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Baroud d’honneur d’Alert contre la rente bancaire

Il n’y a en principe aucun mal à ce que des sociétés commerciales empruntent  toutes les voies légales offertes pour faire des bénéfices et prospérer.

Cependant, l’ONG tunisienne Alert a cru pouvoir le reprocher aux banques tunisiennes qui ont accepté de placer leur argent pour acheter des obligations émises par l’Etat sous forme d’emprunts obligataires en vue de financer ses budgets en 2022 et 2023.

Or, le placement des fonds et des avoirs en argent dont on dispose en vue de les fructifier et de s’enrichir est une opération très répandue et très pratiquée partout dans le monde, à tous les niveaux, en allant des simples citoyens aux plus grands groupes et cartels de banques et de firmes industrielles et commerciales.

Comme on le sait, les revenus réalisés par ces opérations de placement  s’appellent des rentes. Certains placent dans l’immobilier, d’autres dans l’achat des obligations, d’autres dans des participations et des actions de bourse.

En achetant les obligations étatiques, les banques tunisiennes font donc des bénéfices à travers des rentes dites « rentes bancaires ».

Justement, dans une étude relayée le 21 juillet 2023 par l’Agence Tunis Afrique Presse, l’ONG  Alert a estimé que « La rente bancaire constitue le principal obstacle des politiques monétaires en Tunisie, lesquelles sont caractérisées par leur incapacité et leur échec à atteindre les objectifs souhaités ». .

L’organisation Alert a expliqué cette situation dans son étude présentée au début de cette semaine, par plusieurs causes, dont le caractère structurel du phénomène de l’inflation en Tunisie,  le fonctionnement du système financier tunisien, et l’incohérence des politiques monétaires de la Banque centrale de Tunisie.

Elle a précisé que le phénomène structurel de l’inflation est dû au déficit structurel du budget de l’Etat causé par  la dépendance structurelle de l’économie tunisienne des importations financées par des prêts extérieurs face au blocage des secteurs productifs, à l’instar du secteur agricole devenu incapable de couvrir la demande intérieure et d’un marché intérieur régi par les monopoles, et échappant aux règles de la saine concurrence.

A cet égard, le diagnostic d’Alert concorde, sur ce point,  avec celui de la Banque mondiale qui, dans un rapport sur la situation économique en Tunisie qui a défrayé la chronique, en avril dernier 2023, a déploré les nombreuses « barrières à l’entrée » de nouveaux  acteurs économiques dans les activités économiques en Tunisie.

Les barrières à l’entrée demeurent une entrave importante freinant la croissance, selon ce rapport de la BM qui note qu’au niveau du secteur privé, plus de 50 % de l’économie tunisienne consiste en des activités assujetties à des restrictions à l’accès. Parmi ces restrictions, on peut citer les cahiers de charge, les licences d’exploitation, les autorisations administratives, etc. »

Exclusion

La BM ajoute que « les réformes économiques n’ont pas contribué de façon mécanique à l’émergence d’un marché transparent caractérisée par la libre entrée (et sortie) et la liberté de circulation des facteurs de production. Les pratiques de captation des rentes demeurent protégées par d’innombrables barrières à l’entrée, empêchant l’émergence de petites et de moyennes entreprises (PME). Ainsi, une grande partie des jeunes tunisiens se sentent exclus du processus de création et de partage de la richesse.

 « Les cahiers des charges dans certains secteurs sur-règlementés en Tunisie ainsi que le degré de qualification exigé peuvent décourager les jeunes entrepreneurs. Un exemple parmi d’autres est celui de l’autorégulation exercée par les groupes interprofessionnels (GIPs) dominants notamment dans la filière des dattes. Ils ont le pouvoir de déterminer les conditions d’entrée d’autres concurrents à un marché commun ».

En ce qui concerne la structure du système financier et le financement, l’étude de l’Organisation Alert a montré que le système financier tunisien a entrainé deux types de demandeurs des services bancaires: un acteur économique qui s’appuie sur des circuits illégaux à cause de plusieurs facteurs, dont la hausse excessive des garanties demandées lors de l’emprunt, et un acteur économique qui dépend fortement du financement bancaire et ne dispose pas d’autres alternatives.

Manipulation

A cet égard, l’étude a mis l’accent sur « la contradiction des politiques monétaires visant l’allégement du taux d’inflation monétaire à travers les interventions de  BCT sur le taux directeur, signalant que la hausse du taux d’intérêt directeur a coïncidé, avec la baisse des taux des réserves obligatoires , parallèlement à des opérations d’injection monétaire dans l’économie, à travers le refinancement et l’intervention sur le marché ouvert .

Parmi les autres résultats négatifs de ces politiques, selon l’étude, le risque élevé de défaut de paiement à cause de la hausse subite des coûts de financement, étant donné que les moyennes des crédits non productifs demeurent élevés (dans la limite de 13%), par rapport aux autres pays..

Ainsi, pour absorber le défaut de paiement, l’organisation Alert a indiqué que les banques imposent des taux d’intérêt élevés, soulignant que l’application des taux d’intérêt les plus élevés permet aux banques la réalisation de bénéfices élevés.

La plupart des crédits accordés par les banques sont soumis à un taux d’intérêt variable, suivant le taux d’intérêt du marché financier, donc toute révision du taux d’intérêt directeur permet aux banques de réaliser des bénéfices plus importants.

Durant les cinq dernières années (2017-2022), les banques ont pu réaliser des marges bénéficiaires élevées suite à l’augmentation du taux d’intérêt du marché financier, souligne l’étude de l’Organisation Alert

Des analystes sont d’avis que c’est à ce niveau qu’il faut rechercher les failles, c’est-à-dire que ce ne n’est pas la pratique des placements, dans l’absolu, qui est à blâmer mais sa manipulation dans un sens ou dans l’autre à travers l’instrumentalisation des réglementations y afférentes.S.B.H

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