AccueilLa UNE28% des entreprises sont politiquement connectées en Tunisie

28% des entreprises sont politiquement connectées en Tunisie

Au 1er trimestre 2022, le taux de chômage aurait baissé à 16,1 %. Et l’INS d’expliquer cela- non pas la baisse du nombre des chômeurs qui ne seraient plus que 653 mille 200, mais la hausse du nombre des occupés- par « l’amélioration de la situation sanitaire dans le pays après le pic de l’épidémie de Covid-19 à l’été 2021 ». On comprendrait alors qu’il n’y aurait pas de nouvelles créations de postes d’emploi, mais peut-être simplement reprise du travail par ceux qui avaient été mis en chômage technique à cause du Covid-19, et que la baisse d chômage n’était qu’artificielle.

–          L’emploi est ailleurs … dans l’informel

Africanmanager a essayé de faire parler l’INS sur cette baisse artificielle. Mais comme « Gaston qui ne répondait au téléfon » dans la chanson de Nino Ferrer, personne ne répondait à l’Institut National de la Statistique qui semble continuer sa grève, au moins de zèle, dans un pays où la communication est prise en otage à Carthage et La Kasbah, au grand dam des journalistes.

Il n’en reste pas moins important de noter que l’indicateur du chômage en Tunisie ne tient pas compte de l’emploi informel, qui n’est pas déclaré. Il reste non sécurisé, pas toujours bien payé, mais offre toujours de l’emploi.

D’après une enquête conduite par l’Institut National de la  Statistique sur l’emploi informel en Tunisie, et publiée en septembre 2020, 1,598 million de personnes ont travaillé dans le secteur informel, lequel représente selon la même source 44,8% des emplois en Tunisie. Toujours selon la même enquête, pour le quatrième trimestre 2019, c’est le secteur de l’agriculture et de la pêche qui demeure le plus touché par l’informel, soit 85,6% des employés ne sont pas déclarés, ensuite 69.2% pour le secteur du bâtiment et des travaux publics, suivi du commerce 64,7%.

–          Le peuple veut être fonctionnaire, ou rien !

« Aujourd’hui, aucun programme n’est plus important pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) que la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité, surtout pour les jeunes. Plus de la moitié de la population de la région (environ 250 millions de personnes) est âgée de moins de 30 ans. Ces personnes sont de plus en plus instruites et ambitieuses, regardent leurs pairs dans d’autres régions du monde et réclament des conditions de vie décentes et de meilleurs services publics ». C’est ce qu’affirme, à juste titre pour la Tunisie, un rapport de la Banque Mondiale intitulé « Le défi de l’emploi, repenser le rôle des pouvoirs publics envers les marchés et les travailleurs ».

En Tunisie, ce défi-promontoire pour tout candidat aux présidentielles n’a pas été encore relevé. La conjoncture internationale, dont dépendent beaucoup de secteurs économiques, la conjoncture économique locale, avec un Etat en très grosses difficultés financières, et un secteur privé méprisé par le chef de tout l’Etat qui lui fait cabales, financière, judiciaire, ne le permet pour l’instant pas.

Qui plus est, lorsque le chef de tout l’Etat ne s’y intéresse pas, et lorsque le ministre de l’Emploi qui refuse toute interview s’y intéresse, il en est réduit à utiliser certains réseaux sociaux pour recommander quelques petits emplois. La Dg de l’ANETI ne veut pas non plus  parler d’emploi.

L’emploi en Tunisie, c’est, depuis ladite résolution d’un jasmin, après dix ans flétri et pourri, l’affaire de l’Etat. Ce dernier voudrait arrêter de recruter, mais ne le peut pas. Et d’ailleurs, c’est même « le peuple-veut » qui le revendique. L’emploi en Tunisie devient outil politique, soit pour accéder au pouvoir, soit pour y rester.

–          L’emploi, une affaire de politiciens, avant et pendant l’ère Saïed

Dans une enquête sur les entreprises et l’emploi réalisée par  la Banque mondiale, cette dernière s’était intéressée aux liens qu’entretiennent les entreprises avec les milieux politiques. Son rapport sur les défis de l’emploi révèle « qu’environ 8 % des entreprises de la région MENA, en moyenne, ont affirmé que leur propriétaire, directeur général ou principal gestionnaire (ou l’un des membres de leur conseil d’administration) avait été élu ou nommé à un poste politique dans le pays concerné. Les chiffres varient d’un pays à l’autre, la part la plus élevée étant de 28 % des entreprises politiquement connectées en Tunisie ». Des milliers de postes d’emploi dans la fonction publique ont été offerts pendant les gouvernements, directs et indirects, d’Ennahdha « pour des chômeurs peu qualifiés et de longue durée, afin d’éviter les tensions sociales », rappelait récemment un rapport de l’OCDE. Et l’organisation économique occidentale de remarquer que « l’amnistie générale de 2011 a permis aux fonctionnaires qui avaient perdu leurs postes pour des raisons politiques, de les réintégrer, et ce avec la mise à jour de leur trajectoire de carrière, y compris toutes les promotions ».

–          L’emploi n’est pas la tasse de thé du président qui se voit Roi 

Sinon, comme le confirme la BAD (Banque africaine de développement) dans un récent rapport intitulé « transformation économique structurelle et appui à la compétitivité des créneaux porteurs en Tunisie », « la croissance économique enregistrée n’a pas permis de répondre à la demande croissante d’emplois qualifiés favorisée par des politiques d’éducation ambitieuses. En effet, cette croissance économique s’est révélée incapable de créer des emplois décents permettant d’absorber des taux de chômage de plus en plus élevés (11% en 2010 et 15,3% en 2013), en particulier celui des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur (30% en 2010 et 33,4% en 2013). L’ouverture progressive de l’économie tunisienne lui a permis de réaliser une croissance économique impulsée par les exportations, mais celles-ci sont restées cantonnées à des activités à faible valeur ajoutée ». La Tunisie de Kais Saïed ne lit pas ces rapports, et s’intéresse peu à la création de valeur ajoutée. Le chef de tout l’Etat a jusque-là la tête ailleurs, dans les nuages de ses rêveries d’une démocratie où il sera seul roi !

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