouvernance locale.

Hedi Larbi a dans le même contexte indiqué que de manière générale, pour le cas de la Tunisie, il manque deux éléments à savoir un leadership politique est nécessaire car aujourd’hui, il y a un vide et une redynamisation de  la participation de la société civile. La société civile doit veiller sur le bon déroulement du processus de décentralisation.

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