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Tunisie : Les perspectives de croissance sont bonnes pour l’agriculture et le tourisme, beaucoup moins pour les mines et le pétrole

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“La légère reprise économique enregistrée en 2017 est confirmée au premier trimestre 2018. Le taux de croissance du PIB (en glissement annuel) est de 2.5% et de 1% par rapport au trimestre précédent. Au niveau sectoriel, cette croissance est tirée par les industries manufacturières (+2.4%), l’agriculture et la pêche (+11.9%), les services marchands (+12.5%), l’agro-alimentaire (+16.7%), les industries mécaniques et électriques (+5.3%) et le textile (+0.2%)”, c’est ce qui ressort de la note de conjoncture de l’institut tunisien des études stratégiques (ITES).

Toutefois, la contribution des industries manufacturières est handicapée par le secteur du bâtiment et corollairement des matériaux de construction (-5.3%) suite à la baisse de la demande interne en raison notamment des dispositions de la LF 2018 qui a institué la TVA à 19% sur l’immobilier destiné aux particuliers. Le secteur de la promotion immobilière et corollairement le bâtiment connaît effectivement une crise sévère depuis quelques années. Cette crise se manifeste par la chute des ventes qui sont passées de 16000 unités en 2011 à moins de 9000 unités en 2017, la stagnation des prix du neuf (dans certaines zones il y a une légère baisse), l’augmentation du stock des unités invendues et le blocage des ventes depuis le début de l’année en raison du refus de l’administration fiscale d’autoriser la déduction de la TVA sur les stocks construits avant 2018. S’y ajoute l’augmentation des taux des créances classées des entreprises de promotion immobilière durant les cinq premier mois 2018. En effet, selon la note de l’ITES, les difficultés que connaît le secteur de la promotion immobilière s’explique principalement par l’augmentation du prix de l’immobilier (4,7% pour les loyers et 15,4% pour l’entretien et la réparation des logements), l’augmentation des taxes avec l’instauration d’une TVA de 13% sur les ventes destinées aux particuliers et la détérioration du pouvoir d’achat des acquéreurs en raison du rythme de croissance de l’IPC comparativement aux taux d’augmentation salariale depuis 2011 (un taux d’inflation global de 7,7% en mai 2018). Autre facteur non moins important, la baisse des capacités de financement en raison de l’augmentation du taux d’intérêt des crédits bancaires.

Au total, l’ensemble du secteur est engagé à + 4000 MD à l’égard du secteur bancaire. Ces difficultés ont amené la majorité des établissements de crédits à revoir leurs stratégies d’engagement dans le secteur. Ces stratégies se sont traduites essentiellement par un durcissement des conditions de financement, une sélectivité accrue des projets et une révision des quotités accordées. Ce qui renforce le risque de procyclicité qui pourrait conduire à l’aggravation de la situation des promoteurs immobiliers en particulier les plus fragiles d’entre eux.

La croissance économique est aussi pénalisée par la contribution du secteur minier à cause surtout de la baisse de la production du phosphate (-38% par rapport au premier trimestre 2017). De ce fait, la valeur ajoutée des industries chimiques s’est trouvée négativement affectée (-24%). Enfin, la baisse (de moitié par rapport à 2010) de la production de pétrole est une véritable perte sèche pour la croissance de l’économie nationale.
Le tourisme, avec un accroissement des flux, a concerné en particulier les Européens. Les ressortissants des pays du Maghreb gardent une tendance haussière quoique à un rythme moins accéléré pour les Algériens et les Libyens. Selon les données relatives aux « paiements extérieurs » publiées par la BCT, les recettes touristiques, au terme des cinq premiers mois de 2018, ont augmenté de +28.4% (en glissement annuel).

L’ITES a dans le même contexte noté que les perspectives de croissance pour le reste de l’année sont bonnes pour le tourisme et l’agriculture. Ces deux secteurs sont cependant volatils et leur contribution à la croissance n’est pas à l’abri d’un quelconque choc non anticipé. Autrement dit, la reprise pourrait s’avérer fragile. L’atteinte de l’objectif de croissance de 3% fixé par le gouvernement est dès lors difficile à atteindre, sans un soutien de l’investissement, le moteur essentiel de la croissance.

Ainsi, la croissance économique pour le reste de l’année est aussi tributaire de la reprise sans discontinuité de la production de phosphates et dérivés.
Le secteur du bâtiment et de l’immobilier fragilisé par les nouvelles mesures fiscales et la rigueur de la politique monétaire pourrait négativement impacter la croissance pour le reste de l’année.

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