Béji Caïed Essebssi vient de présenter la démission de son gouvernement. Il n’était pas allé seul chez Mbazzaa, mais en équipe en guise de symbole d’une démission collective. Un geste que certains observateurs de la scène politique tunisoise décryptent comme une réaction d’orgueil contre le comportement de certaines parties du pouvoir désormais en place.
Une semaine après la première réunion de l’Assemblée Constituante et l’accession au perchoir de Ben Jaafar, il n’y a toujours pas de gouvernement pour la Tunisie. Et si cela déplaît à quelqu’un, cela ne peut être que Moncef Marzouki qui ne prend toujours pas le chemin de Carthage, comme il tenait à le faire, et avait même tenu à l’inscrire, noir sur blanc, dans un contrat pour s’assurer que ses comparses du triumvirat ne reviennent pas sur leur parole.
Entretemps, les négociations continuent bon train dans le souk politicien tunisois, sans qu’aucun journaliste n’ait pu avoir une date précise pour la fin de l’attente pour la population. Des noms sortent ou sont donnés en pâture aux journalistes, comme autant de ballons d’essai, selon les observateurs.
D’abord celui de Kamel Nabli au poste de 1er ministre en oubliant qu’il a été nommé pour 6 ans à la BCT qui est une institution indépendante du gouvernement. Cela, avant que Hammadi Jbali n’annonce sa propre candidature au même poste, sans attendre que le président, que la constituante qui ne s’était pas encore réunie pour «l’élire», fassent appel à lui pour former un nouveau gouvernement.
Dans toutes les démocraties, cela se passe ainsi. Le président qui présente sa démission de la présidence de son parti et fait appel à un premier ministre, lequel commence alors ses tractations. Rien de tout cela dans la nouvelle démocratie tunisienne. Chez nous, en effet, tout est fait avant même la fin des élections. Un premier ministre autoproclamé, deux présidents qui se sont auto-partagé les fauteuils, sans démissionner de leurs anciennes fonctions, et des postes ministériels en appel d’offres restreint.
Ce sont ensuite des noms, comme Samir Dilou pour les Affaires étrangères, Noureddine Bhiri pour l’Intérieur après que certaines sources ont évoqué le maintien de l’actuel Habib Essid, soutenu par les hauts cadres de son ministère, ou Jalloul Ayed qui aurait accepté de rester aux finances avant qu’on nous fuite que ce serait un autre haut cadre de ce même ministère.
Et le florilège de noms continue, toujours dans la même optique de partage des sièges entre les membres du triumvirat. C’en est ainsi de Abderrazak Kilani pour le ministère de la Justice, de Moncef Ben Salem pour les Affaires sociales, de Samir Ben Amor pour le Transport et l’éEuipement, de Abdellatif Abid pour l’Industrie et les TIC ou encore de Khalil Zaouia pour la Santé. Tout cela dans un déni incompréhensible des us et coutumes démocratiques qui veulent qu’on prenne contact avec les candidats avant de fuiter insidieusement leurs noms pour les journaux et aussi, dans un total manque de transparence et de communication, pour trois partis (Ennahdha, Ettakattol et le CPR) qui s’étaient toujours insurgés, lorsqu’ils étaient dans l’opposition à Ben Ali, contre ces mêmes pratiques.
Sans foi en les véritables valeurs de la démocratie que les trois partis dictatoriaux ont utilisée pour revenir dans la politique et en accaparer les sièges, sans loi puisque le triumvirat ne semble se soucier d’aucun règlement, oral ou écrit, les tractations pour le nouveau gouvernement se poursuivent ainsi en Tunisie. L’accouchement est dur, vraisemblablement un accouchement par le siège [suivez notre regard], en espérant qu’il ne nécessitera pas une césarienne !
Khaled Boumiza








