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Aux grands maux, les grands remèdes. Sauf que …

En Tunisie, et depuis des décennies, la corruption est une culture, ancestrale, érigée en système de gestion, et de la vie politique et du système des affaires, c’est un fait. Lutter contre la corruption, publique et privée, dans toutes déclinaisons de prévarication, extorsion et détournement de fonds par tous les moyens y compris le chantage, est une noble cause pour tout dirigeant honnête, même si cela ressemble parfois à vider l’océan à la cuillère.

  • De l’Inlucc à la réconciliation pénale

En Tunisie, il y avait d’abord, la Commission nationale de lutte contre la corruption (INLUCC). Créée en 2011, son siège est fermé en août 2021, moins d’un mois après l’accès au pouvoir de Kais Saïed. En octobre 2022, le président Saïed a nommé par décret Nadia Saadi à la présidence par intérim de l’INLUCC, mais l’avenir de l’organisation reste incertain, et personne ne sait ce que fait cette Commission, et sans que la présidente de son ancêtre, l’IVD, ne soit inquiétée contrairement au deuxième qui l’a été.

Manifestement mécontent des résultats de l’Inlucc, le chef de tout l’Etat tunisien l’avait remplacée par une autre Commission appelée « Commission de la réconciliation pénale ». Un concept un peu étranger, qui ressemble  au système de « la carotte et le bâton », une expression « probablement tirée de l’allemand « Zuckerbrot und Peitsche », ou « le pain sucré et le fouet », lui-même expliquant la politique d’Otto von Bismarck concernant les socialistes », selon le dictionnaire de Wikipédia.

Dans son dernier rapport sur les libertés en Tunisie qui y a un score de 51% attribué  par « Freedom House », un autre « أمّك صنّافة » qui parle aussi de la lutte anticorruption en Tunisie, les mesures prises par Kais Saïed pour éradiquer la corruption au sein de l’establishment politique, « ont conduit les critiques à accuser le président d’instrumentaliser les efforts anti-corruption pour éliminer ses ennemis politiques ». Etant un journal économique, nous parlons ici du volet économique et financier de la lutte anti-corruption en Tunisie.

Kais Saïed, chef de tout l’Etat tunisien a eu le courage, politique et personnel, d’entamer cette « guerre de libération » comme il aime à l’appeler. Et à le voir faire, on est tenté de croire qu’il fait bien d’appliquer l’adage disant « Aux grands maux, les grands remèdes ».

Or, dans toute guerre, même si elle est livrée  à une pandémie sociale comme le « Fassed » et la corruption et la prévarication, il y a l’art et la manière.  Dans ses Lettres anglaises, Voltaire avait dit que « Il faut bien quelquefois se battre contre ses voisins, mais il ne faut pas brûler ses compatriotes pour des arguments ». 

  • Epuration ou destruction ?

Recevant, en juillet 2021 le président de l’organisation patronale Utica, Kais Saïed annonçait à Samir Majoul que « seuls 460 hommes d’affaires sur les 150 mille adhérents de l’Organisation patronale sont impliqués dans des affaires de spoliation de l’argent public et qu’ils sont redevables d’un montant de 13 500 milliards », se référant au Rapport de la Commission nationale sur la corruption et la malversation de 2011 qui est pourtant un document équivoque et dépassé par les évènements.

Des hommes d’affaires, comme Chafik Jarraya depuis de longues années, Mohamed Frikha ou Kamel Eltaïef depuis plus d’un an, par exemple, croupissent déjà en prison sans procès publics. D’autres font la navette entre Mohamed V (siège du pôle judiciaire) et El-Aouina. D’autres encore, comme tout récemment Ridha Charfeddine et avant lui Abderrahim Zouari, n’ont pas trop résisté à la prison, et ont fini par passer à la caisse et signer le chèque demandé.

En attendant, c’est la peur dans la ville, dans une conjoncture où il règne un climat d’appréhension dans les cercles économiques. Un climat qui n’est pas propice à l’investissement et à la création de l’emploi dans un pays qui dilapide ses ressources en dépenses non-créatrices de richesses.

Un concessionnaire automobile qui avait franchi le pas vers le domaine plus valorisant du montage car plus créateur d’emplois, aurait décidé de fermer les  portes de ses ateliers de montage avec les centaines d’emplois à détruire, et qui se retrouve interdit de voyager pour développer ses autres affaires.

Un fabricant de médicaments, en prison pendant plusieurs mois après avoir été baladé de structure en structure pour les besoins d’enquêtes diverses, est enfin laissé en état de libération conditionnelle après avoir accepté de passer à la caisse de la réconciliation pénale pour le compte de la Douane. Et il ne serait pas le seul à signer le chèque après un passage par la case prison. A croire que c’est désormais devenu l’outil principal d’un Etat aux abois face à la précarité de ses moyens pour continuer à payer les salaires et importer ses céréales et son carburant.

Un ancien Pdg de banque qui aurait donné crédit sans garantie pourrit toujours en prison dans le silence de ses accusateurs, alors que rien n’oblige aucune banque à exiger une garantie. Un ancien haut responsable aurait été interdit de voyage pour avoir signé un document de transaction financière. Un autre avait été un temps emprisonné après avoir payé le rachat d’une institution financière étrangère. Et la place économique tunisienne foisonne de pareils « informations », toujours non-officielles et dans le mutisme des fonctionnaires de la justice. Et d’autres encore dans le même cas, et on ne sait pas si cette situation est légale, et si cela apportera une quelconque valeur ajoutée à l’économie du pays. A croire que pour eux, tous les hommes d’affaires et autres responsables, financiers et économiques, sont des voleurs en attente d’accusations précises pour les maintenir en prison.

  • Le chèque ou Mornaguia !

D’autres sont déjà en prison, sans jugement, certains depuis plus d’un an, sans que les fonctionnaires de la justice n’en pipent mot. Certains seraient impliqués dans des affaires de complot. Mais cette notion devient tellement large et expansive qu’on ne sait plus exactement de quoi ils seraient accusés.

Et on se demanderait presque si la nouvelle Tunisie ne chercherait pas à embastiller toute l’ancienne classe des affaires (Dans le cas tunisien on pourrait dire « emmornaguiller », en référence à la prison de Mornaguia devenue haut-lieu de mise sous séquestre administratif de tout ce qui serait riche), en guise de First-Step d’un changement de modèle entrepreneurial en Tunisie.

Sans vouloir remettre en cause le bien-fondé des accusations, ni la réalité des faits des uns et des autres, force est de penser que mêmes si les intentions sont nobles en matière de lutte contre la corruption et la prévarication, l’action souffre du manque de l’art et de la manière, pour appliquer la justice, sans détruire les richesses créées, et le potentiel en place pour créer ces richesses, sans risque d’enraciner la peur d’entreprendre par l’exemple donné par ce procédé du bâton et de la carotte et où les deux mots ne représentent que la sortie de prison. 

Il faudrait aussi, à notre avis, que la justice soit juste dans ses procédures, même contre l’avis de l’autorité politique, et respecte scrupuleusement les droits, tous les droits de chacun, et que le droit appliqué à la mode politique de la terre brûlée, n’apporte que de la destruction. Voltaire disait aussi, « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

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