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Tunisie : Une croissance qui coûte cher !

La croissance est repartie, mais peu, en tout cas loin de ce qui indispensable pour remettre en marche la machine économique. En progressant d’à peu près 1% par rapport à ce qu’il était l’année dernière, son taux pour les 9 premiers mois 2017, c’est-à-dire 1,9%, marque une avancée qui jure avec les chiffres dérisoires voire lamentables des deux années précédentes. Fin novembre, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, assurait que la Tunisie finira l’année sur une croissance entre 2,2 et 2,3%. Un pari qui serait tenu pour être en conformité avec les estimations à la fois du Fonds monétaire internationale et de la Banque mondiale, et déteindre sur l’exercice 2018 pour lequel il est prévu un taux de 3%.

Au contraire de ce que l’on attendait, la croissance n’a pas eu pour locomotive le secteur agricole et la production du phosphate, mais essentiellement les industries manufacturières et les services marchands qui y ont concouru respectivement à hauteur de 2,1% et 1,3%. Pourtant, il y avait de quoi espérer que la production du phosphate devrait amorcer une reprise à la faveur des mesures décrétées au bénéfice du bassin minier. Mais la réalité était tout autre. La production a même baissé et continuait de dégringoler à cause de son arrêt dans la région de Metlaoui toujours aux prises avec des mouvements de protestation et des revendications sociales.

Hormis ce léger rebond de la croissance, tous les autres indicateurs de l’économie tunisienne se sont détériorés qu’il s’agisse de l’inflation, du déficit commercial, ou de l’endettement. La hausse des prix a été celle qui a fait le plus de mal au pouvoir d’achat du Tunisien. Le taux d’inflation a explosé pour atteindre 6,3% en novembre de cette année contre 5,8% un mois plus tôt. Et ce sont les prix libres qui se sont enflammés le plus pour grimper à 7,2%. En cause, ceux des produits alimentaires (+10,2% en novembre, en glissement annuel contre +8,4% en octobre), surtout pour leur composante transformée (11,5% en novembre contre 10,8% en octobre 2017 et seulement 3,1% en novembre 2016).

Des déficits exponentiels

Toujours aussi exponentiel, le déficit de la balance commerciale a atteint un niveau inédit et historique, 14,362 milliards de dinars contre 11, 628 MDT, une année auparavant. C’est que les importations totales se sont accrues à un rythme plus accentué que celui des exportations, soit 19,2% et 17,3%, respectivement, se traduisant par une détérioration du taux de couverture (68,3 points de pourcentage contre 69,4 points à fin novembre 2016). Le déficit commercial record porte la marque, essentiellement, du maintien des déficits de la balance énergétique et celui de la balance alimentaire à des niveaux élevés, soit -3,829MDT et -1,338MDT respectivement », explique la Banque centrale. C’est d’autant plus insupportable que ce déficit est « payé » en devises.

Le déficit courant est à l’avenant. Il est monté à 10% du PIB et s’oriente vers les 11%, alors que la norme internationale est de 3%. C’est ce qui fait dire à l’Institut d’émission que l’ampleur de ce déficit met de la pression sur le marché des changes qui souffre d’un déficit structurel de ressources en devises, induisant davantage de pressions sur le taux de change du dinar et sur la liquidité bancaire.

Encore un « niveau historique » !

Troisième écueil sérieux, la dette dont le service a atteint, lui aussi, le niveau historique de 6,349 milliards de dinars au terme des 10 premiers mois de 2017, contre 3.990 MDT à fin octobre 2016, en augmentation de 59,1%. Mais ce qui attend la Tunisie est beaucoup plus dévastateur avec les besoins croissants d’emprunts à l’étranger alors que le pays figure sur la liste des paradis fiscaux de l’Union européenne, et que la 3ème tranche du prêt du Fonds monétaire international ne sera déboursée, dans la meilleure des hypothèses, qu’en février 2018. Autant dire que le risque à court terme le plus pressant tient à la viabilité de la dette, étant donné que la solution de référence pour une dette déjà élevée suppose un assainissement des finances publiques, une demande comminatoire du FMI aux côtés d’autres « réformes » que le gouvernement est en grande peine de conduire.

Certes, comme l’atteste la Banque mondiale, le gouvernement déploie des ressources pour améliorer la sécurité, mais le niveau élevé du chômage des jeunes, notamment dans les régions à la traîne, peut induire des tensions sociales, qui restent l’un des principaux risques dans le pays depuis la révolution. Le gouvernement est également confronté à la difficulté à trouver un équilibre entre la stabilité sociale et la nécessité d’assainir les finances publiques, notamment dans la fonction publique, les pensions, les subventions, les entreprises publiques et les réformes en faveur de la concurrence. En outre, la mise en œuvre des réformes pour stimuler la création d’emplois et l’esprit d’entreprise est essentielle pour débrider le dynamisme du secteur privé et relancer la croissance.

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