Il aura beau essayer de lui serrer les mains dans l’étau du contrôle, le chef du gouvernement tunisien ne devrait pas terminer l’année 2017 en bons termes avec les prix, dont l’indice semble courir plus vite que les visites inopinées et les saisies de marchandises dans les entrepôts frigorifiques de Youssef Chahed et son ministre du Commerce. Les deux n’avaient pourtant pas craint de se frotter aux opérateurs des marchés de la distribution, pour essayer d’exercer le peu de pression qu’il reste à leur statut de hauts responsables de gouvernement.

Ce n’est certainement pas le pire cas de figure que l’inflation ait connu. En 1982, l’inflation avait grimpé à 14,1 % ; en 1992, elle était à 8,4 % et avait même connu un 3,6 % en 2012. Pour 2017, le gouvernement de Youssef Chahed avait terminé ses quatre premiers mois d’exercice 2016 avec une inflation de 4,2 %. Fin août 2017, après un an jour pour jour de GUN (Gouvernement d’union nationale), l’inflation était déjà à 5,7%. L’exercice 2017 sera d’ailleurs celui de la non-maîtrise de l’inflation pour Chahed et ses différents ministres du Commerce. Force est donc de remarquer que Youssef Chahed s’était mis à la lutte contre l’inflation un peu tard.

  • Une gestion de la hausse des prix par la communication

On pourrait ainsi imaginer que si le chef du gouvernement tunisien s’était réveillé à cette lutte, depuis janvier dernier, tenu compte de l’impact des hausses des salaires sur les prix, ainsi que de la dépréciation du dinar sur divers intrants, fait et refait ses visites surprises aux différents marchés de gros du pays, et s’attaquer plus tôt aux entrepôts frigorifiques, l’état de l’indice des prix serait autre. On pourrait aussi imaginer que s’il s’était mis à confisquer plus tôt les milliers de tonnes de fruits et légumes pour les réinjecter dans les circuits légaux de distribution, leurs ardeurs se seraient calmées depuis l’été dernier. On pourrait, enfin, sans que ce soit la fin, imaginer que s’il avait réuni plus tôt les patrons des grandes surfaces et réuni même les petits vendeurs de fruits et légumes et les épiciers de quartier, le glissement des prix n’aurait pas continué de manière aussi débridée et l’inflation, au moins pour les produits agricoles, aurait été mieux maîtrisée.

Youssef Chahed avait déjà présidé depuis le 6 février 2017 une séance de travail consacrée à la discussion sur les prix des produits de consommation, des circuits de distribution et de la préservation du pouvoir d’achat des citoyens. C’était le temps de Zied Laadhari et Fayçal Hafiane au ministère du Commerce et l’inflation n’était alors qu’à 4,6 %. Depuis, elle n’a pas baissé. Deux mois plus tard, elle grimpait de 0,2 points.

En octobre dernier, le ministère du Commerce apportait même un démenti aux plaintes des consommateurs d’une hausse des prix et affirmait qu’il «lance quotidiennement de vaste campagnes de contrôle économique sur tous les points de vente de produits de consommation, couvrant tout le territoire de la République. Cette mobilisation a pour objectif de protéger le consommateur, surtout durant la période d’intersaison et de lutter contre les pratiques de monopole et l’augmentation illégale des prix de vente des légumes et fruits». Octobre dernier aussi, nombre de citoyens se plaignaient de la hausse des prix des légumes, et nouveau démenti et nouvelle promesse que les prix reviendront à la baisse. En octobre, la hausse reprenait et l’inflation aussi.

Si les promesses avaient été alors tenues, le chef du gouvernement n’aurait peut-être pas été obligé de se lever très tôt pour aller encore une fois à Bir El Kassaa. Mais, on ne refait pas le monde avec des Si !

  • 6% d’inflation d’ici fin 2017 et plus en 2018, estiment des sources d’AM

Visiblement, pris à la gorge par les différentes urgences – politiques, politiciennes, économiques, financières et sociales -, le chef du gouvernement a choisi une gestion à grands coups de communication éclairs et des coups de poing médiatiques. Mais ne dit-on pas que «la corde du mensonge est courte» ?

Cette campagne antihausse des prix, faut-il le rappeler, est intervenue dans une conjoncture interne où de plus en plus de voix s’étaient élevées demandant le départ de Youssef Chahed et au moment où ses détracteurs avaient cru tenir, dans le projet de la loi de finance 2018, le bon filon pour serrer l’étau autour du chef du gouvernement tunisien et le pousser vers la sortie. Aussi, est-il désormais permis de croire que ce n’était là que de la simple communication. Dans le cas contraire, même si nous croyons que la marge de manœuvre de Chahed est très restreinte en matière de prix, les prix se seraient au moins stabilisés à 5 %, ce qui ne fut pas le cas.

En octobre 2017, l’indice de prix à la consommation a connu une augmentation remarquable de l’ordre de 1.1% par rapport au mois de septembre 2017, et ce en raison notamment de l’enrichissement des prix du groupe alimentation et boissons de 1.0%, suite à l’augmentation des prix des légumes et des fruits frais. De même, les prix des articles d’habillement et chaussures ont augmenté de 4.9%.

Avec l’approche du mois de décembre, mois de consommation, notamment pour la fiesta du jour de l’an et les départs en vacances de fin d’année, la Tunisie devrait terminer l’exercice 2017 avec une inflation plus proche du 6 % que du 5 %, selon des sources officielles qui se sont confiées à Africanmanager (AM) et qui préfèrent garder l’anonymat. Le trend haussier de l’inflation ne devrait pas non plus s’inverser en 2018, une année où l’impact des prochaines hausses de TVA à tous les échelons devrait être plus important, cela sans compter d’autres hausses de prix d’un très important nombre de produits et services.

Khaled Boumiza

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